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Interview du Coordonnateur national des Fcbe: Eugène Azatassou fait des révélations sur le nouveau plan des yayistes

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Les Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE) se préparent à remonter sur la scène politique nationale. Leur mutisme depuis l’avènement du régime de la «Rupture» n’est pas synonyme de défaillance ni d’impuissance face à un nouveau pouvoir qui n’en finit pas de vilipender l’ancien régime. Eugène Azatassou, le Coordonnateur national des FCBE, parle ici à cœur ouvert de tout, en ce qui concerne cette alliance politique, qui dix ans durant, a fait vibrer le monde politique béninois avec des hauts et des bas. Il évoque également les vraies raisons de l’échec du candidat du pouvoir d’alors, Lionel Zinsou à la présidentielle 2016, dénonçant à ce propos l’inorganisation interne des FCBE, la « cause majeure ». Le président Patrice Talon et ses différents actes depuis son avènement au pouvoir voici déjà 100 jours, le nouveau plan des FCBE, sont également des sujets qui ont meublé cette interview. Lisez-plutôt.

L’Evènement Précis : Pourquoi les FCBE ont disparu de la scène politique nationale depuis l’avènement du régime Talon, voici plus de trois mois déjà ?

Eugène Azatassou : Non, nous n’avons pas disparu, nous sommes toujours en concertation. Nous en avons déjà fait un certain nombre de séances, ceci pour remettre les choses en ordre. Nous sommes donc toujours sur pieds. La preuve est que nous avons participé activement aux travaux de la commission des réformes politiques et institutionnelles. Je crois que vous aurez le temps de constater très bientôt que nous sommes réellement à pied d’œuvre. Ce ne sera pas comme si c’était disparu et comme si c’était le calme plat.

Quelle a été votre implication dans le déroulement des travaux de cette commission ?
Je dois préciser que nous avons posé des problèmes au départ, en rapport avec l’étendue de la réforme. Le fait que la commission soit déjà dotée d’un bureau présidé par le garde des sceaux ne nous a pas agréés au départ. Le fait aussi que les avis de la commission sont consultatifs, à savoir que le chef de l’Etat peut ou ne pas prendre en compte les points de vue qui seront développés, tout ceci nous a posé problème au départ. Nous avons par conséquent discuté et obtenu que nous ne soyons pas liés par les résultats de la commission et que nous pouvions exposer à tout moment nos points de vue sur les questions en débat.

Vous aviez également la possibilité de dire non et de ne pas prendre part aux travaux de cette commission, mais vous ne l’avez pas fait Mr le Coordonnateur national des FCBE ?
Nous nous sommes concertés par rapport à cela et nous nous sommes dit qu’il n’était pas nécessaire en ce moment de faire la politique de la chaise vide. Il fallait que nous exposions nos points de vue qui peuvent être retenus ou rejetés et que nous nous enrichissions aussi de ceux donnés par les autres qui étaient là. Il ne s’agissait pas donc de nous opposer pour nous opposer. Il fallait quand même participer autant que faire se peut à la construction du pays.

A la suite de votre échec à la dernière présidentielle 2016, plusieurs acteurs FCBE auraient quitté vos rangs. Vous le confirmez ?
Il faut l’avouer et le reconnaître, cet échec a vraiment été un coup dur pour nous, mais c’est une bataille que nous avons menée. Et toute bataille a souvent deux issues, on perd ou on gagne. Avant, on avait souvent gagné. On a perdu cette fois et ce n’est pas sans conséquences pour nos rangs. Mais l’essentiel est resté. C’est un courant d’idées qui est apparu et a existé dans le pays vaille que vaille qu’on on a toujours donné mort à tous les tournants mais qui est toujours resté. Nous sommes persuadés que là encore, cela va rester comme courant pour éventuellement faire l’équilibre et faire en sorte que la démocratie reste vivace.

Mr Azatassou, comme on le sent, vous êtes un peu déçu par ce qui est arrivé à votre famille politique à la présidentielle 2016. Pouvez-vous nous dire réellement aujourd’hui quelles étaient les raisons de votre échec ?
Les leçons restent à tirer

Vous ne les avez pas toujours tirées à ce jour ?
Non, nous ne les avons pas encore tirées. Nous sommes en concertation et nous évoluons vers un congrès bilan, et c’est à ce niveau-là que les leçons seront tirées. Mais il faut dire que suivant tout notre parcours, nous avons connu beaucoup de défections et de trahisons. Beaucoup de nos camarades, qui souvent par vagues, ont rejoint le camp adverse. Cela a été si remarquable, lorsqu’on observe que l’essentiel de l’autre camp est pratiquement fait des gens qui nous ont quittés. Cela a dû être décisif dans le résultat, à l’issue de notre échec. Nous devons revoir aujourd’hui nos méthodes, notre organisation politique, la façon dont nous prenons nos décisions, surtout nos mots d’ordre quand nous les lançons, quand nous les travaillons et comment nous les adaptons à la volonté du peuple.

