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Interview exclusive de l’ex- ministre des travaux publics et des transports: Les vérités de Gustave Sonon sur la fin du régime Yayi et les dossiers sous Talon

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L’ex-ministre d’Etat en charge des travaux publics et des transports, Gustave Dépo Sonon évoque, dans cet entretien à bâtons rompus, les grands dossiers brûlants de l’heure. Affaire des véhicules d’occasion en transit, les nombreux projets routiers lancés en pleine présidentielle 2016 par le régime précédent, les raisons de l’échec des « Yayistes » à ce scrutin, les réformes institutionnelles et politiques enclenchées depuis l’ère de la rupture, sa lecture du système Talon…. Sans langue de bois, cet ingénieur statisticien de formation livre son cœur à votre journal.

L’Evènement Précis : Actualité brûlante oblige, le dossier Segub, relatif à la gestion des véhicules d’occasion en transit fait des vagues depuis que le gouvernement a rendu public le rapport d’un audit faisant état de 9 milliards de FCFA, non justifiés entre 2012 et 2016. Le Ministre d’Etat Koupaki que d’aucuns accusent de ne pas en être étranger, a vivement réagi, il y a peu. Qu’est-ce que vous en dites ?

Gustave Sonon : J’avoue que cela est regrettable, et généralement, ce sont des questions pour lesquelles, je n’aime pas trop débattre ou en parler, du moment où j’ai toujours dit que dans un état de droit, l’objectif premier est de faire en sorte que les voies de droit soient privilégiées. Et lorsque déjà, on emprunte cette voie, je trouve que ce n’est plus la peine de se mettre sous forme de spectacle à discuter ou à dire telle ou telle chose. Ce qui est sûr, lorsque vous avez à gérer la chose publique, même si c’est une seconde, il est difficile de dire que vous êtes blanc comme de la neige. Parce que la chose publique n’est pas facile, il faut avoir été à l’œuvre pour se rendre compte que c’est un ensemble complexe. Mais la seule chose que j’ai regrettée dans la démarche actuelle est liée à la conduite de l’audit. Quand les auditeurs arrivent, il faut permettre les confrontations des auteurs. L’audit relève les écarts et la norme. Mais les gens ont tôt fait de confondre un rapport d’audit à un rapport de commission d’enquête. Un rapport d’audit est un rapport administratif qui ne culpabilise pas encore tout de suite. Maintenant, lorsqu’on arrive à justifier les écarts dont j’ai parlé tantôt, on classe le dossier. Au cas contraire, on l’envoie à la justice pour permettre qu’il y ait la manifestation de la vérité.

Certains s’étonnent qu’on ait curieusement choisi la période 2012-2013, alors que la filière véhicule d’occasion date déjà de plusieurs années au Bénin ?

Oui, et c’est cela qui fait planer les doutes, où on aura l’impression qu’il y a un acharnement ou un règlement de compte. J’invite le gouvernement à éviter ce piège parce que nous sommes tous béninois, nous avons l’obligation de travailler pour le Bénin. Les élections sont terminées. Le plus important aujourd’hui est le développement du pays qui doit nous préoccuper. Si tant est qu’on décrie la gestion du régime passé, il serait souhaitable que l’audit couvre la période allant de 2006 à 2016. De toutes les façons, le rapport d’audit n’a pas encore dit que telle où telle personne est fautive ou pas. Je trouve simplement, comme je l’ai dit tantôt qu’il a manqué l’étape où on permet à celui qui est audité de se justifier. Les gens ne se contentent que de s’exprimer pour le moment dans les médias. On verra bien.

On ne sait pas quelle sera la prochaine révélation sur le régime précédent. Mais on a l’impression que le gouvernement de la Rupture en a fait son sport favori depuis qu’il est aux affaires. Le régime de Boni Yayi pour lequel vous avez travaillé à un haut niveau, a-t-il fait tant du mal à ce pays ?

