Face à la « décadence » des années Yayi:Les nouveaux chantiers de la rupture

Face à la « décadence » des années Yayi:Les nouveaux chantiers de la rupture

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A peine élu, le nouveau président s’est mis au travail. Patrice Talon, à qui échoit la lourde responsabilité de conduire les destinées du Bénin pendant cinq années, a du pain sur la planche. Tant la misère et la pauvreté ont pris, depuis une décennie, une proportion inquiétante dans le pays.

La Commission électorale nationale autonome (Cena) a rendu publiques, lundi 21 mars 2016, les grandes tendances compilées dans le compte du vote du dimanche dernier. Il n’y a plus de doute, avec 65, 39% des suffrages exprimés en sa faveur, et la reconnaissance par les uns et les autres de sa large victoire, le nouvel homme fort du Bénin, Patrice Talon revient de « très » loin. Le magnat du coton, a dû, pour célébrer cette victoire sur le destin, sabrer du champagne avec ses proches. Cette victoire a d’autant un goût personnel, qu’elle vient effacer de la mémoire du nouveau président, une série d’humiliations abjectes et perverses à lui infligée, dont une nuit de garde à vue en juin 2012, la fuite à moto, l’exil parisien, la rupture unilatérale du contrat Pvi-Ng. Quand Patrice Talon disait, lors d’une interview en 2015, « vouloir aller au charbon », beaucoup n’avaient, sans doute, pas pris le personnage au sérieux. Prenant son « destin » en main, ainsi que celui de son pays, il a mis le temps et l’« exil » à profit pour concocter une véritable stratégie de reconquête du pouvoir d’Etat. Le « compétiteur-né » savait que dans le jeu de poker joué à distance avec Yayi Boni, il lui faudra porter l’estocade en le poussant hors de la Marina. Le temps et l’histoire viennent de lui donner raison. Patrice Talon prendra donc la succession de son « ennemi juré ». Le sort et les Béninois en ont décidé ainsi. Mais, mieux que quiconque, le nouvel élu sait qu’il aura fort à faire pour remettre sur les rails et en selle un pays exsangue, complètement siphonné par les errances du régime défunt. En annonçant ses priorités lundi après-midi, Patrice Talon a rassuré plus d’uns.Le nouveau président a annoncé un « gouvernement restreint et de compétences et non de remerciements ». Fini donc la pagaille des messes de remerciements, et autres « bêtises » souvent étalées sur les plateaux de la Télévision nationale. Ayant pris toute la mesure de la gabegie développée et entretenue sous la Refondation et ses avatars, le président de la République sait qu’il doit resserrer les hommes derrière son projet. Pour un pauvre petit pays très endetté, lui-même l’a reconnu, il faut faire l’économie des gouvernements pléthoriques, à modifier toutes les six semaines. Patrice Talon, malgré les nombreux soutiens qui l’assaillent, doit montrer à ses nouveaux partenaires, que gérer le Bénin n’est pas comme le partage d’un gâteau.

Vaincre la fatalité du chômage et des concours de la « honte »

Avec un gouvernement d’une vingtaine de personnes le tour est joué. S’il respecte ses engagements, le nouveau président devrait plutôt privilégier, aux seconds couteaux dont son prédécesseur a souvent fait la promotion, les vraies compétences. Avec ses qualités de chef d’entreprise, le nouveau locataire de la Marina, devrait pouvoir aisément faire le tri, et séparer le bon grain de l’ivraie. Il y a aussi deux bons technocrates à ses côtés dans la coalition de Rupture : l’ancien argentier Bio Tchané et le premier ministre Pascal Irenée Koupaki. Ces deux chefs d’orchestre sont les piliers autour desquels l’action gouvernementale devrait se construire. L’autre défi urgent qui attend le nouvel élu, c’est de conjurer le chômage, et le malheureux sort des nombreux concours frauduleux et de la honte, organisés pour contenter les courtisans du Palais. Les nombreux jeunes désœuvrés qui vivent d’expédients politiques occasionnels, devraient être remis au travail. C’est une poudrière une jeunesse sans emploi. Une fois le pari du chômage gagné, le nouveau président aura fait l’essentiel de ce pourquoi il est élu. Il restera à trouver la bonne formule politique pour composer avec le Parlement. Disposer d’une majorité stable et qualifiée, serait un grand avantage pour avancer. Mais à défaut, le nouvel exécutif devra jouer à l’équilibriste tout le temps. Entre un « Un » décimé, un Prd qui revient, ou une Rb agonisante, le chef de l’Etat devra jouer finement, pour contrer les velléités d’une opposition « Fcbe » majoritaire, mais désormais orpheline.

Wilfrid Noubadan

Actu Bénin

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