Libération du quotidien « Le Béninois Libéré » ; Takou dit s’inscrire...

Libération du quotidien « Le Béninois Libéré » ; Takou dit s’inscrire dans la Rupture (Interview).

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Dans un post publié sur les réseaux sociaux, le patron du quotidien « Le Béninois Libéré » a annoncé pour les jours à venir la sortie de ce canard dans les kiosques. A l’heure où le président Patrice Talon procède à une liquidation des avatars du régime désormais honni de Yayi Boni, Aboubakar Takou explique en quoi son annonce s’inscrit également comme un acte de rupture.

Monsieur Aboubakar Takou, il y a un peu plus de 04 ans et demi de cela que vous avez saisi la Cour Suprême béninoise d’un recours en annulation de la décision de la Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication (HAAC) qui suspendait définitivement le quotidien Le Béninois Libéré et qui vous interdisait vous et Eric Tchiakpè d’exercer la profession de journaliste. En dépit de ce que la Cour Suprême n’ait pas encore prononcé sa décision vous avez annoncé la reprise du quotidien dans les jours à venir. Qu’est-ce qui explique votre annonce ?

Tout d’abord il faut préciser que la fameuse décision dont vous faites allusion était une volonté personnelle du président Yayi Boni. La mandature d’alors de la HAAC n’a malheureusement été que le vil exécutant de cette odieuse et honteuse décision. Mais seulement, Le Béninois Libéré n’a pas été la seule victime des élans autoritaires du régime précédent. Le président Talon a été lui-même la victime des égarements de l’ancien système. Mais il a su faire face à l’adversité pour entrer à la Marina tout en promettant un plus jamais ça. Et on voit bien que les premières décisions prises par le nouveau chef de l’Etat contribuent à la restauration de l’Etat de droit, de la justice et de l’équité. Que Le Béninois Libéré réapparaisse dans les kiosques ne participe naturellement qu’à ce mouvement de l’espoir.

Justement, on ne manquera pas de vous opposer le fait que dans l’antagonisme Yayi-Talon, le président Talon n’a pas manqué à chaque fois de saisir les tribunaux dont il a sagement attendu les décisions qui ont toutes été en sa faveur. Pourquoi n’attendez-vous pas donc la décision de la Cour Suprême ?

Ceux qui penseront ainsi auront apparemment raison. Je dis bien apparemment. Voyez-vous, si les procès Talon ont révélé quelque chose, c’est la volonté quasi irrépressible du régime défunt de contrôler la justice. Qu’il vous souvienne de tout ce qu’a vécu le courageux juge Angelo Houssou. Et puis, n’oubliez tout de même pas que Yayi Boni avait en face de lui un sacré client en la personne de Patrice Talon. Et Dieu seul sait que nous sommes loin d’avoir la carrure de ce dernier. La seule chose que lui et nous avions eu en commun face à l’ancien régime, c’est le fait de saisir la justice. Pour le reste, nous avons dû raser les murs et nous faire tout petit dans nos coins en attendant la décision de la Cour Suprême. Dans un Etat de droit, un citoyen ne peut pas faire autre chose que de saisir la justice quand il s’estime lésé dans ses droits et c’est ce que nous avons fait.

Oui, mais l’Etat de droit commande également d’attendre la décision de la justice une fois qu’on l’a saisi.

Puisque nous sommes dans le registre de l’Etat de droit restons-y. Les juges de la Cour Suprême ne sont pas sans ignorer que le droit à un procès équitable est également une composante importante de l’Etat de droit. Or, les délais anormalement tout au long d’une procédure judiciaire est une violation manifeste du droit à un procès équitable. Ce n’est pas moi qui le dis. Référez-vous à la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui n’a eu de cesse de condamner plusieurs Etats européens du fait des délais anormalement long dans les procédures judiciaires. Et dire que les Etats en question sont en matière d’Etat de droit plus avancé que nous. Face à ce que nous considérons comme une violation de notre droit à un procès équitable, nous n’avons d’autres choix que de faire ce qui a été annoncé car nous avons bien peur qu’à ce rythme, la décision de la Cour Suprême, si elle finit par être prononcée, n’intervienne trop tard. Je ne vous cache pas qu’à titre personnel je me sens totalement désabusé par l’attitude de la Cour Suprême en qui malgré tout je continue à avoir confiance.

Dans votre post publié sur les réseaux sociaux, vous en avez appelé au président Patrice Talon pour le dénouement de cette affaire.

En réalité ce n’était qu’une façon d’attirer l’attention de l’opinion publique sur notre cas. Sinon je n’ai tant pas que ça la moindre envie de voir le président Talon se mêler de ce problème monté de toutes pièces par le régime défunt.

Ah bon, vous ne voulez vraiment pas voir le président Talon intervenir dans ce problème ?