Est-ce que vous n’avez pas échoué parce que le choix de votre candidat, le franco-béninois Lionel Zinsou était tout simplement mauvais ?
Je ne peux pas dire que ce soit la seule raison, elle ne saurait d’ailleurs pas en être une. Il faut dire que dans le camp adverse, la bataille a été menée autour de ça. Cela nous a même fait honte car l’on est allé jusqu’à la couleur de la peau ainsi qu’à la question de la Françafrique soulevée. Mais jusqu’à aujourd’hui, moi je ne crois pas que c’est quelque chose qui aurait pu faire fléchir notre chance.

Mais pourquoi, il a échoué selon vous ?
C’est l’organisation et la compactivation des rangs qui ont manqué en notre sein, ce qui a vraisemblablement conduit à cet échec.

Aujourd’hui, les élections sont terminées. Et on a un nouveau régime. Mais on a comme impression qu’au sein des FCBE, beaucoup d’entre vous tentent déjà de faire allégeance au nouveau régime. Avez-vous la même appréhension ?
Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas eu d’effritements. Cela est possible, car c’est un nouveau pouvoir qui est installé. C’est comme le miel, cela attire les mouches et les insectes de toutes sortes. C’est évident. Mais pour l’essentiel et pour ce que je suis, nos forces restent compactes. Il reste maintenant à développer la stratégie qu’il faut pour canaliser et regrouper tout cela.

Est-ce que vous en avez les moyens, d’autant que vous n’êtes plus au pouvoir ? La politique a un coût ?
Oui cela est vrai. La politique a un coût. Mais c’est en ce moment que les convictions vont prendre le dessus. Ce qui se passe là maintenant est plus affaire de conviction que d’autre chose. C’est évident que le président qui est élu, en plus du pouvoir économique qu’il continue de renforcer, a le pouvoir politique. Avant d’arriver, ils avaient pratiquement la presse. Et lorsqu’on observait comment la justice réagissait, c’était comme si elle était également en leur faveur. Mais cette concentration du pouvoir, à mon avis, est un danger pour la démocratie. Et c’est pour cela que les patriotes et les cadres au sein des FCBE, voyant venir le danger, perçoivent déjà la nécessité de rester compacts pour que tout n’aille pas à vau l’eau.

Vous auriez souhaité que tout autre candidat sauf Patrice Talon devienne chef d’Etat, vu les grandes démêlées qu’il a eues avec votre leader charismatique, Boni Yayi. Est-ce que vous particulièrement n’avez pas été choqué par son avènement au pouvoir ?
Les élections sont passées. Donc ce que j’aurais souhaité ou n’aurait pas souhaité n’a plus d’importance aujourd’hui. On a un président de la République qui est élu. On fait avec.

Aux premiers jours de son mandat, on a assisté à des rencontres entre lui et le Dr Boni Yayi, mais plus rien depuis lors. Qu’est ce qui se passe pour que ça soit ainsi ?
Je ne peux pas répondre à la place, ni de Boni Yayi, ni de Patrice Talon. Mais je me dis que le président Patrice Talon est élu pour travailler, et non pour parler avec le Dr Boni Yayi. Ils ont déjà échangé. Le président Talon travaille aujourd’hui, organise le pays à sa manière pour produire des résultats. Il n’est pas nécessaire donc qu’ils aient ces rencontres là, tous les jours, périodiquement, si elles ne s’imposent pas.

On ne le voit plus du tout, le président Boni Yayi. Il est toujours au pays ou bien il a quitté le territoire national ?
Il va et il vient. Il est là de temps à autre. Mais il se repose.

Avez-vous des contacts permanents avec lui ?
Je ne peux pas dire que je n’ai pas des contacts réguliers avec lui. Mais comme je vous l’ai dit, il se repose, et c’est cela, l’essentiel. Et surtout, il laisse gérer le pays. Il ne veut pas constituer personnellement une entrave pour le succès du mandat du président Patrice Talon. Mais c’est évident aussi que tel que je le connais, si les déviances se poursuivent et s’appauvrissent, il va peut-être dire son mot sans doute.