Vous savez, c’est la manière qui différencie les hommes dans la gestion du pouvoir. Considérez la gestion du pouvoir comme une destination, si l’on veut caricaturier par exemple. Vous voulez voyager et votre objectif est d’aller à Bohicon. Vous pouvez donc emprunter plusieurs chemins, vous pouvez passer par Lokossa, Akassato ou Porto-Novo. L’essentiel est d’aller à Bohicon. Ce qui différencie les divers responsables, c’est le chemin emprunté pour atteindre l’objectif. Et si je me réfère au Bénin, c’est le développement du pays. L’essentiel est que tout se fasse dans les règles de l’art et conformément aux différentes lois. Et si je me réfère à ma caricature, celui qui a emprunté Porto-Novo, vous ne pouvez pas tout de suite dire qu’il a fait du gaspillage pour n’avoir pas passé par Akassato ou Lokossa. Il faut fouiller pour savoir si en choisissant de prendre par Porto-Novo, il n’a pas un problème à régler à mi-chemin. C’est un peu comme ça qu’il faut concevoir la gestion d’un pays. Maintenant, comme j’ai l’habitude de dire, l’Etat est impersonnel et abstrait. Ce qui est sûr, tôt ou tard, chacun sera mis à l’épreuve, et va vérifier la façon dont chacun a fonctionné. Comme je le dis souvent, il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas.

Vous avez été ministre d’Etat et un collaborateur très proche du président Boni Yayi. Quel sentiment vous anime quand le régime actuel essaie de démontrer par toutes les manières que sa gestion a été catastrophique ?

Il faut dire que le développement de la technologie fait aujourd’hui qu’on amplifie les choses. Si non, rien n’est aussi criard. Mais c’est à l’avantage du peuple béninois, parce que cela dénote aussi de la vivacité de notre démocratie. Comme je l’ai eu à dire à d’autres occasions, j’aurais souhaité que le gouvernement actuel se mette simplement au travail. Je regrette que ce langage qu’on note aujourd’hui ressemble à un prolongement de la campagne électorale. C’est en période de campagne électorale qu’on démontre par A+B qu’on est meilleur et que l’adversaire est mauvais. Chacun a ses défauts et on est mauvais aussi. Mais une fois que le peuple a tranché, il leur demande de redresser la barre et de continuer. Je suis d’accord qu’on fasse l’état des lieux et qu’on avance. Mais vouloir démontrer que le pays a été hérité dans un état catastrophique, ce n’est pas la meilleure manière. Vous avez déjà le pays en mains, c’est donc de continuer, et personne, même les FCBE, n’ont pas intérêt que le régime actuel échoue. Le débat sera fait lors des prochaines campagnes électorales. Il y a des pays où les gens prennent la gestion du pouvoir, après une guerre qui les a entièrement dévastés, et pourtant, on essaye de les reconstruire.

Le Bénin n’est pas sorti d’une guerre, mais il y a eu beaucoup de mécontents à la fin du régime Yayi, Monsieur le Ministre ?

D’abord, il faut comparer ce qui est comparable. Car toute vie a une forme de cloche. La comparaison qui est faite aujourd’hui est qu’on tente d’apprécier la fin d’un régime au début d’un autre. Si non, si l’on compare les 100 premiers jours du Dr Boni Yayi en 2006, aux 100 premiers jours de son successeur, le président Patrice Talon, vous allez voir que c’est même photo.

Avez-vous des exemples précis de comparaison à ce niveau ?

Oui, ce sont souvent nous les cadres qui sommes à la base des déviances et dérapages ; parce que le président élu est seul. Le président Yayi en 2006 était venu seul. Vous vous rappelez, qu’il avait fait un gouvernement large. Il n’y avait pas d’opposition, le Prd, la RB et le Psd y ont tous participé, c’était la ferveur populaire. On donnait les résultats conformément aux normes. Le taux de réussite au Bepc 2006-2007, si j’ai bonne mémoire, était de 11%. C’est de façon progressive qu’il y a eu des relâchements. Et c’est ce qu’on vit actuellement. Donc, si on devrait faire une vraie comparaison, il faut comparer les deux débuts des deux régimes, et non la fin de l’un au début de l’autre. Si non l’écart va toujours être énorme.

