Gouvernance à l’ère de la Rupture : Le congé gouvernemental diversement apprécié

Gouvernance à l’ère de la Rupture : Le congé gouvernemental diversement apprécié

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Le gouvernement de Patrice Talon  est en congé depuis le vendredi 12 août  2016 et ce, jusqu’au 21 août prochain ; soit 10 jours de pause. Selon le Ministre d’Etat, secrétaire à la Présidence de la République, Pascal Irenée Koupaki, jeudi 11août dernier dans son traditionnel compte-rendu du conseil des ministres, «Cette pause permettra à chaque membre du gouvernement de mettre de l’ordre au niveau de son ministère et élaborer un plan d’action sectoriel ». Ainsi, « à la reprise, le 22 août prochain, nous passerons à un autre rythme de travail basé sur un plan de gouvernance bien orienté», a expliqué Pascal Irenée Koupaki. Dix jours de pause après quatre mois de gestion du pouvoir d’Etat. Comment les Béninois ont-ils reçu la nouvelle ? N’est-ce pas trop tôt ? Qu’attendre concrètement de l’équipe de Patrice Talon de retour ? Certains citoyens ont accepté se prononcer sur ces préoccupations de la Rédaction de votre journal « Matin Libre ». Lisez plutôt.

BOCOMONHOU François, Etudiant

 « C’est un congé technique. Et j’apprécie le comportement de ce régime qui a décrété dix (10) jours de repos (…) Ils ne s’en vont pas dormir mais s’occuper des dossiers interministériels. Ils vont donc se retrouver autour de ces dossiers et les traiter. C’est donc une manière de gérer les affaires de l’Etat plutôt que d’être de service et ne rien faire. Les ministres sont en congés mais les ministères, non. Les postes techniques font toujours leurs travail »

Wanilo AKPOVI, conducteur de taxi moto

« En tant que citoyen j’en suis étonné parce que le gouvernement en place n’a que 05 ans à faire. Il doit travailler abondamment. Mais je pense aussi que cela est dû au terrain. Comme exemple pour illustrer : lorsque les soldats sont sur le champ de bataille et ça ne va pas, ils font un repli tactique. Donc pour le cas du gouvernement, c’est en quelque sorte la même chose. Ils vont se retrouver, s’asseoir et prendre des mesures et à leur retour ils sauront quoi faire.  Mais pour ma part, je pense qu’ils n’ont pas de repos, ils doivent foncer. »
 
Lucien TCHINHOU, conducteur de taxi moto

« Ils n’ont fait que trois mois et nous sommes dans le quatrième. Je me demande ce qu’ils ont déjà fait quel effort ils ont effectué pour prendre des congés. Cela m’étonne et ça montre le « non sérieux » de leur régime. 10 jours pour faire quoi ? Au moment où les braqueurs s’accaparent de Cotonou. C’est trop tôt pour prendre des congés. S’ils doivent continuer ainsi ils auront beaucoup de vacances à prendre. »
 
Propos recueillis par Inès AMOUSSOU (Stag.)

Adilèkon jules, conducteur de taxi moto

« Si le gouvernement  s’est offert 10 jours de vacances, je crois à mon avis que c’est une bonne chose. C’est une durée qui est un peu courte. Au temps du président Yayi Boni, il a fait seulement un mois et s’est offert un mois de vacance, alors que pour président Talon ce n’est que 10 jours de vacance après 4 mois de travail. Voyez-vous la différence entre un travailleur et un paresseux. Même le ministre Koukpaki quitte le service tardivement et il repart tôt. Ce sont des gens qui ne s’amusent pas. Ils travaillent énormément pour le pays. Ils ont bel et bien mérité ces congés»

Propos recueillis par Marzouk BANKOLE (Stag.)

Sosthène Amoussou, citoyen

« (…) Franchement parlant des tracasseries qu’ils ont eues lors des campagnes. Cela a été du pain sur la planche avant d’accéder au pouvoir le 6 avril. Tous ceux qui ont milité sont majoritairement dans le gouvernement, il leur faut un peu de repos pour rebondir. Travailler pendant plus d’un an avant d’avoir ce pouvoir, il faut de repos. Un bon travailleur à un mois de repos après une année de travail. Donc ils se sont peinés jour et nuit sans dormir des réunions sur réunions, voyages sur voyages pour venir au pouvoir. Cela fait plus d’un an qu’ils sont dans ce combat. Il leur faut un repos pour bien reprendre les activités et se retrouver dans la peau. Donc pas d’inquiétude, le Béninois critique trop ses gens de choses laissez-les en paix. Ils ont un programme,  ils en viendront ».