On observe depuis son arrivée au pouvoir que le président Talon est en train de remettre en cause tout ce que son prédécesseur a fait, notamment de grandes mesures alors prises ainsi que les derniers concours qui viennent d’être tous annulés. Qu’en dites-vous ?
C’est dommage qu’on en soit arrivé là. Rien ne s’oppose à ce que les contrôles se fassent et que les fautes qui ont été perçues soient corrigées et redressées et que les auteurs soient sanctionnés à la mesure des fautes commises. Mais, il faudrait que cela se fasse dans la transparence, sans esprit de violence et sans à priori, dans la quête de salir ou de dénigrer le pouvoir précédent. Or, c’est ce qui se passe au niveau de ces concours là. Est-ce que c’est pour faire corroborer l’idée qu’on fait du régime précédent que la décision d’annulation par rapport au concours a été prise, je ne le sais pas.

On est quand même dans un pays de libre expression. Mais pourquoi vous vous êtes tu jusque-là sur tout ce dénigrement orchestré contre le régime défunt, comme vous le dites ?
Vous avez raison, mais nous avons pensé que la meilleure chose à faire dans cette situation, au lieu de bondir à la télé sur chaque action, c’est de soigner notre image et de nous regrouper parce que tant qu’on ne s’est pas remis ensemble de façon compacte, tant qu’on n’a pas remis en scène une organisation, on doit donner des appréciations qui portent l’adhésion de nos militants et de nos responsables.

Vous avez encore suffisamment de militants aujourd’hui ?
Bien sûr que oui.

Un chiffre ?
Non, on ne peut pas compter les militants.

Etes-vous sûr qu’ils sont restés soudés aux FCBE ?
Nous avons des militants soudés aux FCBE et qui nous posent toujours la même question que vous nous posez là. Mais il faut absolument que nous fassions d’abord ce travail de regroupement politique, comme je l’ai dit tantôt.

N’avez-vous pas peur de subir de représailles en s’attaquant au régime de la Rupture, qui, aujourd’hui au pouvoir , détient des dossiers sales sur bien de gens dans vos rangs, qui étaient alors aux affaires ?
Si certains sont impliqués dans des dossiers et qu’on peut situer leur implication de façon claire et transparente, comme je l’ai dit tout à l’heure, il n’y a pas de problème pour les sanctions.

Etes-vous prêt à répondre de tout ?
Vous savez que moi personnellement, je ne suis impliqué dans aucun dossier. Et vous savez aussi que l’alliance FCBE, en tant qu’organisation politique n’a pas de dossier également.

Mais il y a des membres de cette alliance qui ont été aux affaires, pour ne pas citer le cas de l’ex-ministre de l’énergie et des mines, Barthélémy Kassa dans le dossier PPEA2, par exemple ?
Bien entendu. Mais le dossier PPEA2 pour ce que j’en sais, c’est le ministre Kassa qui est souvent indiqué, et ceci parce qu’en réalité, il est le ministre de tutelle de l’eau à l’époque. La question est de savoir cependant son degré d’implication à lui. Et ceux qui ont perçu des marchés et qui sont des proches du président Patrice Talon, pourquoi, on n’ en parle pas ? Vous voyez ! Donc, dites-vous que ce n’est pas cela qui provoque tant notre silence. C’est tout simplement une période que nous devons observer et voir les autres agir d’abord ; ne pas tout de suite commencer à les dénoncer sans déterminer l’orientation du travail qu’ils sont en train de suivre.

Est-ce que cette stratégie ne vous est pas dictée par votre leader, le Dr Boni Yayi ?
Pourquoi vous voulez que ce soit toujours quelqu’un qui nous dicte ce que nous devons faire. Il y a plutôt le bons sens qui nous guide et qui veut que, quand un président de la République est élu, l’on évite de commencer à se jeter sur lui, sans un minimum de temps. Cela n’a aucun sens.

Maintenant, il a déjà fait 100 jours, et il y a eu des actes qui ont été déjà posés par son régime. Comment les appréciez-vous, Mr Azatassou ?
Justement. Le système Talon m’inquiète. Le système Talon, c’est l’homme d’affaires qui arrive au pouvoir. Un homme qui a fait ses affaires, surtout avec l’Etat, qui s’est enrichi pratiquement avec l’Etat.

Il y a un problème à cela si tout ceci se déroule dans les normes ?
Je ne dis pas que c’est une faute, mais je constate.

Pourquoi vous parlez de son enrichissement avec l’Etat ?
Tout ce qu’il a fait avec le coton, le Pvi, c’est avec l’Etat.