Est-ce que finalement, face à tout ce qui se dit contre le régime précédent, vous ne regrettez pas amèrement d’avoir échoué à la présidentielle 2016 ?

Non, pourquoi regretter. Le peuple a tranché.

Est-ce que vous pouvez nous dire ce qui a réellement contribué à cet échec dans le camp des Yayistes ?

Nous avons échoué parce que nous n’étions pas organisés. On n’avait véritablement pas une direction de campagne. Vous savez, les FCBE, c’était une alliance de partis au pouvoir. Et tous ceux qui y venaient ne venaient pas par conviction, les gens viennent vous demander de leur donner des marchés, et si vous ne le faites pas, ils deviennent opposants, mais vous le faites, ils disent vous soutenir. C’était sans conviction. On avait beaucoup de gens qui se disaient être avec nous, mais en réalité ne l’étaient pas.

En 10 ans de gestion, avec une alliance politique qui a fait le parcours avec le régime sur plus de la moitié de la durée, comment peut-on comprendre qu’on dise que c’est parce que FCBE n’était pas si structurées et si organisées pour gagner la présidentielle 2016 ?

S’il n’y a pas le militantisme, comment pouvez-vous vous structurer ? S’il est réduit aux avantages, cela ne peut marcher. Et c’est général en Afrique. Nous n’avons pas véritablement de parti politique. Ce sont les intérêts personnels et égoïstes qui ont toujours motivé les politiciens. Lorsque ces intérêts convergent, on est ensemble. Mais quand ils divergent, on n’est plus ensemble. Et c’est cela qui fait qu’on n’a pas pu canaliser les choses.

Prenant votre cas personnel, vous avez pris pourtant part, pour la première fois, aux législatives de 2015 dans la 24ème circonscription et vous avez été élu ; même si vous avez choisi de ne pas siéger au parlement, étant à l’époque membre du gouvernement ?

C’est une stratégie de gestion du terrain politique. Il fallait s’y occuper. C’est vrai, je n’ai pas pu mobiliser tous les moyens nécessaires de parcourir tous les villages de la 24ème circonscription électorale. Mais comme je sais que ma commune Zakpota constitue 30% du pouvoir électoral, je me suis appesanti sur elle, et j’ai parcouru le maximum de villages possibles. Comme je l’ai dit, la question du militantisme nous a fait énormément défaut au sein des FCBE. Comme par exemple, les législatives organisées en 2015 ont tout juste précédé les municipales, la question du positionnement sur les listes électorales n’avait pas été totalement réglée en notre sein, ce qui a fait qu’on s’est davantage éclaté.

Les FCBE étaient pourtant en coalition avec deux grands partis à savoir le PRD et la RB à cette présidentielle 2016. Certains estiment plutôt que c’est la candidature que vous avez présentée qui n’était pas bonne ?

Je ne peux pas dire ni oui, ni non. Si les gens pensaient que ce n’était pas la bonne, ils nous auraient dit la vérité, en ce moment et on changeait.

Mais qui pouvait oser dire la vérité jusqu’à faire choisir un autre candidat en restant FCBE ?

Contrairement à ce qu’on disait, ce n’était pas un mauvais candidat. On pouvait s’organiser et dire non en désignant une autre personne. Mais en notre propre sein, on avait des difficultés pour dégager une autre tête. Et comme aussi, on ne pouvait pas gagner les élections, seuls, il fallait aller en alliance. Et en termes de jeu des alliances, il faut tenir compte de l’avis des alliés. Et n’oubliez pas aussi que les alliés étaient des gens qui avaient longtemps combattu les FCBE, il n’était pas donc aussi facile qu’ils acceptent un candidat qui soit issu directement du rang des FCBE.

