Pourquoi Joseph Djogbenou ne devrait pas « garder nos sceaux

Pourquoi Joseph Djogbenou ne devrait pas « garder nos sceaux

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A priori, qu’un avocat, encore de sa trempe, respecté professeur de droits, soit à la tête de notre justice (Garde des Sceaux), c’est même un honneur. Il a le profil autant que le parcours qui l’y prédestine. Sa compétence ne saurait, en aucun cas, être remise en cause. Il aurait été, n’eut été quelques antécédents qui fragilisent son objectivité et sa bonne foi, le meilleur pour ce poste. Ministère régalien et pôle stratégique de souveraineté, son portefeuille est le nœud gordien et la vertèbre angulaire de notre justice. Unique mécanique qui, dans une République, essaie d’équilibrer les balances d’inégalités pour que nous nous sentions plus ou moins égaux. Ce qui rend encore plus délicate sa mission dont l’importance devrait avoir été aisément perçue par notre cher nouveau président de la République.

Défendant une multitude d’affaires délicates par lesquelles il a eu mille raisons de s’en prendre à la justice béninoise, Djogbénou est aussi avocat de Talon dans plusieurs autres affaires dont certaines opposent encore des sociétés du chef de l’Etat à la République. Et alors qu’il aurait pu être la machine active des réformes à son précédent poste au parlement, il a été parachuté au gouvernement.

Michel Adjaka (que je lis souvent) qui préside l’association des magistrats au Bénin aurait pu, en bon lanceur d’alerte en quel il s’est érigé sur les réseaux sociaux, s’en apercevoir et exprimer son malaise. Tout comme quelques juges, avocats et acteurs de notre justice. Non parce que Djogbenou est le premier avocat à être élevé à ce poste mais parce qu’il n’est pas un avocat comme les autres. Il est l’avocat personnel du chef de l’Etat dans des affaires d’une délicatesse explosive et d’une complexité à faire dormir une République. Non seulement il défend, auprès de tribunaux béninois, le président Talon, mais assiste aussi l’autre avocat, lui Français du président béninois, William Bourdon, dans deux autres procédures en Europe. Une enquête préliminaire ouverte en France par le Parquet financier national puis dans une toute autre affaire devenue judiciaire par une modification unilatérale de Talon, d’un contrat qui unit à l’Etat, sa société Bénin Contrôl SA et dont le pilier solide (dans ce contrat-là) est la société suisse SGS, leader mondial du contrôle. Curieusement et la méthode Talon oblige, l’associée helvétique a disparu du dossier. A l’initiative de l’Etat béninois et avec la constitution en partie civile de la victime suisse, cette affaire est pendante devant la justice à Genève, selon Benjamin Borsodi qui est, dans le présent dossier, avocat de l’Etat béninois. Dans ces deux affaires externes à notre justice, Djogbénou assiste les conseils de Talon sur place. Comment peut-il conjuguer ces rocambolesques labyrinthes dans lesquelles il s’est englouti avec les louches affaires Talon qu’il gérait avec la justice béninoise et son poste régalien de ministre, Garde des Sceaux ? C’est une situation qui reste pour le moins problématique, même si la loi et la constitution ne l’incriminent pas explicitement. Le minimum moral et le principe de confusion d’intérêts devraient, en pareils cas, le guider. Mais je suppose que dans l’émotion de sa nomination, il ne le voit pas encore de cet œil… L’éthique désertant trop aisément notre conscience quand nos intérêts ombragent notre bon sens !

Au finish, l’actuel ministre de la justice est l’avocat de Talon dans la quasi-totalité de ses affaires. Et dieu sait que le nouveau président béninois en a assez, les affaires devant la justice. Dont un grand nombre sont en cours devant la justice béninoise, française et suisse. Il défend lui-même certaines affaires délicates dont celle de la disparition de Dagnivo, élucubrationesque et ubuesque dossier qui a tenu en haleine presse et opinion nationale béninoises pendant de nombreux mois en début d’année. Et bien d’autres. Qui peuvent avoir entre elles des interférences nocives pour ce qui reste de la neutralité et de l’impartialité judiciaire dans notre pays après la calamiteuse décennie Yayi Boni.

Dans une telle situation, le laisser à la tête de la Commission des lois du parlement béninois aurait été plus utile et stratégique pour un président qui a été élu essentiellement à cause de ses promesses mirobolantes de réformes constitutionnelles et institutionnelles. A l’Assemblée nationale, Me Djogbenou n’aurait-il pas été plus efficace, lui qui est connu pour être un fin stratège, craint et respecté par ses pairs ? Talon, président, en a décidé autrement, non sans l’accord du principal intéressé qui se borne au silence. Celui du forum vide, déserté par le moral. Politique !

MAX-SAVI Carmel

aCotonou

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