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Pour avoir sous-estimé l’élection du chantre du Nouveau Départ:Le mea culpa de Clotaire Olihidé envers Patrice Talon

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L’un des porte-paroles du candidat malheureux Sébastien Ajavon à la dernière présidentielle ravale ses vomissures sur Patrice Talon. Dans une lettre ouverte adressée au nouveau président dont nous publions ci-dessous l’intégralité, Clotaire Olihidé revient sur les raisons qui l’ont conduit à réfléchir et à conclure à la place du peuple béninois qu’il ne consentira jamais à accorder à l’homme d’affaires ses suffrages pour succéder à Yayi Boni. Lire la lettre.

Lettre ouverte à Monsieur Patrice Talon, président élu de la République du Bénin
Monsieur le Président élu Patrice Talon,

Dès la nuit du 20 mars 2016, il était devenu évident pour tous que le destin de ce pays vous sera désormais confié à partir du 6 avril pour les cinq années à venir.
Ainsi que le veut la tradition, les félicitations ont donc commencé à affluer de toutes parts, avant même que la Cour constitutionnelle, seule institution compétente en la matière, ne proclame les résultats du scrutin.
A ce charivari de laudateurs de tous poils, je me suis retenu de joindre mon cri pour qu’il n’y ait pas la moindre confusion ni sur le sens ni sur la portée de mes propos.
A présent que les soutiens et les ralliements des plus légitimes au plus anachroniques semblent s’être quelque peu calmés, j’ai fait l’option d’une lettre ouverte plutôt que d’une bruyante émission radio ou télévisée pour exprimer, d’une part, ma satisfaction de voir élire à la tête de ce pays l’un des chefs de file de la Rupture d’avec le système de Boni Yayi, et d’autre part mon ardent souhait de voir –enfin– ce pays amorcer son décollage vers le développement auquel nous aspirons depuis des lustres.
Monsieur le Président élu Patrice Talon,
Avant de m’étendre sur la raison fondamentale qui motive la présente missive, je tiens à soulager ma conscience d’un péché que j’ai commis, il y a quelques mois un peu envers vous, mais surtout envers nombre de mes compatriotes.
En effet, au regard des tensions interminables entre vous-même et votre désormais prédécesseur à la Marina et du traumatisme subi de ce fait par le peuple béninois, j’ai commis l’erreur de réfléchir et de conclure à la place de ce peuple qu’il ne consentira jamais à vous accorder ses suffrages pour succéder à votre bourreau. C’est au fond une des raisons pour lesquelles j’ai préféré rallié la candidature de votre alter ego le président Sébastien Ajavon qui présente un profil et un programme presque similaires aux vôtres et dont j’ai porté la parole avec beaucoup de fierté au cours de la campagne électorale qui vient de s’achever.
Je voudrais donc, à travers vous, présenter mes excuses au peuple béninois qui vient encore une fois de démontrer qu’il sait ce qu’il veut, même si ses logiques échappent parfois à toute logique.
Ce devoir de conscience évacué, j’en viens à présent à l’objet même de ma lettre.

Monsieur le Président élu Patrice Talon,

Comme je le disais tantôt, je suis heureux que le peuple béninois ait porté son choix sur vous, non pas en tant que Patrice Talon, mais en tant que chantre du Nouveau Départ, et surtout de la Rupture. Car, si ces dix dernières années, de nombreux Béninois se sont battus contre le système instauré par le président Boni Yayi, c’est bien dans l’espoir que « après nous ne soit jamais nous ». Il serait fastidieux de rappeler ici les nombreux scandales, actes de mauvaise gouvernance et atteintes à la démocratie qui ont caractérisé le régime finissant. En réponse aux protestations du peuple, Boni Yayi et ses sbires ont répondu, au mieux par le mépris, au pire par la répression. Je me souviens encore de ce 27 décembre 2013 où, aveuglé par les gaz lacrymogènes, j’ai marché sur des compatriotes pour me réfugier dans les couloirs de la Bourse du Travail. Que dire des nombreuses marches des Magistrats à Porto-Novo où nous avons parcouru des kilomètres sous la pluie pour dire Non au musellement de la Justice ? Quant aux dates du 29 octobre, 10 et 11 décembre 2014, elles resteront gravées dans nos mémoires, car nous avions communié avec les populations de Cotonou, Porto-Novo et d’ailleurs pour réclamer les élections. Au fait, au-delà des élections, le peuple béninois voulait signifier au président Boni Yayi qu’il ne tolérerait plus sa présence, encore moins celle de l’un quelconque de ses « filleuls » au Palais de la Marina après le 5 avril 2016.
C’est avec fierté que je revendique aujourd’hui ma participation active à tous ces combats et à d’autres encore qu’il n’est point besoin de vous rappeler ici, car vous y étiez mêlé d’une manière ou d’une autre, de près ou de loin.
C’est donc fort de cette légitimité d’hier et de celle d’aujourd’hui qui résulte de mon implication active dans la victoire de la Coalition de la Rupture aux côtés de mon candidat Sébastien Germain Ajavon que je me permets de vous suggérer quelques pistes pour la réussite de votre mandat auquel, soit dit en passant, j’apporterai ma contribution quelle que soit par ailleurs la position que j’occuperai ou que je n’occuperai pas.