Monsieur le Ministre, dites-nous, si selon vous, Lionel Zinsou, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était la meilleure candidature à présenter à cette présidentielle de grand enjeu ?

Au fait, moi, j’ai eu à travailler, je ne sais pas si c’est par chance ou par malchance, avec le premier ministre Lionel Zinsou, étant du même gouvernement d’alors que lui. Et j’ai noté que c’est un compatriote qui avait le poids. Moi, de ma position de ministre en charge du transport et des travaux publics, j’ai eu à gérer avec lui des dossiers chauds, notamment, le projet de la Boucle Ferroviaire, et j’ai noté la façon dont les partenaires ont rapidement pris au sérieux les négociations avec nous et le respect des clauses. L’autre qualité que j’ai notée, c’est que voilà quelqu’un qui n’avait pas la «béninoiserie», et mon souhait est que s’il était élu, on allait sortir un peu du système béninois et repenser autrement la gouvernance du pays.

On vous a vu au cours de la campagne très actif avec le chef de l’Etat Boni Yayi, dans les actions gouvernementales. Il y a eu beaucoup de projets routiers qui ont été lancés en un temps record au point de faire dire à des gens que ce n’était que des opérations de charme à connotation électoraliste et qu’ils n’auront jamais de suite ?

C’était une pure coïncidence. Et s’il y a péché, c’est parce que j’ai été pendant 6 ans durant, Directeur de la programmation et de la prospective (DPP) du ministère des travaux publics et des transports. Si non, on ne se lève pas du jour au lendemain, pour dire qu’on va lancer une route. C’étaient des dossiers qui ont été conçus depuis 2012. En tant que DPP donc, je planifiais toutes les activités du ministère et je participais à l’élaboration de la stratégie du secteur. Et celle que je suis venu trouver en 2009, était la stratégie sectorielle des transports 2007-2011. Expirée donc en 2011, il fallait la renouveler et on a eu l’appui de l’Union Européenne pour le faire, mais cela a fini par échouer. Après avoir évalué celle de 2007-2011, j’ai élaboré celle de 2013-2017, mais cela a accusé un peu de retard, et on a dû glisser vers 2014-2018. C’est pour vous dire que tous ces chantiers ont été contenus dans cette stratégie qu’on démarrée depuis 2012 et qu’on a fini d’élaborer en 2013. En ce moment, on préparait la Table Ronde de Paris, à laquelle, on voudrait soumettre cette nouvelle stratégie. Ce qui a été fait. On y a soumis 3000 km de routes à bitumer où on recherche déjà le financement en mode Partenariat Public Privé (PPP). Et par rapport à cela, on a demandé au gouvernement, un fonds pour les études de faisabilité. C’est ainsi qu’il avait mis à la disposition du Ministère des travaux publics d’alors 10 milliards de FCFA. En plus des documents de la Table Ronde de Paris qui contiennent déjà en leur sein ces projets, ils ont été également inscrits dans le budget 2016 pour neuf cas. C’est donc un processus qu’on a conduit depuis. C’est pour cela que quand je suis retourné au ministère des travaux publics en juin 2015 en tant que ministère en charge, j’ai accéléré la procédure. La seule chose qui a différencié, c’est le mode de procédure.

Le gouvernement actuel vous reproche d’avoir lancé ces innombrables projets routiers sur fond de dettes colossales, non acquises d’ailleurs dans la plupart des cas ?

