Le monde syndical sous la Rupture : Une arme que Talon ignore

Le monde syndical sous la Rupture : Une arme que Talon ignore

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A l’occasion des 100 jours du régime de la Rupture, les secrétaires généraux des organisations syndicales se sont livrés. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a une rogne qui est en train d’être couvée au sein de la plupart des centrales syndicales. Et si le gouvernement de la Rupture ne corrige pas le tir, il risque de connaître sa première crise sociale les tout prochains jours.

Que cela soit  le trio Pascal Todjinou de la Cgtb, Dieudonné Lokossou de la Csa-Bénin et Noël Chadaré de la Cosi-Bénin ou le duo Paul Essè Iko de la Cstb et Laurent Mètongnon de la Fésyntra-Finances, Ils ont, chacun dans son camp, œuvré pour une alternance au sommet de l’Etat. Mais 100 jours après, ils donnent de la voix. Le bilan du régime du Nouveau départ, vu par les secrétaires généraux, est plus que critique.Ils ne se retrouvent pas encore dans la gestion du pouvoir d’Etat par Patrice Talon. « En 100 jours, que cela soit dans ses discours à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, je n’ai jamais entendu Patrice Talon prononcer le mot syndicat », s’est indigné sur Canal3 Pascal Todjinou. Dans une interview accordée à votre quotidien Matin Libre N° 0489 du jeudi 14 juillet 2016, Dieudonné Lokossou s’exprimait en ces termes : « J’ai l’impression qu’on nous méprise, nous acteurs sociaux ». Et A Paul EssèIko d’ajouter, dans la même parution : « Au plan du dialogue social, c’est la catastrophe même ». Il se base sur le fait qu’en 100 jours, Patrice Talon n’a jamais rencontré les partenaires sociaux pour affirmer que le régime de la Rupture a relégué au second rang les acteurs sociaux.

L’autre sujet qui fâche dans le rang des syndicalistes, c’est les 10 millions que chaque membre de la commission Djogbénou s’est tapé après seulement 30 jours de travail. Les syndicalistes qui, pourtant, ont planché devant la commission pour donner leur avis sur les réformes politiques et institutionnelles ne comprennent pas qu’ils aient fait ce travail gratuitement alors qu’il y avait une cagnotte de 500 millions à partager dans un contexte de récession économique et de réduction des charges de l’Etat. Et quand on sait que l’argent est souvent le nerf de la guerre, le fait que les syndicalistes qui ont œuvré à l’avènement de la Rupture n’aient encore rien à se mettre sous la dent alors que des « Yayistes » comme Eugène Azatassou ont déjà empoché 10 millions en moins de 100 jours de la gouvernance Talon, peut être objet de frustration.  D’ailleurs Dieudonné Lokossou a été on ne peut plus clair sur le sujet une chaîne de télévision. « Nous attendons aussi notre part », avait-il dit. D’un autre côté, les syndicalistes peuvent se servir de ce précédent pour raviver les  revendications qui sont dans les tiroirs. Et ce sera la fin de la période de grâce que les acteurs sociaux ont tacitement accordée à Patrice Talon.

Le syndicalisme, une arme facilement récupérable

On savait le trio Pascal Todjinou, Dieudonné Lokossou et Noël Chadaré proche de Sébastien Ajavon. Ils l’ont soutenu pendant qu’il était en conflit ouvert avec le régime Yayi. Et même pendant l’élection présidentielle, on les sentait plus proches de Sébastien Ajavon que de Patrice Talon. On sait également que les rapports entre Talon et son allié ne sont pas au meilleur de leur forme. On peut même dire que le clash est inévitable, étant donné les ambitions présidentielles du magnat de la volaille. Il ne peut se permettre  de rester dans l’ombre de Talon trop longtemps. Il va falloir qu’il se démarque et avec lui, les frustrés du régime de la Rupture. Etant donné qu’il a les moyens de ses ambitions, il pourrait profiter de la situation pour récupérer le monde syndical qui se sent délaissé par Patrice Talon. Talon devra alors avoir des soucis à se faire. Yayi en a fait l’expérience. Même pour un mandat de cinq ans, il a besoin d’un climat apaisé pour mener à bien ses réformes. Il est donc plus dans l’intérêt du régime de la Rupture d’entretenir un bon rapport avec les partenaires sociaux au risque d’avoir à gérer tout au long des cinq années des crises sociales. Ce qui le détournerait de la priorité.

Bertrand HOUANHO


Matin Libre

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