Politique : Le Bénin à la recherche d’un opposant

Politique : Le Bénin à la recherche d’un opposant

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7 mois après l’élection du président Patrice Talon, aucun homme politique n’ose encore prendre la posture d’un vrai opposant. Les forces politiques semblent fragilisées par le chamboulement en cours. Les résultats du sondage commandité par Matin Libre et réalisé par le cabinet Plus value research and marketing renseignent davantage sur l’opinion qu’ont les Béninois sur la classe politique.

68% des Béninois ne savent quel homme politique doit incarner le mieux le chef de l’opposition actuellement face au régime de Patrice Talon. L’enquête conduite par Plus value research and marketing pour Matin Libre présente des chiffres inquiétants pour la classe politique. A en croire les statistiques, il n’existe pas de leader politique pouvant jouer ce rôle déterminant pour la démocratie béninoise. 2% des répondants pensent que Lionel Zinsou feraient un bon opposant. 3% des mêmes répondants choisissent l’ancien ministre Komi Koutché. 4% des interviewés attribuent ce rôle à l’ancien président Yayi Boni. Seul l’homme d’affaires Sébastien Ajavon a réussi à se placer en tête dudit sondage avec seulement 5% (Lire ci-dessous les résultats de l’étude). Il a fait cette maigre performance suite à l’éclatement de l’affaire « saisie de cocaïne au port de Cotonou». Les statistiques montrent à tout le moins la domination de la scène politique par le président Patrice Talon. Son élection a presque paralysé toutes les formations politiques qui ont combattu sa candidature. La peur a en effet gagné plusieurs leaders politiques. Même dans le rang des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), aucun député ni ancien ministre n’ose organiser la contestation. Les sorties médiatiques enregistrées çà et là n’étaient pas très engagées. Alors que cette coalition politique qui a longtemps contrôlé le pouvoir dispose des outils nécessaires pour limiter les dérives dénoncés du régime de la Rupture, elle étale sa frilosité, ses incohérences et ses peurs. Les Fcbe révèlent en tout cas leur incapacité à structurer une vraie force d’opposition qui prenne en compte les aspirations d’une frange de la population. Mais, à analyser les résultats du sondage, les populations semblent intéressées par un homme neuf. Elles ne se retrouvent plus à travers les propositions faites par les politiques qui ont presque tous perdu leur crédibilité. Les Béninois comptent certainement sur un nouvel homme engagé, ambitieux, digne de confiance et capable d’assainir le jeu politique.
Ajavon peut-il assumer son destin d’opposant?

Un nouvel homme sera bien apprécié par les populations certes. Mais le président du Patronat a des chances de conduire tel un vrai leader une fronde contre Patrice Talon. 5% des populations interviewées lui font confiance. Actuellement, sa popularité monte et risque de se consolider davantage avec l’affaire « saisie de cocaïne au Port de Cotonou». Sébastien Ajavon, le faiseur de roi, a une belle occasion pour raffermir sa force politique. Il faut noter que les huit (08) jours éprouvants de garde à vue qu’il a connus ont été vécus comme une humiliation par ses partisans. D’autres citoyens les ont considérés, peut-être à tort, comme un acharnement exercé par le gouvernement contre un allié trop encombrant. Un allié qu’il faut affaiblir pour l’empêcher de se montrer trop exigeant. Le milliardaire Ajavon a une opportunité de renforcer à son égard la sympathie des citoyens déjà désillusionnés en créant une force de contestation et de proposition. Certains observateurs lui trouvent déjà un destin d’opposant. Mais l’administrateur général de Cajaf-Comon Sa tentera-t-il cette aventure qui reste tout de même délicat? Sébastien Ajavon empruntera-t-il ce chemin apparemment tout tracé? Rien n’est moins sûr.

A.S

Koutché, chef de file de l’opposition, à quelle condition ?

Eu égard aux résultats du sondage Avis+, outre Ajavon qui a bénéficié un peu de l’effet indignation populaire après sa garde à vue, ce qui l’a placé dans la position de quelqu’un qui peut jouer le rôle de l’opposant avec ses 5% d’avis favorables, Komi Koutché, avec ses 3%, est celui que les populations pensent capable de jouer ce rôle, Houngbédji et Yayi étant forclos. C’est dire que pour certains béninois, l’ancien ministre des finances de Boni Yayi est à même de représenter, face au régime actuel, une autre alternative. On peut en déduire que ce pourcentage pourrait être plus élevé si Komi Koutché n’avait pas disparu des radars depuis l’échec de Lionel Zinsou. Beaucoup de béninois ne comprennent pas le mutisme dans lequel il s’est réfugié après le 06 avril 2016. Mais la posture de l’opposant dans laquelle certains béninois voudraient voir Komi Koutché résulte beaucoup plus de la confiance dont il a bénéficié de Boni Yayi. Du coup, il est presque impossible d’imaginer Komi Koutché dans le rôle de l’opposant s’il ne bénéficie pas de l’union des Fcbe, à qui naturellement incombe ce rôle. Si le natif de Bantè pouvait réunir autour de sa personne les caciques du régime défunt, il pourrait faire un bon opposant au régime de la Rupture. Le connaissant accro des chiffres, il ne manquera pas d’arguments pour confondre les détracteurs de l’ancien régime. Mais il y a un prix à payer. Il devra s’attendre à ce que tout soit mis en œuvre pour le faire taire. Des vieux dossiers pourraient remonter à la surface. Rien ne lui sera épargné y compris des poursuites judiciaires afin de le mettre hors d’état de nuire. D’un autre côté, il lui sera difficile de faire l’unanimité autour de sa personne vu la peur qui tétanise aujourd’hui la classe politique. Et même s’il y arrivait sera-t-il prêt à faire le sacrifice ?

B.H.

aCotonou

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