Donatien Wadjèto, citoyen

« C’est une preuve de distraction, quatre mois de gouvernance et 10 jours de vacances. Ce n’est pas ce que les Béninois attendaient. Les Béninois ont cru en le Président Talon (...) Mais s’ils font leur mandat de 5 ou 7ans, ils auront combien d’années de vacances, alors qu’il y a trop d’urgence ? Ce qui se passe à l’Université d’Abomey Calavi(Uac) par exemple… C’est trop tôt, On ne peut pas prendre un pays en 4 mois et dire qu’on est en vacances. Il faut au maximum un an de travail mais 4 mois c’est se moquer de son peuple ».

Propos recueillis par Yasinmine BABALOLA (Stag.)

Maxime Okoundé,
Enseignant-Syndicaliste
 
« Il faut s'en tenir à ce que le ministre d'État Koupaki a dit : une pause pour mettre de l'ordre dans les dossiers, préparer les programmes d'action sectorielle en vue d'harmoniser et d'adopter un plan d'action du Gouvernement (…). Le travail à faire après Yayi est titanesque. Nous voulons que les ministres travaillent pour l'intérêt général, mais pas pour mourir au travail. Ce sont des hommes. Peut être que le Gouvernement veut essayer le calendrier scolaire, un trimestre de travail intense, pause de 7 à 15 jours. C'est aussi la Rupture dans le style de Gouvernance. Mieux, en tout cas par rapport à la hyper médiatisation, les spectacles et les discours creux sur ORTB. Merci »

Propos recueillis par Aziz BADAROU

Eugène Azatassou, coordonnateur Fcbe
(alliance au pouvoir avril 2006-avril 2016)

« Si le gouvernement travaille et dit qu’il est fatigué, moi, je vais dire « non ! »,  vous ne devez pas être fatigués ? Moi, je préfère être bien dirigé par des gens bien reposés plutôt que d’être dirigé par des gens fatigués. Déjà bien reposés, je ne suis pas tout à fait d’accord avec tout ce qui se fait. Maintenant, s’ils sont fatigués et qu’ils sont obligés de travailler, ça va être pire. Donc, s’ils veulent se reposer, qu’ils se reposent et qu’ils nous reviennent en forme. Nous verrons. Nous apprécierons l’augmentation qualitative ».  (Extrait sortie des Fcbe au Palais des congrès, mercredi 16 août 2016)

Propos recueillis par Jacques BOCO
Transcription: Cyrience KOUGNANDE

Léon Basile Ahossi, Député à l’Assemblée nationale   

Après 4 mois de gestion, le gouvernement se tape un congé de 10 jours. Quelle est votre lecture de cette nouvelle ?

Partir en vacances après juste quatre mois d’exercice ne paraît pas justifiable. J’ai été surpris d’apprendre cela, je pense que nous comprendrons plus tard de quoi cela retourne. Mais cela peut être aussi interprété comme un style de gouvernance qui consiste à mettre les premiers mois à profit pour poser le diagnostic de ce que souhaite le peuple, se retirer pour en faire la synthèse avant de prendre la vitesse de croisière.

N’est-ce pas là un signe que le gouvernement ne s’était pas préparé pour le job ?
 
Impréparation pour l’exercice du pouvoir, je ne fais pas cette lecture, ou du moins je ne fais pas d’office cette déduction. En effet, seuls les hommes politiques peuvent prétendre s’être préparé à exercer le pouvoir mais il est à noter que depuis octobre 1972 aucun politique n’a réussi à ce jour à diriger le pays. Le président Soglo qui s’est beaucoup investi pour le temps qu’il a fait n’était pas un homme politique, auquel cas le second mandat ne lui serait pas passé entre les doigts. En regardant les hommes qui entourent le chef de l’Etat et compte tenu de la gouvernance dont il hérite, je pense qu’il fera mieux.

Propos recueillis par Jacques BOCO
 

Cephise Béo Aguiar, Enseignant, Jeune acteur politique
 
Après 4 mois de travail, le gouvernement de Patrice Talon s’est accordé quelques jours de congé. N’est-ce pas trop tôt pour un gouvernement qui a de grands défis à relever?

S’il faut mettre certains paramètres ensemble, on peut penser que c’est trop tôt. Mais d’autres paramètres réunis peuvent justifier  la décision. Toute l’équipe est sortie de près de deux ans de campagne électorale. Et les raisons de fatigue ne sont pas toutes liées à l’activité gouvernementale. Mais comme c’est dans le cadre de la gestion de l’Etat que c’est arrivé, on peut penser que  prendre un congé de 10 jours après quatre (04) mois de travail, n’est pas opportun. Mais cela peut se justifier dans la mesure où selon les raisons évoquées, pendant cette période, les différents ministres s’occuperont de l’élaboration des politiques sectorielles relevant de leurs départements de sorte qu’à la reprise, les conclusions seront versées au gouvernement qui probablement irait à un séminaire pour élaborer un programme d’actions.

