Quelques enseignements du scrutin présidentiel : 2016 et l’échec des partis politiques

Quelques enseignements du scrutin présidentiel : 2016 et l’échec des partis politiques

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Alea jacta est. 2016, année du scrutin qui va consacrer le départ de Boni Yayi après 10 ans de mandat constitutionnel, était annoncée comme année de tous les dangers avec l’ambition présidentielle du magnat du coton, ancien bras financier du régime, devenu ennemi public n°1. Mais à l’arrivée, il y a eu plus de peur que de mal. Les Béninois ont prouvé que de l’adversité, la démocratie pouvait triompher. Mais une fois de plus, 2016 a étalé l’incapacité des partis politiques à conquérir le pouvoir d’Etat.

Avec la publication des grandes tendances du second tour par la Céna, le Bénin tend résolument vers la fin du processus électoral dont le sacre sera la prestation de serment du nouveau président le 06 avril 2016 à Porto-Novo. Et comme en 2006, l’homme qui prendra le gouvernail du Bénin pour les cinq prochaines années n’est pas issu d’un parti politique. Bien que Patrice Talon ait été pendant longtemps très proche de certaines obédiences politiques, c’était toujours son rôle de mécène qui    était mis en exergue. Il était qualifié de celui qui fait et défait les régimes. On n’avait noté chez le personnage aucune ambition présidentielle jusqu’à ce qui devienne l’homme à abattre du régime Yayi. Confirmée, cette ambition a ruiné les espoirs de beaucoup de présidentiables. Des candidatures annoncées comme celles de Léhady Soglo, Janvier Yahouédéou, Eric Houndété, Emmanuel Golou et bien d’autres n’ont pu prospérer. Ils ont dû jeter l’éponge avant l’heure, persuadés qu’ils ne pourront aller loin avec l’entrée en scène des deux hommes d’affaires Patrice Talon et Sébastien Ajavon. Les partis politiques traditionnels tels que le Prd, la Rb, l’Union fait la nation, à défaut de présenter un candidat chacun, ne sont pas arrivés non plus à s’entendre autour d’un candidat unique. Au moment où le grand regroupement de l’opposition l’Union fait la nation s’enlisait dans un processus impossible de désignation d’un candidat à l’interne, à cause de l’entrée en lice des deux hommes d’affaires, le Prd et la Rb ont préféré aller du côté du candidat unique des Forces cauris pour un Bénin émergent. Avec la machine électorale que constitue la majorité au pouvoir, ajoutée à ce que représentent ces deux partis sur l’échiquier politique national, les Fcbe, le Prd et la Rb croyaient plier le match dès le 1er tour. Mais Lionel Zinsou ne fera dans l’ensemble qu’un score honorable grâce à l’influence que continue d’avoir Boni Yayi dans la partie septentrionale du pays. La Rb et le Prd ont subi la concurrence des hommes d’affaires Patrice Talon et Sébastien Ajavon dans leurs fiefs respectifs. Dans les fiefs traditionnels de la Rb, le magnat du coton est même venu largement en tête. Sans le soutien des partis influents, il a réussi à bouleversé la donne jusqu’à forcer la porte du second tour. Le peuple venait ainsi de tracer le chemin que la plupart des partis politiques qui ont apporté leur soutien à Sébastien Ajavon arrivé 3e, de même que la plupart  des candidats malheureux du 1er tour allait emprunter.

Mais si Patrice Talon a pu améliorer son score dans les zones qui ne lui étaient pas acquises au 1er tour, c’est surtout à cause de l’orientation que les suffrages exprimés du 1er tour auront donnée,ajoutée à quelques individualités comme Abdoulaye Bio Tchané et Robert Gbian dans le septentrion, Sébastien Ajavon dans l’Ouémé et le Mono, Bruno Amoussou dans le Couffo. De même que la victoire du candidat Patrice Talon n’est pas l’œuvre des partis politiques, l’échec de Lionel Zinsou en est une puisque les militants, dans leur grande majorité, n’ont pas suivi les consignes de vote de leurs leaders. D’un côté comme de l’autre, Il y a eu comme un clash entre les leaders politiques et leurs militants à la base et cela fait partie des nouvelles donnes de 2016.

Bertrand HOUANHO

Matin Libre

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