A quel niveau va-t-il intervenir, au niveau de la Cour Suprême ? Si tel est le cas ce ne serait ni plus ni moins qu’une violation du principe de la séparation des pouvoirs. Lui qui incarne le pouvoir exécutif n’a pas à s’immiscer dans les affaires judiciaires. De toutes les façons, le citoyen et le candidat Talon n’ont eu de cesse de dénoncer les immiscions du précédent chef de l’Etat dans les affaires pendantes devant la justice. Tout comme nous, il a été une des victimes de cette violation du principe de la séparation des pouvoirs par l’ancien chef de l’Etat. Sachant ce que cela nous a coûté, je ne peux donc pas attendre de lui, maintenant qu’il est le président de la République, qu’il viole ce principe même si c’est pour des bonnes raisons. En outre, la logique et la cohérence du parallélisme des formes voudraient que s’il s’immisce dans les procédures judiciaires pour des bonnes raisons, il doit également s’y immiscer pour des mauvaises raisons. Et cela c’est inacceptable parce qu’on retomberait alors dans les travers que nous n’avons eu de cesse de dénoncer.

Tout à l’heure vous avez parlé de la volonté quasi irrépressible du régime précédent de vouloir contrôler la justice béninoise. Vous pensez que c’est cette attitude de sa part qui explique ce que vous qualifiez de délai anormalement long de la part de la Cour Suprême dans cette affaire ?

Je n’ai rien à penser de l’attitude de la Cour Suprême. Les Romains disaient ‘’Caesaris mulier non fit suspecta !’’ autrement dit, ‘’ La femme de César ne doit pas être soupçonnée !’’ Cet adage latin ne signifie pas autre chose que le fait pour la Cour Suprême d’avoir une attitude qui ne prête pas à suspicion de collusion active dans l’administration des peines politiques.

Qu’entendez-vous par peines politiques ?

Voyez-vous, il est de notoriété que notre justice souffre d’un certain nombre de maux qui entravent son fonctionnement. Il y a notamment le fait que les juges soient débordés par le nombre de dossiers qu’ils ont en charge. Et cela se traduit par une surpopulation carcérale à majorité composée de personnes en attente d’être jugé. Je n’apprends rien à qui que ce soit qu’il y a des personnes en attente d’être jugé dans nos prisons qui y sont pendant des mois voire des années. Et ce n’est pas de la faute des juges qui font ce qu’ils peuvent avec les moyens limités qui sont les leurs. Puisque les choses sont ainsi et connues de tous, il est donc simple pour un régime politique, comme le précédent, d’engager une procédure pénale contre un individu sur des faits inconsistants voire inexistants. En procédant de la sorte, le régime va compter sur la décision du juge de placer l’accusé en détention préventive le temps de s’enquérir le dossier. Le temps que ledit juge constate la vacuité du dossier et prononce une décision de relaxe l’individu a déjà été privé de liberté pendant une certaine période. Et si le régime engage la logique des appels, l’individu restera en prison le temps nécessaire à l’épuisement des recours. C’est cette volonté cynique de se servir des dysfonctionnements de la justice à ce genre de fin qui constitue ce que j’appelle une peine politique. Dans ce cas de figure, les juges sont également instrumentalisés quand bien même ils font preuve d’une compétence et d’une probité à toute épreuve. Ils deviennent alors sans le vouloir et à leur corps défendant les ‘’alliés’’ de cette machination. Pour me résumer, c’est la période privative de liberté consécutive à la détention préventive qui constitue la peine politique car elle est recherchée et en fin de compte obtenue par le régime politique qui l’orchestre.

Est-ce que ce que vous dites-là ne relève pas d’une vue de l’esprit ?

Absolument pas. On a eu des illustrations de ces peines politiques au travers des cas de l’ancien ministre Moudjaïdou Soumanou à l’occasion de la fameuse affaire d’empoisonnement. D’ailleurs il n’a pas été le seul à être détenu dans cette affaire. En fin de compte ils ont tous été relaxés mais après une éprouvante et quand même longue période de détention. L’ancien régime n’aurait pu obtenir pires traitements humiliants et dégradants. On ne peut ne pas citer le cas de l’honorable Désiré Vodonon. J’oublie certainement d’autres cas.

Pensez-vous donc que Le Béninois Libéré, Eric Tchiakpè et vous subissez une peine politique au travers de ce délai anormalement long ?

C’est possible car la Cour Suprême n’échappe pas à ce constat de marasme de moyens que l’on dresse au sujet de nos juridictions. J’ignore le délai moyen dans lesquels la Cour Suprême rend ses décisions. Mais je pense que cela se fait dans un délai relativement important ne serait-ce que pour une administration sereine de la justice. Il n’est donc pas exclu que le régime défunt se soit servi de cette réalité pour nous infliger ce qui serait alors une peine politique. Auquel cas, aussi bien que nous que la Cour Suprême, nous aurions été des malheureuses victimes de ce régime détestable.

Est-ce que vous reprendrez les activités du Béninois Libéré dans les mêmes locaux ?

 Bien sûr ! Où voulez-vous que cela se fasse ? 

Mais que faites-vous des scellés qui y ont été apposées suite à la décision de la HAAC ?