Sans doute, parce qu’il a eu des faveurs particulières en son temps que beaucoup d’autres hommes d’affaires n’ont pas bénéficié auprès de l’Etat ?
Je ne parlerai pas de faveurs, mais je sais qu’il a traité avec l’Etat.

On pourrait parler d’opportunités d’affaires donc ?
Essentiellement. Mais moi j’avais un peu peur à l’époque, parce que la situation qui prévaut là ne me rassure pas jusqu’ici. Il y a surtout cette volonté de faire économie sur tout.

Vous trouvez cela mauvais ?
Cela ne devrait pas être mauvais en soi. Mais faire économie en ne percevant pas la place de l’homme, du travailleur, du communicateur, du journaliste, de l’information est ce que je déplore avec le régime actuel. C’est comme un libéralisme débridé qui fait que l’on gère l’Etat comme une entreprise dans laquelle, on pressure le travailleur pour qu’il donne le meilleur de lui-même afin qu’on fasse des économies et qu’on achète de quoi s’investir dans l’entreprise. Mais ici, c’est le développement d’un pays. L’alpha et l’oméga du développement est l’homme. Si on perd cela de vue, on est dans le décor. Et ce qui se passe aujourd’hui, est une sorte d’économie sur tout sans considération pour l’homme.

Cela cache quelque chose selon vous ?
Non, ça ne cache pas grand-chose. C’est le fait qui est là. C’est une politique, mais à mon avis, elle n’est pas bonne pour le développement. Je vais prendre ici l’exemple de la communication. Pour faire économie, on a supprimé toutes les cellules de communication des ministères et tous les contrats avec les organes de presse avec l’Etat. Et du coup, on a mis en place une direction de communication centrale au niveau du palais de la présidence, qui doit gérer les informations dans tous les compartiments. Le résultat est qu’il n’y a pas d’information. C’est opaque. Et la presse est pratiquement sans informations, un peu comme muselée. Il n’y a rien qui filtre. C’est beaucoup plus par les réseaux sociaux qu’on est informé aujourd’hui. Or ceux-ci disent une chose et le contraire immédiatement en dessous.

Il y a quand même un point de presse hebdomadaire officié par le ministre d’Etat qui dévoile les grandes lignes du conseil des ministres tenu dans la même journée du mercredi en attendant le communiqué final ?
Cela est largement insuffisant, comme vous avez pu le remarquer en même temps que beaucoup d’autres Béninois. C’est un exemple pour montrer que lorsqu’on fait économie de façon outrancière jusqu’à ignorer que la population a besoin d’informations et qu’il faut un minimum de structures pour cela, on est dans le décor. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui. On espère que cela se corrigera avec le temps. On ne vient que de compter 100 jours, le régime Talon a cinq ans à faire.

Le président Talon est entouré de hautes compétences, et en premier loge, on a quand même Pascal Irénée Koupaki, ministre d’Etat et secrétaire général de la présidence qui avait fait aussi avec Yayi, 7 ans sur 10ans, mais qui aujourd’hui participe à la vague de rejets de grandes mesures prises par le régime défunt.
C’est cela que je trouve regrettable. Car je pensais qu’une personnalité comme Koupaki devrait avoir un peu de réserves sur ce mouvement qui est entretenu pour salir complètement le régime précédent et le détruire pratiquement dans la conscience populaire.

Est-ce que ce n’est pas une manière pour Koupaki de se venger contre le régime en qui il avait espéré en vain , un soutien quand il a manifesté ses intentions présidentielles ?
Non, le ministre d’Etat Koupaki ne nous a jamais approchés en tant que structure politique organisée pour le soutenir à une présidentielle. Je ne sais non plus ce qui l’a opposé au président Yayi dans le temps. Mais quand il est parti, la présidentielle 2016 était encore suffisamment loin pour qu’il sache qu’une décision ait été prise de ne pas le soutenir.

Le président Patrice Talon a mis au centre de son projet de société les réformes politiques et institutionnelles. Pensez-vous qu’au bout des 100 jours qu’il vient de faire, il est déjà en phase avec cet engagement ?
Certainement qu’il se sent en phase. Mais nous autres, nous découvrons qu’il y a problème. Il a dit qu’il voulait faire des réformes et il a posé les actes qu’il faut dans ce sens. Mais nous pensons personnellement que la commission ne devrait pas être mise en place de cette manière. Elle ne devrait pas être déjà dotée d’un bureau qui soit présidé par le garde des sceaux, c’est-à-dire complètement lié. Que la commission ne soit pas non plus consultative.

