Interview de Michel Adjaka sur le hold-up à la Fbf:La justice menace

Interview de Michel Adjaka sur le hold-up à la Fbf:La justice menace

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Au lendemain du congrès ayant consacré l’élection d’Anjorin Moucharafou à la tête de la Fédération béninoise de football, des voix s’élèvent déjà pour dénoncer cette élection. Au nombre de celles-ci, le président de l’Unamab. Répondant aux questions de la radio « Océan Fm » samedi dernier, Michel Adjaka a eu la dent dure contre les auteurs d’un tel attentat contre l’Etat de droit à l’ère de la Rupture.

Océan Fm : Quelle est votre réaction après l’organisation de l’Assemblée générale de la Fédération béninoise de football, malgré la décision d’interdiction du Tribunal de Porto-Novo ?

Michel Adjaka : Cette fois-ci, alors que le ministre de l’Intérieur, celui de la Défense et le ministre des Sports ont reçu signification de ladite décision, le gouvernement a appuyé ceux qui sont dans la logique du braquage d’une décision de justice jusqu’à ce que le congrès soit organisé. C’est après qu’on tente de se justifier, de se dédouaner en nous disant qu’on a levé la sanction. En réalité, ce qui préoccupe le gouvernement, c’est le match. Le gouvernement a sacrifié la décision sur l’autel d’un match de football. Ce qui est grave dans les annales de l’histoire de notre pays.

On sait que l’Unamab est très exigeante quant au respect des décisions de justice. Par rapport au régime défunt, vous avez fait beaucoup d’ennemis dans le rang des pro Yayi. Aujourd’hui, que va faire l’Unamab après la non-exécution de cette décision de justice ?

Moi, je suis un homme engagé. Je ferai ce que dit le droit. Je sonnerai la mobilisation nécessaire pour faire entendre raison au gouvernement, d’autant plus que le chef de l’Etat, lui-même, est créancier des décisions de justice. Lorsqu’il s’agit de ses propres décisions de justice, il s’empresse de les faire exécuter. Je crois que dans un état de droit, on ne doit pas exécuter les décisions au gré de ses intérêts à soi. Je crois que nous irons jusqu’au bout afin que force reste à loi, parce que nous ne pouvons pas continuer par rendre des décisions royalement bafouées par l’Exécutif. On ne peut pas continuer dans cette logique-là.

Ce non-respect de cette décision de justice a un caractère particulier en ce sens que c’est maître Paraïso, président du Comité de normalisation, qui est un avocat, un homme de droit, qui a défendu les plus grands dossiers dans ce pays, qui est à la base. Alors, vous avez un commentaire par rapport à ça ?

Je vous précise que les grands dossiers dont vous parlez, Me Rafiou Paraïso, les a tous perdus. Il n’a rien à son actif de crédible. Donc, je précise qu’un avocat, un homme de droit qui se comporte comme ça, ne mérite pas qu’on le respecte. En ce qui le concerne, des dispositions particulières seront prises, parce que je ne conçois pas qu’un avocat puisse continuer par venir devant les juridictions, plaider des dossiers alors que lui-même, lorsqu’il gagne, il les exécute et lorsque les autres gagnent, lui, il s’empresse de solliciter la force publique pour violer, brader les décisions de justice. Est-ce qu’un avocat mérite qu’on prenne à son encontre des dispositions particulières ? Dans les jours à venir, si cela ne tient qu’à moi seul, dès lundi, des dispositions spéciales seront prises en ce qui le concerne. Quant à la bande à Anjorin Moucharafou, des dispositions seront également prises. On ne peut pas permettre cela. On m’a demandé ce qui explique que la justice, après avoir retapé la première ordonnance, en soit arrivée à prendre une nouvelle. Je dis : mais nous sommes en procédure, et lorsqu’il y a des circonstances nouvelles, la loi donne la possibilité aux magistrats de remettre à jour les décisions qui avaient été préalablement retapées. Entre-temps, quand la première décision a été rapportée, on a constaté qu’entre eux, acteurs du football, ils ont commencé par s’affronter. Vous avez relayé dans les médias l’attaque reçue par un certain Athanase Bocco. Lui, je ne le connais pas. C’est déjà un problème et nous, magistrats, si nous ne prenons pas nos dispositions, et que les deux camps en arrivaient à s’affronter, on va nous demander si dans le pays, il n’y a pas un système judicaire. Ceux qui s’acharnent aujourd’hui contre les décisions de justice, ce ne sont pas eux qui garantissent la sécurité dans la nation. Ce n’est pas eux, en tant que citoyens, qui font en sorte que nous puissions aller et venir tranquillement. Ils ne répondent de rien. Ils ne répondent que de leurs intérêts personnels, de leurs intérêts égoïstes et qui les a amenés aujourd’hui à plonger le football dans une crise historique.

