L’impossible paix des braves

L’impossible paix des braves

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Le peuple béninois a élu un nouveau président qui est entré en fonction depuis le 6 avril dernier. Mais, l’un des écueils que Patrice Talon doit surmonter pour réussir sa mission, c’est d’abord de solder définitivement le sort de l’héritage du « yayisme ». La rencontre d’Abidjan peut-elle y contribuer ?

L’ancien chef de l’Etat, Yayi Boni, serait-il en train de négocier « une amnistie » pour s’assurer une retraite politique paisible ? Selon un canard français, connu dans les milieux diplomatiques, cette éventualité est très forte. D’ailleurs, les derniers développements de l’actualité ne démentent pas cela. La rencontre d’Abidjan entre le quatuor Ouattara, Talon, Faure et Yayi, ressemble fort, à une réunion pour arrondir les angles. La crise couvrirait donc toujours, entre l’actuel homme fort de la Marina, et son prédécesseur, malgré le sourire affiché le 6 avril dernier sur les marches du Palais. Le feuilleton, commencé depuis l’exil forcé du magnat du coton à Paris, n’a pas encore fermé toutes ses pages.

Malheureusement, beaucoup de commentaires politiques avaient évoqué moult autres raisons sur les réseaux sociaux, pour justifier les allers-retours du président Patrice Talon en Côte-d’Ivoire. S’ils n’ont pas tout faux, ils se sont un peu éloignés de la vérité. Préoccupé par le mieux-être et l’avenir saccagé d’un peuple à reconstruire, Patrice Talon, en fin diplomate, a compris qu’il faille, pour réussir sa mission, régler, une fois pour toutes, le problème « Yayi ». Cette question est devenue une hydre aux ramifications incontrôlables. Cependant, on peut se demander les chances de réussite de cette négociation aux allures d’une paix des braves, entre les meilleurs ennemis que sont Yayi Boni et son successeur. Car, l’enjeu des conciliabules d’Abidjan, c’est surtout l’après-pouvoir du chantre de la Refondation. La configuration actuelle du débat politique nationale ne plaide guère en sa faveur. En effet, tout porte à croire que, l’état du pays, tel que échu à Patrice Talon, n’est pas des plus enviables. Tout le monde l’a su après le communiqué du 1er conseil des ministres de la rupture.

Yayi pris à son propre piège

La pagaille laissée par Yayi Boni et sa clique, dit-on, dans les couloirs du pouvoir à Cotonou, sort de l’entendement. Il y a, entre autres, l’indigeste salade des concours frauduleux, les maigres ressources financières laissées à la trésorerie de l’Etat, les nominations et décrets à l’emporte-pièce de dernière heure. A cela s’ajoute, les sorties tonitruantes et intempestives de l’ancien chef de l’Etat depuis quelques jours dans le Septentrion, ainsi que les velléités d’heures supplémentaires que se permettent de jouer Alassane Tigri. Tout ceci donne l’impression d’un méli-mélo ingérable, et peu digne d’une République. Le premier responsable de ce « bordel » n’est pas à chercher ailleurs. On peut, au vu de ses nombreux agissements grotesques et maladroits, se convaincre que Yayi Boni n’a pas préparé sa sortie politique. Il était plus occupé à s’assurer ses arrières, avec la crainte palpable d’être rattrapé tôt ou tard par les nombreux scandales ayant émaillé son règne erratique. Ce n’est qu’à l’entre-deux-tours de la présidentielle, qu’il sait rendu à l’évidence. Comme le lui enseignera plus tard au micro de Rfi son Premier ministre, Lionel Zinsou : « Ce n’est pas le président qui choisit son successeur ; mais le peuple qui élit son président ». Du moins, dans une « démocratie pas nescafé ». Or, après avoir traité les uns et autres de « bandit » ou de « commerçant analphabète », le voilà lui-même le dos au mur, englué et empêtré dans sa propre « ruse ». Il en est ainsi de tous les « roitelets » autocratiques, qui confondent le silence stratégique de leur peuple à la peur ou de la pusillanimité. Il va devoir s’y faire désormais. Il n’est plus maître de son destin. Mieux, sa « clique » et lui devront assumer les excès d’une des gouvernances les plus brouillonnes qu’a connues le peuple béninois. L’idée agitée d’un audit général est à ce propos salutaire et judicieux. La « Rupture » ou « Nouveau départ » y joue sa crédibilité.

Abdourhamane Touré


 

Actu Bénin

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