Gestion du pouvoir à l’ère de la Rupture : Talon comme Yayi

Gestion du pouvoir à l’ère de la Rupture : Talon comme Yayi

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Une nouvelle méthode de gouvernance, la promesse de ne pas faire la chasse aux sorcières ni de nominations de remerciement, sont, en effet, les assurances que le chantre de la Rupture a donné au peuple béninois aux premières heures de son élection. Mais à quoi assiste-t-on deux mois après ? Des décisions non mûries sur lesquelles on est obligé de revenir, l’implication directe du Chef de l’Etat dans la nomination de tel ou tel Directeur général sans passer par le ministère de tutelle. Bref une méthode de gouvernance qui rappelle celle de Boni Yayi. Les exemples sont nombreux mais le cas du DG/ORTB mérite interrogation. Car, au moment où le pouvoir a pris la décision de démettre Stéphane Todomè de ses fonctions, la ministre de tutelle Rafiatou Monrou était en mission à Genève. L’intérim était alors assuré par l’un des ministres de l’Education. Pour respecter les règles en la matière, ce dernier aurait appelé le secrétariat du ministère de la Communication pour qu’on lui fasse une lettre de révocation. Jusqu’à  15 heures, ce jeudi 26 mai 2016, la lettre n’était pas prête. C’est alors que, selon  nos sources, le président de la République aurait appelé directement le secrétariat du ministère de la communication pour mettre la pression afin d’obtenir le courrier de révocation.

Si cela se confirme, c’est un précédent grave qui rappelle une méthode de gouvernance pourtant décriée par Patrice Talon lui-même. Cela a tout l’air d’un règlement de compte et la Rupture n’a pas besoin de ça. Tout dans la forme indique qu’on a brûlé les étapes et qu’il y a un empressement à se débarrasser de quelqu’un en moins de 24 heures. Sinon, en quoi la révocation du DG/ORTB était urgente au point de passer par-dessus le ministère de tutelle ? Stéphane Todomè a un mandat de quatre ans qui prend fin en décembre 2016. Pourquoi ne pas attendre jusque-là ou tout simplement pourquoi ne pas attendre octobre 2016 où l’intéressé doit faire valoir ses droits à la retraite ? C’est vrai que sous Boni Yayi, l’ORTB était devenu un instrument de propagande à la solde du pouvoir au lieu d’être la chaîne de service publique. Stéphane Todomè était alors perçu comme un valet qui obéissait aux doigts et à l’œil de Boni Yayi. Mais cela suffisait-il pour que la Rupture emploie les mêmes méthodes que le régime défunt pour se débarrasser de lui ? Le besoin de se démarquer de l’ancien système qui se manifeste par les suspensions de ci ou de ça, devrait aussi être perceptible dans la méthode. Pour être en phase avec la Rupture, qu’il a prônée et à laquelle 65% des Béninois ont adhéré, Talon ne doit pas faire les mêmes choses qu’on reprochait à Boni Yayi.

B.H

Matin Libre

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