Tout dépend de la manière dont on appréhende les choses. Lorsque la route n’existe pas, cela à un coût pour la population. Nous autres, on a voulu faire abstraction de cela. Ensuite, quand cette route existe, nous oublions les effets induits. Voici deux exemples : le premier, l’axe routier Akassato-Bohicon. Pendant que cette route n’existait pratiquement plus, on était tous contraint à prendre par Porto-Novo, vous faites 100 km supplémentaires. Imaginez donc ce qu’on y gagne aujourd’hui en termes de carburant et d’économie du temps de parcours. Si on fait un petit calcul, quand vous avez un véhicule qui fait 18 litres aux 100 km, vous économisez à peu près 10.000 FCFA en aller-retour si l’on considère le prix actuel du litre d’essence. Si l’on multiplie ces 10.000FCFApar le nombre de véhicules qui passent par an, on se retrouve à près de 400 milliards de FCFA. Si vous vous endettez pour 100 milliards CFA pour faire cette route par rapport à ces 400.000 milliards, vous voyez l’écart d’économie, tout ceci sans parler encore du carburant, de l’entretien du véhicule, la santé que vous préservez aussi. Je dois aussi dire que ces projets routiers rentrent également pour la plupart dans l’intégration régionale, où la circulation entre les pays de l’hinterland est facilitée avec aussi le développement des recettes douanières et l’augmentation des postes de péage, etc. Je dois aussi souligner qu’on n’avait pas voulu s’endetter en l’air, parce que la plupart des crédits qu’on obtenait couvrait 5 ans à 7 ans de remboursement avec 2 à 3 ans de différés. Aujourd’hui, nous comptons globalement au Bénin 7 postes de péages. Dans le plan que j’ai présenté et qui avait été adopté par le conseil des ministres d’alors, on a envisagé environ une trentaine de postes de péage. Et aussi, comme l’état de la voie réduisait le coût d’entretien du véhicule, on envisageait créer une taxe à l’immatriculation du véhicule, nous avons contacté d’autres pays qui ont même créé des redevances sur les assurances etc. Je dois aussi dire que si nous avons choisi le mode PPP, c’est pour que ces projets routiers ne pèsent pas lourdement sur notre trésorerie, parce que dans le cas d’espèce, c’est la même personne qui vous apporte le financement et la réalisation des travaux, contrairement aux conditionnalités que posent les partenaires au développement. Ils exigent souvent que nous apportions une contrepartie qui varie dans l’ordre de 8% à 20%. Ils séparent également le coût des travaux du coût de la mission de contrôle et exigent souvent que ce soit l’Etat même qui arrive à faire le dégagement de l’emprise, ce qui a un coût aussi, à peu près 14% du coût des travaux. Ajoutés à contrepartie, ces coûts exigés à l’Etat l’empêchent souvent de mobiliser à temps les ressources financières de son côté quand bien même il ait réussi à obtenir le financement. Alors qu’avec le mode PPP, l’Etat ne sort rien, bien au contraire, l’Etat prend encore la TVA qui est de 18%, alors qu’il n’en existe pas avec les partenaires. Les avantages sont donc nombreux.

Quel avenir entrevoyez-vous aujourd’hui pour ces nombreux chantiers routiers lancés avec le régime actuel qui ne semble pas être dans la même optique ?

L’Etat est une continuité. Ce sont donc les dirigeants actuels qui sont responsables de la gestion des affaires du pays. Mais sachez que lorsqu’on parle d’endettement, ne pensez pas que les chiffres qui sont donnés là datent d’il y a 10 ans seulement. Il y a plus de 30 ans à 40 ans peut-être. En tout cas, ceux qui sont là aujourd’hui, on va leur faire confiance. Moi je suis heureux, ils sont venus, c’est logique. Ils n’étaient pas sûrement dans la même logique que nous. Dans un premier temps, ils ont dit, on suspend d’abord et on fait cas par cas. Alors j’ai dit, Dieu merci, quand ils vont faire correctement le travail et ils vont prendre la mesure des choses, ils pourront dire que ce n’était pas ce qu’on pensait et poursuivront les actions dans ce sens. La rentabilité de la route est certes diffuse, mais quand une route qui passe, c’est toute l’économie qui en ressent.