Est-ce que vous avez pu échanger avec le président du Comité de normalisation par rapport à cette ordonnance ?

Monsieur Paraïso n’est pas digne pour qu’on discute avec lui. Lorsqu’avec la première décision, j’avais vu le danger venir, parce que la première ordonnance a été rendue très tôt, j’ai anticipé sur leur probable comportement et, les concernant tous, je sais de quel acabit ils sont. Donc, j’ai écrit pour éviter que le congrès des 3 et 4 soit organisé. Je souligne au passage que le congrès initial était prévu pour 3 ou 4 jours. Le congrès, le hold-up d’hier, n’a duré que quelques heures. Ce qui devrait être fait en deux jours, le programme a été exécuté en quelques heures, en quelques minutes. Donc, des gens comme ça ne méritent pas qu’on puisse discuter avec eux dans une république. Lorsque je l’ai vu, il disait qu’il ne pouvait jamais violer une décision de justice. Je dis, Me Paraïso, je te connais. Au fur et à mesure tu risques de te comporter comme ça. Il dit « non » qu’en tant qu’avocat, ce n’est pas possible. Lorsqu’il a trouvé un peu d’espace maintenant, vous l’avez vu. Il est allé jusqu’au bout. Il a scoré et il brandit une équipe qui aurait été élue. Ça, ce n’est pas notre préoccupation. La décision de Porto-Novo doit sortir ses pairs, à moins que Anjorin et les siens quittent le Bénin.

Comme d’habitude, vous n’avez pas fait la langue de bois. Est-ce que vous n’avez pas peur, surtout que vous étiez sorti au niveau de certaines nominations à la magistrature suprême et qui vous ont valu des menaces de mort ?

Moi, quand il s’agit de la République, je n’ai pas d’état d’âme. Je n’ai pas de craintes à avoir. Tout le monde sait d’où peuvent provenir les menaces. En ce qui concerne les nominations, ceux qui peuvent menacer et qui menacent, on les connaît. Donc, moi, je n’ai pas peur de dire la vérité et je la dirai toujours.

Dites-nous président ! Qu’est-ce qui concernent Anjorin et sa bande, puisque vous ne cessez de les citer ?

Mais qu’est-ce qui les concerne ? S’ils n’avaient pas participé au braquage de la décision de Porto-Novo, le congrès n’aurait pas eu lieu. Ceux qui sont auteurs de violation de décision de justice, de rébellion à décision de justice, c’est Anjorin, Me Paraïso et les autres qui ont été élus. Toutes les personnes qui ont été élues sur la liste là sont sans exclusion dans le collimateur de la justice.

Vous voulez donc dire par là que les congressistes ne sont pas concernés, mais plutôt ceux qui sont élus ?

Ce sont les responsables du hold-up qu’il faut viser ici.

Dites-nous ce que vous allez faire très prochainement avec l’Unamab. Il y a une Assemblée générale déjà en vue à propos de cette situation ?

L’Unamab ne se résume pas à la personne de son président. Donc, la semaine prochaine, je vais convoquer le bureau de l’Unamab. Le bureau va analyser la situation et prendre la décision appropriée. S’il est retenu de convoquer l’Assemblée générale de l’Unamab, j’exécuterai avec diligence cette décision. Lorsque l’Assemblée aura retenu d’affronter le gouvernement qui est là maintenant et qui est notre adversaire, nous allons en découdre avec le gouvernement. Il n’y a rien à faire.

Est-ce que ce calendrier n’est pas un peu tardif quand on sait que le comité exécutif qui est élu, dans les conditions que vous savez, va prendre service dès lundi prochain ?

Je vous dis que nous avons à faire au gouvernement. Par ailleurs, Anjorin et Me Paraïso, ce sont des détails dans ce que nous envisageons faire. Les mettre à leur place, ce n’est pas du tout une difficulté pour nous. C’est plutôt au gouvernement qu’il faut délimiter dès maintenant les périmètres de ses pouvoirs en ce qui concerne la justice, parce que ceux qui sont là aujourd’hui ont bénéficié de nos luttes. Et on ne peut pas tolérer que ceux qui ont bénéficié gratuitement de nos luttes puissent nous affronter en premier.

Un appel à lancer au peuple ?

Que le peuple veille à sauver sa justice qui est dans le collimateur d’une mafia. En fait, c’est de la mafia du football dont il est question ici. Ce sont des gens qui sont dans une opacité absolue, qui ont régné dans une opacité absolue, qu’on veut sanctifier et qui résistent à la lumière. Donc, cela mérite qu’on puisse leur dire définitivement halte.

Selon vous, il n’y a donc pas eu un congrès électif ?

Dès lors qu’il y a eu une décision et que vous passez outre la décision, le congrès est vicié.

Propos recueillis par : Abib Ishola Arouna
Transcription : Léonce Adjévi

 
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