Le président Talon et ses collaborateurs veulent-ils faire croire qu’ils n’avaient pas un réel projet de société et de programme d’actions avant de prendre les rênes du pouvoir?
 
Je ne pense pas. Le projet de société peut permettre à un candidat de gagner une élection. On sait qu’au second tour de la présidentielle, le président Talon a dû bénéficier du soutien complémentaire d’autres candidats pour les élections. Il fallait donc prendre en compte les visions de ces soutiens pour élaborer les grandes orientations du gouvernement. Mieux,  en matière de gestion des affaires publiques, entre les rêves et la réalité, il y a un fossé. Le congé pourrait donc être mis à profit pour recadrer les visions.

Le gouvernement peut-il réellement offrir du nouveau aux populations puisqu’on a l’impression que l’impatience gagne les citoyens?

Nous  souhaitons que les choses  changent réellement. Les attentes sont énormes. C’est normal que les populations soient impatientes. Mais lorsque vous allez dans une maison pour la première fois, vous faîtes d’abord le point de ce que vous y trouvez. On fait d’abord l’état des lieux pour savoir ce sur quoi on est en train de s’asseoir pour ne pas tomber dans des erreurs ou perpétuer des erreurs et corriger au besoin les choses qui étaient mal faites. Ce besoin existe. Seulement, il ne faut pas passer tout le temps à le faire. Mais, on peut constater qu’une partie de l’ancien régime est en place. Certaines têtes ont été déplacées ou relevées. Sinon, les mêmes structures sont en place. Tout cela pousse le nouveau gouvernement à faire un état des lieux. Et il faudra que l’état des lieux serve à corriger la gouvernance. S’il y a des besoins de sanctions, il faut qu’on les prenne. De toutes les façons, on a besoin de faire l’état des lieux avant toute décision. C’est absolument nécessaire.    

Propos recueillis par A.S

Martin Assogba, Acteur Société civile, président Ong Alcrer

L’Exécutif mérite-t-il réellement ce repos-là?

Je n’aurai pas peur des critiques que les gens pourront faire par rapport à mes réponses. Notre pays a beaucoup de tares. J’ai eu des informations quand le gouvernement a décidé de prendre quelques jours de congé. J’ai appris que les ministres ont de grands défis à relever. Ils ont une lourde tâche. Ils vont des fois à des rencontres interministérielles et y restent jusqu’à 4 heures du matin. Ces mêmes ministres se retrouvent déjà à 7 heures à leurs postes pour honorer des rendez-vous. Ils ont travaillé de manière accélérée. Si après 4 mois ils demandent à se ressourcer, je trouve normal que le peuple le leur accorde. Par rapport à ce que certains ministres nous ont dit, je trouve normale l’initiative du gouvernement.

Après le congé, peut-on attendre du nouveau de ce gouvernement?

Nous sommes obligés d’espérer des choses nouvelles de la part du gouvernement de Patrice Talon.  Puisque le gouvernement n’avait pas encore dévoilé son plan de travail, je pense qu’au retour de ce congé, il va nous fixer. Et cela nous permettra de faire la veille, de les interpeller par rapport à ce qu’il aurait donné comme plan de travail. Je sais que malgré ce congé,  les ministres doivent travailler à peaufiner ce plan de travail très attendu. Vous pensez que parce que le gouvernement est en congé, toute l’Administration ne travaille plus? Non. Je pense que les gens travaillent.
M. Assogba, il y a un constat tout de même. Depuis que le président Talon a pris le pouvoir, on vous entend de moins en moins. Vous n’êtes pas aussi critique comme vous l’étiez sous le gouvernement de Yayi Boni alors que certaines actions de Talon sont déjà décriées.

C’est vrai. Je suis moins critique actuellement. Mais je dois vous rappeler que quand le président Yayi Boni a pris le pouvoir en 2006, j’avais fait la même option. Cent jours après la prise de pouvoir de Yayi, certains membres de la société civile  avaient fait un bilan des actions du gouvernement, mais l’Ong Alcrer a été la seule structure qui a trouvé que c’était trop tôt pour le réaliser. Nous avions commencé à faire nos sorties après 6 mois. A Alcrer, nous restons dans la même logique. Nous n’avons pas encore des preuves de dérapage du gouvernement.  Nous attendons 6 mois.

Propos recueillis par A.S


Matin Libre

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