Vous faites bien de faire allusion à ces scellés. Ceux-ci sont le symbole à la fois de l’imbécilité de la décision de la précédente mandature de la HAAC et aussi de la haine primaire qu’elle a manifesté à notre encontre. A partir du moment où elle a suspendu le journal et nous a interdit l’exercice de la profession de journaliste, quel était l’intérêt de sceller les locaux du siège du journal ? Si c’était pour nous empêcher de passer outre leur décision, les membres de cette mandature n’étaient pas stupides au point d’ignorer qu’avec les avancées technologiques, on a que besoin d’un seul ordinateur pour confectionner un journal. En scellant le siège du journal, ils ne nous ont pas qu’empêché de récupérer le mobilier et autres effets qui y étaient afin de libérer les locaux, ils ont également empêché notre bailleur d’entrer en possession de ses locaux. A partir de ce moment toute la question était de savoir qui payait le loyer des lieux.

Justement qu’est-ce qu’il en est du loyer, est-ce qu’il est payé ? Si oui, qui le fait ?

Je n’ai eu de cesse de le dire à l’occasion. Aussi incroyable que cela puisse être, c’est nous qui continuons à payer ce loyer.

Pourquoi estimez-vous que cela soit incroyable ?

Mais en suspendant le journal et en nous interdisant d’exercer la profession de journaliste, la précédente mandature de la HAAC a de fait et de droit résilié le contrat qui nous liait avec notre bailleur. Selon cette décision le journal Le Béninois Libéré n’est plus censé exister et donc a fortiori occupé un local pour lequel il doit s’acquitter du loyer. C’est avec les revenus tirés de l’exercice du métier de journaliste qu’on s’acquittait des obligations du bail de ce local. Puisque cette mandature de la HAAC nous a interdit d’exercer cette profession, avec quoi était-on censé payer ce bail ? Outre nos familles, les employés du journal ainsi que leur famille et nos fournisseurs, la décision de la précédente mandature de la HAAC aurait fait une victime de plus en la personne de notre bailleur si nous ne nous acquittons pas du paiement du bail du local qui abrite le siège du Béninois Libéré. Mais ma question demeure : en ordonnant la pose des scellés au siège d’un journal définitivement interdit, qui était censé payé le loyer ?

Parlant de la HAAC, quel type de relation pensez-vous que vous auriez avec eux une fois que vous reprendriez ? On sent très bien que vous ne portez pas cette institution dans votre cœur.

Je peux vous assurer d’une chose, je n’ai absolument rien contre la HAAC. J’en ai en revanche contre les membres de la précédente mandature. Ce sont des gens méprisables au regard de la servilité abjecte dont ils ont fait montre envers l’ancien régime. Que la honte soit sur eux. Ceci dit, je crois que nos relations avec la mandature actuelle de la HAAC ne pourront qu’être bonnes. Du moins c’est mon vœu le plus cher. Et nous ne ménagerions aucun effort pour qu’il en soit ainsi car la HAAC est une institution respectable dont la préservation du prestige nous incombe également nous acteurs des médias.

Puisque vous annoncez la reprise des parutions du Béninois Libéré dans les jours à venir, s’il advenait que la décision de la Cour Suprême ne vous soit pas favorable, qu’est-ce que vous allez faire ?

Je vous avoue que je ne songe pas à une telle issue tant je suis convaincu qu’aussi bien le journal que mon confrère, collègue, frère et ami Eric Tchiakpè et moi avions été les victimes de la pusillanimité de la précédente mandature de la HAAC aux ordres d’un dictateur. Cette mandature-là a rendu une décision d’une illégalité manifeste. Nos avocats l’ont démontré dans leur mémoire. J’ai donc bon espoir que la Cour Suprême les suivra. Mais puisque nous sommes dans l’ordre des possibilités, s’il advenait que la décision ne nous soit pas favorable, nous n’aurons pas d’autres choix que de saisir la Cour de la CEDEAO qui, ne l’oublions pas, statut également en matière de droits de l’homme.

Un dernier mot à nos lecteurs ?

Il est important de mentionner que nous ne sommes pas en rébellion contre la justice béninoise ou contre qui que ce soit. Il y a une nouvelle ère politique qui préfigure de la restauration de l’Etat de droit. Le Béninois Libéré a été à sa façon une figure de proue des libertés de presse et d’expression au Bénin. Nous entendons tout simplement ne pas rater notre embarquement dans ce train que le président Talon promet conduire vers les espaces de prospérité, de développement et de liberté.

Réf. : AT

Benin web TV

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2 COMMENTAIRES

  1. Bienvenue au quotidien Le Béninois Libéré de mon cher DP TAKOU, juste lui souhaiter bon courage et cette arrivée dans son monde médiatique soit vraiment la bienvenue sans beaucoup de tapage, s’inspirer des erreurs des années antérieures pour mieux s’imposer. Bonne continuation JL

  2. bonne reprise au journal Le beninois libr.yayi n’a jamais song quitter la tte de notre pays c’est pour cela il exerce son influence sur nos institutions . Mais on est o maintenant la cour suprme ne dira que le droit comme ilq n’ont

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