Les Béninois divisés sur le bilan des dix ans de la présidence...

Les Béninois divisés sur le bilan des dix ans de la présidence Boni Yayi

0
PARTAGER

COTONOU — A moins de 48 heures de l’élection du successeur du président Boni Yayi à la magistrature suprême du Bénin, les Béninois dans leur entière majorité du nord au sud, sont divisés sur la gestion des dix ans de son pouvoirs.

Quelques 4.726.923 électeurs béninois dont 43.811 vivants à l’étranger seront appelés aux urnes dès le dimanche 6 mars pour le premier tour de l’élection présidentielle, en vue d’élire, parmi 33 candidats dont deux femmes, le successeur de Boni Yayi, dont le dernier mandat constitutionnel sera achevé le 6 avril.

De Cotonou, la capitale économique béninoise, à Parakou, ville située à environ 450 km au Nord de Cotonou, en passant par Bohicon, ville carrefour située à environ 125 km au nord de Cotonou, les Béninois rencontrés, notamment les acteurs de la vie politique et économique, les personnes de tous les milieux, de toutes les sensibilités et de tous âges, n’ont pas la même lecture du bilan des dix ans de gestion du président Boni Yayi.

Pour certains acteurs de la vie politique et économique, Boni Yayi n’a pas comblé les attentes des Béninois, qui se résument en un besoin de formation de meilleure qualité, d’emploi valorisant et de la nécessaire stimulation de la croissance de l’économie du pays pour faire face à la forte poussée démographique.

« Certes le Bénin a enregistré une croissance économique soutenue, de plus de 7% de 2011 à 2015. Mais cette croissance ne suffit pas à combattre la pauvreté. Car, elle est absorbée par la croissance démographique forte de 3,5% », a déploré Patrice Gbaguidi, économiste à Parakou.

De même, renchérie, Firmin Dossou-Yovo, un acteur du développement rural dans la localité de Parakou, le fort taux de sous-emploi des jeunes dénote de l’insuffisance de cette croissance.

« Le chômage des jeunes est une perte pour l’économie nationale, un fardeau pour les familles et une déception après les efforts consentis pour leurs enfants. Les causes ne sont pas dans le refus de travailler, la mauvaise qualité de la formation ou des choix éducatifs. Elles sont d’abord démographiques et dans une croissance économique très peu créatrice d’emploi au regard des investissements consentis » », a-t-il affirmé.

Dans le domaine de la santé, le sociologue Jean Tossou, a fait observer que, bien que le pays ait considérablement amélioré ses indicateurs de santé publique, augmenté le nombre de ses établissements publics de soins, le système de santé au Bénin demeure encore fragile et très démuni.

« Aujourd’hui, le système de santé béninois, crée des risques pour les patients, des impossibilités d’accès aux soins et des inégalités territoriales », a-t-il regretté, précisant que les victimes de ce système de santé sont les couches les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants avec 92 décès sur 1,000 naissances vivantes, et 1,400 femmes qui meurent chaque année.

Enfin, il a déploré le fait que 52% des dépenses nationales de santé sont supportées par les ménages, avec des dépenses totales de santé estimées à 4.6% du Produit Intérieur Brut (PIB), dont 76% consacrés à l’achat des produits pharmaceutiques ou autres biens médicaux.

En ce qui concerne le dialogue social, les secrétaires généraux des organisations syndicales, ont estimé qu’il a été la bête noire du président Boni au cours de ses dix années de gestion du pays.

« Au cours des dix dernières années, le climat social s’est trouvé fortement perturbé par des grèves récurrentes, en particulier dans l’administration publique », a révélé, Paul Issè Iko, secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (CSTB, la plus représentative).

De même, le porte-parole de la Convention patriotique des Forces de gauche (CPFG, opposition), Jean Kokou Zounon, ne s’est pas embarrassé avant de révéler que les deux mandats constitutionnels du président Boni Yayi, ont été dominés par la corruption et des scandales financiers à répétition.

« Sous le règne du président Boni Yayi, il y a eu beaucoup de scandales financiers, notamment l’affaire des structures de placement illégale (ICC Service) qui a fait perdre en 2010, plus de 150 milliards FCFA à plus de 150 000 déposants béninois; le détournement des 2,6 milliards FCFA de l’aide des Pays-Bas, destiné à l’eau potable et à l’assainissement au Bénin, les concours frauduleux dans l’administration publique, le dossier du programme de vérification interne », a-t-il révélé.

« Tous ces scandales financiers ont rompu la confiance entre l’Etat et les citoyens et soustrait de précieuses ressources au financement de l’économie béninoise », a estimé, Abdoulaye Bio Tchané, président de l’Alliance pour le Bénin Triomphant (ABT, opposition).

Malgré ce tableau sombre dressé par certains économistes, hommes politiques et syndicalistes, d’autres couches de la population, non moins intellectuelles, ont estimé que le président Yayi a réalisé un exploit lors de ses deux mandats, notamment dans les domaines du micro-crédit aux plus pauvres et surtout dans le domaine de l’éducation.

« La politique inclusive du gouvernement à travers un usage ciblé de la microfinance a permis de toucher des millions de familles béninoises. Le secteur de la microfinance représente aujourd’hui plus de 2,6 millions de clients, 85 milliards de F CFA de dépôt et 114 milliards de F CFA d’encours de crédit. En valeur relative, 17% de la population a un compte dans une institution financière formelle, 8 % a un prêt, et 7% a une épargne », s’est réjoui Pélagie Bossa, actrice du programme des micro-crédits aux plus pauvres .

De même, plusieurs Béninois de toutes catégories socioprofessionnelles, ont salué avec émotion, la gratuité décrétée par le président Boni Yayi dans l’enseignement primaire, étendue, ensuite dans l’enseignement secondaire général, aux filles de la seconde à la terminale et enfin aux non-boursiers, aux non-salariés et aux non-secourus de l’enseignement supérieur.

« Cette gratuité de l’enseignement décrétée par le président Boni Yayi, au cours de ses dix ans de règne a non seulement induit la baisse du coût de l’éducation, mais a aussi, entrainé une hausse du taux de scolarisation de nos enfants »,a confié à Xinhua Claudine Quenum, vendeuse au marché Houndjro de Bohicon.

aCotonou

Commentaires

commentaires

Commentaires

commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE