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Invité sur Radio France Culture le dimanche dernier Zinsou parle de son expérience politique au Bénin

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L’ancien Premier ministre Lionel Zinsou a été invité le 24 juillet dernier sur l’émission L’esprit public de la Radio France Culture. Pendant près d’une heure, le Franco-Béninois est revenu sur les raisons de son échec à la présidentielle de 2016 et sur les réalités politiques béninoises auxquelles il ne s’attendait pas.

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Lionel Zinsou, nous avons été vraiment fascinés par cette aventure et ce courage d’arriver dans un pays, devenir premier ministre et essayer de s’imposer comme président. Nous voyons les difficultés que vous avez eues quand on regarde les coupures de presse. On voit bien quelque chose d’étonnant. Comment vous avez vécu cela ? Quand vous revoyez le film qui vous a conduit du poste de premier ministre au poste de candidat, battu par votre adversaire à l’issue d’une campagne très rude, est-ce que vous avez le sentiment que vous aviez commis une erreur stratégique ou tactique ? Est-ce que vous avez vécu ça comme une tragédie grecque ? (…)
J’aime bien l’idée de tragédie grecque parce que vous avez l’impression que le destin, même si c’est une aventure personnelle, au fond est un petit peu anecdotique, vous avez l’impression d’être le jouet du destin. En réalité, je ne suis pas parti comme premier ministre pour être candidat à l’élection élections présidentielle. Il n’y avait pas dans le parti présidentiel de choix qui allait faire l’unanimité. Au contraire, il y avait des principes d’éclatement du parti qui était au pouvoir à travers des élections primaires. Les primaires, comme on le sait en France, peuvent énormément diviser, créer des clivages terribles et on allait se retrouver avec sept candidats du parti présidentiel. Il fallait quelqu’un qui fasse un peu l’unité de ce parti. Chacun dans la classe politique connaissait trop les autres pour pouvoir s’effacer. Quand je vois que les primaires du parti socialiste français sont prévues pour janvier 2017, je me dis que c’est vraiment tardive. Nous, nous avons fait nos primaires début novembre. Ce qui est déjà trop tard en réalité pour avoir le temps d’accomplir les consultations primaires, ensuite de recoudre les plaies. Il y a donc un travail chirurgical émotionnel et politique très fort à faire. C’est évidemment court. Mais à partir d’octobre, il y avait une situation de blocage sur la démocratie. D’ailleurs, les trois grands partis de ce pays étaient eux-mêmes incapables de désigner dans des primaires des candidats qui fassent l’unanimité. Au total, un certain nombre d’indépendant se sont présentés. Au premier tour, nous étions quand même 32 candidats pour marquer une différence nette. C’est un peu compliqué, même s’il y avait une polarisation autour des cinq grands candidats qui ont eu 75% des voix. Il y avait aussi des gens qui faisaient de petit commerce électoral. C’est quand même une indication qu’on avait des difficultés à faire la sélection des candidats. Donc, je me suis retrouvé un tout petit peu un jouet du destin. J’étais
venu comme un premier ministre par sentiment du devoir. Je ne peux pas dire toujours non. Ça fait plus de 15 ans que je disais non, à l’idée de venir servir mon pays. J’ai dit oui en me disant à la fois que ça me passionne, m’honore et puis en même temps, je n’ai pas à satisfaire des ambitions politiques personnelles.
Je suis un peu détaché de faire mon devoir. En même temps, l’autre aspect du destin, est que quand vous êtes premier ministre de n’importe quel gouvernement, vous assurez tout l’héritage. Même si vous avez été premier ministre pour quelques mois, vous êtes le candidat de la continuité dans un contexte où il y a un effet de ras-le bol. La loi veut qu’un premier ministre sortant dans un système présidentiel soit l’héritier quand bien même vos opposants ont conduit une action pendant 8 ans sur 10 avec le Gouvernement du Président sortant. Vous êtes celui qui, dans les 8 derniers mois, assume tout l’héritage. Vos adversaires, eux, sont vierges de la corruption, des affaires, des scandales, des ratés, les échecs, etc. Vous assumez tout ceci. C’est un peu comme une question de devoir. Ce n’est pas seulement que de la tragédie mais aussi de la comédie.
Comme vous faites allusion aux attaques, j’étais depuis l’enfance vacciné contre. Les gens ne veulent que vous blesser. La particularité quand vous êtes ministre, c’est qu’on vous attaque beaucoup plus que si vous étiez un homme privé. Quand vous êtes candidat à la présidentielle, vous y ajoutez les gens qui sont censés être vos ennemis politiques. Vous êtes la cible absolument de tous. J’ai eu la chance d’avoir grandir dans une famille où vous connaissez l’avant, le pendant et l’après du pouvoir.

Ce détachement ne vous a-t-il pas nui ?
C’est possible qu’il faille quelque chose de plus animal, de plus violent. Si on échoue, c’est la mort. Il se trouve que j’ai eu un accident d’hélicoptère. Je ne vais pas en campagne avec les moyens de l’Etat. J’allais conduire une délégation gouvernementale. C’est vraiment une question de météorologie. Mais au Bénin comme dans beaucoup de pays d’Afrique, la météorologie elle-même est une affaire que règlent les dieux et non les lois de la physique. Quelqu’un m’a même dit j’ai prouvé que les mânes des ancêtres m’accompagnaient pour me sauver la vie et que vous allez gagner ces élections. Mais objectivement, en dehors des forces du mal, il y avait une visibilité très faible. Je conseillerais aux gens de commencer une carrière politique assez tard. A un moment, on se dit qu’on a accompli beaucoup de choses. Si au fond on ne survit pas, ce n’est qu’atteindre un tout petit peu un processus biologique assez naturel. Je n’ai eu aucune réunion politique en 100 jours de campagne active, où il y a moins de 15.000 personnes devant moi. Il y a eu une participation démocratique en Afrique qui est extraordinaire. Il y a une écoute, une attente des populations. Mais en même temps, vous entrez dans une foule où vous ne savez pas si elle est hostile ou amicale. Il y a une sorte de danger physique. C’est un peu le destin.

Vous avez mentionné les reproches qui vous ont été faits, dans ces reproches, il y en a un qui m’a beaucoup intrigué. C’est justement le fait que vous soyez à moitié français. A ce sujet, quel est alors l’état des lieux de la Françafrique ? Est-ce que ça marche encore ou c’est juste un repoussoir aujourd’hui ?
Vos adversaires ont besoin de trouver des arguments qui vous disqualifient. Un des principaux journaux qui appartient au Président actuel, a écrit que ce n’est pas parce qu’on est compétent qu’on a le droit d’être Président de la République. Je considère que c’est un des beaux hommages que je n’ai jamais reçus. On a donc essayé le terme ‘’raciste’’. C’est un blanc qui revient chez lui. D’ailleurs, il n’a jamais passé de temps chez lui, sauf les vacances. Ce terme raciste a eu probablement des effets inverses. Le terme ‘’raciste’’ est pour moi un terme un peu nouveau. Pendant 60 ans, j’ai été considéré comme un noir, jamais comme un blanc. Je suis allé à l’Assemblée générale du Medef en Août. Et sur les réseaux, les internautes ont réagi, et tout ceci s’est terminé par un discours de Emmanuel Macron sur le thème des 35 heures. Cela a fait un peu de buzz. Et quelques heures plus tard, sur les réseaux sociaux, j’ai lu un fonctionnaire du Fonds monétaire qui me dit : « Qu’est-ce que ce nègre endimanché vient nous donner des leçons d’économie !’’. Comme je ne peux pas m’établir à Michna, ou le désert algérien, je suis étranger partout. Le terme ‘’Raciste’’ ne marche pas. Probablement, dans d’autres parties de l’Afrique, la tension est plus forte sur ce terme. Mais ce qui a bien marché, c’est le thème recolonisateur. C’est celui que la France a imposé pour recoloniser le Bénin.
Avant que la France ne s’intéresse et envoie des gens pour recoloniser le Bénin pour s’approprier sa richesse, je conseille de recréer les richesses. Sinon, ça ne change pas grand-chose de recoloniser le Bénin. Nous pesons 1% de la population d’Afrique, 0, 3% du Pib d’Afrique. Si nous voulons encore recoloniser un pays, je ne suis pas sûr que ce soit le Bénin. Je ne vois pas qui de la droite ou de la gauche est passionné de la recolonisation. Au fond, je pense que ce terme n’aurait aucune faveur.
En fait, ils ont une faveur auprès de 2 catégories de personnes dans la population. Les gens les plus âgés qui sont restés dans une logique selon laquelle la Françafrique est une vraie réalité de contraintes économiques et politiques, et il y a des gens, particulièrement un homme d’Etat qui a le sentiment d’être renversé par la France. C’est vrai que la France a renversé beaucoup de gens, en l’occurrence dans les années 2000 où elle a renversé pas mal de Chefs d’Etat. Ce sentiment existe chez les gens âgés. Cela existe aussi chez les jeunes gens qui ont cette espèce de volonté héroïque de revivre un combat, un peu comme la situation en Côte d’Ivoire. C’est selon eux un combat de l’identité, de l’indépendance contre les forces du mal qu’est la Françafrique. 10% des électeurs avaient ce sentiment. Puisque quand on va voir les populations, la question n’est pas de savoir si la Françafrique est un monstre, mais c’est d’abord l’eau, l’électricien, la situation dans les écoles, les centres de santé et autres. Et cela est normal pour un pays dans lequel 33% de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté. Le fait qu’il y a des forces du mal qui guettent le Bénin n’a pas un impact réel sur l’élection. Mais ça fait des thèmes de presse intéressants. Et il y a de jeunes troupes pour lutter contre la Françafrique. Il y a une crispation toute particulière sur le Fcfa et un certain nombre de symboles et de mots. C’est des gens qui ont 20 ans aujourd’hui et qui se disent qu’il est temps d’accomplir le combat de la vraie décolonisation. Dans le même temps, d’autres optent pour le blanc. Car les blancs sont des gens qui ont le sens du mérite, qui tiennent parole, qui ne volent pas l’argent du peuple (…).
Transcription : Patrice SOKEGBE & Fulbert ADJIMEHOSSOU

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