Quel format vous auriez souhaité ?
Nous aurions souhaité des états généraux où les représentants de toutes les couches sociales arrivent pour dire leur bilan par rapport à la constitution qui a été mise en place depuis 1990 et qui a donné des résultats, puisqu’on a eu la paix, l’alternance et beaucoup d’autres acquis, mais qui a montré aussi des signes d’essoufflement. Il y a certainement des choses à réaménager. On devrait pouvoir se demander comment les couches sociales, chacune à son niveau, la façon dont ces réformes vont s’opérer. Il ne s’agit pas seulement de venir exposer son avis devant une commission, mais il faut des discussions sérieuses et croiser les points de vue avec les autres pour obtenir une médiane.

Vous ne voyez donc pas un meilleur avenir pour ces réformes ?
Il faut dire qu’il y a d’autres aspects de ces réformes pour lesquels, nous avons marqué notre accord, sauf pour d’autres questions comme le mandat unique pour lequel tout le monde connaît notre position. La question fondamentale et celle de la philosophie même des réformes est l’équilibre des pouvoirs. Et sur ce, nous avons donné nos points de vue, à savoir que le constituant de 1990 qui a établi l’équilibre du pouvoir de cette manière a ses raisons. On venait avant d’une période révolutionnaire d’instabilité chronique. Donc dans une société comme celle-là, avoir des institutions côte à côte, qui se regardent en chiens de faïence, au lieu qu’on ait des implications telles que ces institutions sont amenées à collaborer, n’est pas une bonne chose pour la stabilité de notre pays.

Beaucoup de Béninois estiment que le président Talon ne s’investit pas assez depuis son arrivée sur le plan social. Certains se désolent du fait que l’argent circule de moins en moins. C’est votre avis aussi ?
Oui, c’est une question presqu’idéologique. A savoir l’orientation donnée au pouvoir à laquelle, nous nous opposons. C’est-à-dire, économiser et remettre en cause les acquis. Et ce faisant, l’argent ne peut pas circuler, parce qu’il circule par le biais de ces éléments, qui, de leur position idéologique , sont perçus comme du gaspillage. Nous pensons que cela ne tient pas. Et c’est pour cela que le Dr Boni Yayi avait entrepris beaucoup de mesures sociales. On ne peut pas assurer l’émergence de notre pays, sans obtenir de tous les hommes qu’ils y travaillent. Les citoyens doivent avoir l’impression que la richesse nationale est partagée avec une relative justice. Mais quand vous économisez à tout prix, et dans le même temps l’on sent que vous mettez assez sur les anciennes affaires vous concernant, le peuple béninois ne peut l’accepter, car c’est le peuple de l’indépendance, le peuple de la conférence nationale, donc un peuple mûr.

Mr Azatassou, quels conseils vous pouvez donner au chef de l’Etat pour qu’il réussisse son mandat ?
Il faut qu’il fasse très vite un revirement de sa politique. Qu’il considère d’abord que les Béninois sont des hommes de valeur. Désert de compétence et autres, il faut qu’il oublie. Cela fait honte, car lui, il prend le contrepied du président français qui saluait les cadres béninois. Bref, le président béninois doit pouvoir faire confiance aux cadres et au peuple béninois en les mettant au travail avec rigueur et compétence. Je sais qu’il a de la rigueur, parce que c’est ce qui se décèle en ces moments là. Et c’est cette rigueur qui lui permet d’avoir quelques résultats, pour ne pas citer le cas de la résolution des questions des chefs-lieux des départements.

Si dans un gouvernement d’union nationale, le président Talon faisait appel aux FCBE, vous lui répondrez ?
Non, le président a déjà fait son gouvernement

Et à l’avenir ?
Je ne peux pas parler de l’avenir aujourd’hui. Je vois déjà aujourd’hui, mais ce qui va se passer demain appartient à demain. Ensuite, vous avez dit les FCBE. On verra bien. On va se concerter en son temps pour observer la politique qui est mise en œuvre et savoir si elle correspond à ce que nous aurions souhaité et on décidera.

Est-ce qu’aujourd’hui, on peut déjà dire que les FCBE sont dans une sorte d’opposition contre le régime Talon ?
On ne s’est pas encore retrouvé pour prendre ses positions formellement. Mais cela ne saurait tarder, parce que la politique qui est menée là est à l’antipode de ce que nous concevons.

Entretien réalisé par Christian Tchano

aCotonou

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