Comment appréciez-vous le système de gestion des affaires de l’Etat sous la rupture ?

L’exercice du pouvoir n’est pas chose facile. Car j’ai été au front et j’en sais quelque chose. Ceci dit, l’action la plus positive pour moi est que le pouvoir a réussi à trancher le processus du découpage territorial. Pour tout le reste, c’est discutable.

Il y a par exemple, l’amélioration de la qualité des dépenses publiques qui sont nettement réduites aujourd’hui pour tenir compte de la réelle capacité de la trésorerie de l’Etat ?

Cela est aussi discutable. Car j’observe simplement qu’on déshabille Pierre pour habiller Paul, parce que l’Etat, c’est un tout. Lavoisier a dit que rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. En voulant améliorer la qualité des dépenses publiques, on a mis au chômage certaines personnes, comme par exemple, les cellules de communications dans les ministères. Mais ce que nous ne savons pas, c’est que même dans les démocraties que nous copions, les gens ont des primes au chômage. Cela veut dire que l’Etat a gagné en ressources, mais a appauvri ses citoyens. Dans ces conditions, je ne peux pas tout de suite applaudir, parce que si l’Etat gagne et ses citoyens sont pauvres, il y a problème. Au niveau de l’administration, je suis d’autant plus perplexe qu’on veuille aujourd’hui retourner vers le système Des Directeurs de l’Administration et des Finances(DAF) alors qu’on en est plus là aujourd’hui avec les spécialisations en gestion des ressources financières et en gestion des ressources humaines, avec l’avènement des DRFM et des DRH. Et ce que je note est que la gestion des ressources humaines est désormais reléguée au second plan, parce que la plupart des DAF sont des financiers. C’est maintenant que les Togolais nous copient avec les DRF et DRH pendant que nous autres retournons en arrière.

Dans la quête de l’assainissement des dépenses publiques, le gouvernement actuel a également supprimé plusieurs institutions qualifiées de budgétivores, créées sous l’ex-régime. Qu’est-ce que vous en dites ?

Là aussi, vous voyez que c’est discutable, parce que le problème est ceci, tout gouvernement a besoin des appuis pour accompagner la mise en œuvre de ses réformes. Mais faites le point des institutions qui sont supprimées, et le point des institutions qui sont créées et vous allez vous rendre compte que c’est la logique qui a changé. Prenons par exemple l’Agence des grands travaux sous le Dr Boni Yayi qui est revenue sous la forme l’Agence des grands travaux urbains aujourd’hui sous la rupture. C’est donc le champ d’action qui est circonscrit. Les cas sont nombreux. Donc, ne soyons pas dupes.

Les réformes politiques. La question du mandat unique que soutient le président Talon continue d’agiter l’opinion publique. Votre commentaire ?

On ne peut pas dénier la démarche d’opérer les réformes au président Talon. Mais ce que je note, est qu’on se retrouve dans le schéma 2011. On avait prêté des intentions à juste titre au président Boni Yayi de vouloir faire une révision opportuniste, nous tombons dans un cas similaire, même si ce n’est pas la même chose, puisqu’on suspecte un flou qu’on ne comprend. Pour ma part, je l’ai déjà dit pendant la campagne, ce qui nous ruine aujourd’hui est l’absence du système partisan. On n’a même pas besoin pour ce faire de réviser la constitution, c’est simplement un article qui dit que la politique est animée par les partis politiques et qui sont organisés par une charte. La seule chose que je reproche à cette charte, c’est qu’on dit que pour aller aux élections, les partis politiques doivent s’organiser en alliances légales. Donc, ils tirent leurs vies de ces alliances qui se font et se défont autour des élections, selon les intérêts des uns et des autres. Ce qui ne construit pas réellement le développement d’un pays. Donc pour moi, ce qui est urgent ce n’est pas une question de mandat unique.

Christian TCHANOU

aCotonou

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