Monsieur le Président élu Patrice Talon,

Je vous ai entendu dire, relayé en ceci par mon frère, ami et ancien – nouveau – compagnon de lutte, le professeur Joseph Djogbénou que vous vous associerez les compétences, d’où qu’elles proviennent, pour exercer votre mandat. Ce choix vous honore et donne un signal fort et positif de la rupture d’avec la promotion de la médiocrité à laquelle nous avons été habitués ces dix dernières années. Cependant, je pense qu’il faudrait y introduire une petite nuance dont je voudrais me rassurer qu’elle n’aura échappé ni à vous-même, ni à ceux qui vous entourent de leurs avis et conseils. Il s’agit de la distinction des fonctions politiques d’avec celles administratives. Si ces dernières peuvent se suffire de compétences et donc ne doivent évidemment pas distinguer entre les Béninois, les premières par contre doivent associer au critère de compétence, celui de l’appartenance politique ou tout au moins du partage de la vision politique du président élu que vous êtes. Et cette vision à laquelle a adhéré le peuple Béninois dans sa grande majorité a été portée d’abord par vous-même et ensuite par les autres candidats de la Coalition de la Rupture. Il serait donc suicidaire pour vous et méprisant pour le peuple Béninois de confier des positions politiques stratégiques à des personnes qui ont défendu une vision opposée pendant des mois pour découvrir subitement, au lendemain de votre victoire, que vous êtes le Messie et qu’ils seront désormais vos fidèles partenaires. En tout état de cause, ne perdez jamais de vue que le peuple qui vous a élu attend de vous des actes concrets à l’aune desquels il vous sanctionnera demain, Vous et vous seul, positivement ou négativement. Ces attentes, vous les connaissez d’ailleurs mieux que moi, puisqu’elles se retrouvent pour l’essentiel dans le projet de Nouveau Départ que vous lui avez soumis et qu’il a validé.
J’ose dire qu’elles ressemblent à s’y méprendre au Réussissons tous ensemble de Sébastien Ajavon, au Bénin Apprenant, Entreprenant et innovant de Pascal Irénée Koupaki, au Agir ensemble de Abdoulaye Bio Tchané, …
J’ose également dire, toute modestie gardée, qu’elles rejoignent les préoccupations qui étaient les miennes au moment où je publiais mon troisième ouvrage intitulé « Devoir de citoyenneté : Afrique lève-toi » dans lequel je posais un diagnostic des grands enjeux contemporains auxquels l’Afrique et le Bénin se devaient de répondre enfin présents.
J’ose enfin dire qu’elles étaient les nôtres au moment où passant de la société civile à Alternative Citoyenne, et dans la perspective de hisser le professeur Djogbénou à la fonction que le peuple béninois vient de vous confier, nous avions réfléchi et produit une série d’ouvrages dont « La gouvernance par l’exemple » qui, me semble-t-il, a quelque peu influencé Le Nouveau Départ, surtout sur les aspects relatifs aux réformes institutionnelles que je partage sans la moindre réserve.

Monsieur le Président élu Patrice Talon,

Vous aurez remarqué que, tout au long de cette lettre, je me suis abstenu de vous féliciter, non pas parce que vous ne méritez pas que je le fasse, mais plutôt parce que j’attends de vous voir finir l’œuvre en beauté avant de vous tresser une couronne de lauriers. Le faire en ce moment pourrait vous faire croire que tout est déjà accompli et vous détourner de l’essentiel, alors même que c’est maintenant que tout Commence.
Je me contente donc de vous dire bonne chance et je vous rassure encore une fois de ma contribution, quelle que soit la forme qu’elle prendra.
Je finirai mon courrier par cette simple exhortation : ne trahissez jamais ce peuple qui vous a accorde sa confiance.

Fait à Cotonou, le 29 mars 2016

Clotaire A. Olihidé

(Citoyen Béninois)


 

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