Eugène Azatassou, coordonnateur nationa le des Forces cauris pour un Bénin émergent...

Eugène Azatassou, coordonnateur nationa le des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), alliance au pouvoir de 2006 à 2016 : « On fait tout pour montrer que le régime passé a tout détruit »

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100 jours c’est à la fois peu et beaucoup pour apprécier la gouvernance surtout en ce qui concerne un gouvernement qui vient d’arriver. C’est peu, parce que c’est 100 jours sur 5ans, donc lorsqu’on constate des lacunes, on a encore le temps de les corriger et c’est pour cela que je m’emploierai à mettre essentiellement le doigt sur les lacunes. C’est beaucoup aussi parce qu’en 100 jours, on peut voir se dessiner une orientation et c’est de cela qu’il s’agit ici. Donc ce ne sont pas les actes posés isolément qui sont importants. Ce sont plutôt des actes isolés lorsqu’ils corroborent une orientation. Sur les 100 jours du gouvernement Talon, ce qui se dessine c’est l’économie à tout prix. Economiser sur le dos des travailleurs, sur le dos des paysans. On s’est même auto satisfait au cours d’un Conseil des ministres, de faire des milliards d’économies, mais c’est économiser un peu dans le sens libéral, c’est-à-dire en ne plaçant pas l’homme au cœur du développement. Or, le développement a pour Alpha et Oméga, l’homme. C’est lui la finalité du développement, c’est lui le moteur du développement, c’est lui qui fait le développement et c’est pour lui que se fait le développement. Lorsque vous avez des travailleurs à qui on a coupé des primes, à qui on a suspendu des avantages, vous ne pouvez pas attendre d’eux qu’ils aient de l’engouement au travail. C’est pour cela que cette orientation n’est pas bonne. Pour que le pays avance, il faut que le gouvernement du Président Talon replace l’homme au cœur du développement. La deuxième orientation, c’est comme si le bilan que prépare le gouvernement pour ses 5ans sera fondé essentiellement sur le négatif du régime passé. On fait tout pour montrer que le régime passé a tout détruit, a laissé le pays dans un état comateux, quitte à se contredire. Si vous prenez par exemple le problème de la dette intérieure, le Président, à son élection, alors que rien ne l’y obligeait, à dire que la dette intérieure était de 300 milliards.  Le ministre d’Etat chargé des finances Komi Koutché de l’époque, a dit que la dette intérieure était de 161 milliards. Le ministre d’Etat, Secrétaire général à la Présidence de la République, a dit que la dette intérieure est de 160 milliards, mais le ministre des Finances vient de soutenir que la dette intérieure est de 1200 milliards. Quand les choses se passent ainsi, le peuple ne peut pas être rassuré, surtout que le Président a dit que le payement de la dette sera sa priorité. Si elle est de 160 milliards et qu’on sort des caisses 1200 milliards, je ne sais pas à qui ira la différence. Et on peut être inquiet dans la mesure où  l’économie qui se fait dans les conditions que j’ai décrites tout à l’heure pour l’instant s’investit dans des domaines que l’on peut considérer de l’homme d’affaires Patrice Talon. C’est vrai, il n’a plus directement la gestion de ses affaires, mais qu’on ne nous trompe pas. Ce qui est passé à son fils, à un autre homme d’affaires, ce n’est pas évident qu’il ait pu détacher complètement son regard. Surtout que les tout premiers conseils (des ministres NDLR) ont été consacrés à régler ces affaires-là, à redresser ces affaires-là. C’est vrai, cela ne lui appartient plus mais pourquoi ce sont ces affaires qu’il faut régler en premier et pas d’autres ? C’est dire qu’on avait craint pendant qu’il n’était pas encore élu, qu’à son élection, ses affaires l’emportent surtout avec les conflits d’intérêt qu’il avait avec le pouvoir central d’alors. On a l’impression que cela n’a pas raté et que cela n’a même pas pris du temps. Donc l’économie sur le dos de la population, sur le dos des travailleurs, l’investissement dans les affaires qui concernent surtout l’homme d’affaires Patrice Talon, tout cela ne rassure pas. C’est vrai qu’il y a quelques résultats. Notamment les chefs-lieux des douze départements qui ont été désignés avec les préfets, on peut saluer cela.  Mais c’est l’avenir qui inquiète, surtout la façon dont c’est géré et dont je viens de parler, dans ce contexte et surtout où on veut à tout prix salir le régime défunt. C’est parce que le régime défunt doit être considéré comme sale, que même si on ne fait rien et qu’on a fait que supprimer quelques décisions, on va être applaudi, même si en guise de miracle, on ne fait que transformer le désert en mer, je veux parler de compétences, et parce que c’est le seul miracle que nous voyons pour le moment, le désert de compétence  a été transformé en mer de compétences, on pense que même si on en reste là, il suffit de prendre quelques décisions qui fassent applaudir et qu’on va être porté en triomphe. Mais on n’est pas rassuré, voilà une commission par exemple de vérification des concours, une commission qui a déposé son rapport, sans la couverture de la presse et on en a connu en réalité que ce qu’en a dit le conseil des ministres, et on en a connu que la relation qui a été faite. On  a cité des personnes qui sont impliquées, mais quelles sont leur degré d’implication ? Qu’est-ce qui s’est réellement passé  au niveau de ces concours? Celui qui a travaillé normalement pour ces concours, qu’est-ce qui lui est réservé ? Moi je n’interdis pas les vérifications. Quand  les vérifications sont faites et que les fautes sont avérées, les responsabilités sont situées de façon transparente, je n’exclus pas les sanctions. Mais je ne voudrais pas qu’on profite de ce qu’il y a comme état de rumeur pour faire prendre d’autres décisions, juste pour détruire l’image du régime défunt. Si cela apparaît ainsi, c’est dire donc que ce sont des décisions politiques qui ne sont pas sérieuses.

En dehors du découpage territorial que vous avez cité, vous ne trouvez plus d’autres actes à mettre à l’actif du régime ? Il y a  quand même un engagement qui a été pris de réformer les institutions, vous avez fait partie d’une commission ?

Oui, pour l’instant c’est au stade de l’engagement. Si je dois saluer cela, alors je salue tous les engagements. Pour l’instant moi je considère les faits. Il y a eu effectivement la mise sur pieds de la commission qui a travaillé, mais est-ce que vous en avez vu le rapport ? Si vous voyez le rapport, vous verrez que sur le point essentiel, le point principal notamment la question du mandat unique, vous  avez vu que les points de vue ont été accolés et qu’on n’a pas voulu choquer le Président de la République qui le voulait. On n’a pas voulu le choquer simplement parce que c’est sa commission et nous, on a dénoncé dès le départ la façon dont la commission a été composée, la façon dont le bureau a été attribué à la commission dès le départ, comment la commission a été présidée par le Garde des sceaux qui est son avocat. Surtout des réformes de cette envergure, nous, on aurait préféré que ce soit carrément des états généraux. On a aussi soulevé le fait que la commission ait un caractère consultatif.

Monsieur Azatassou, le Président de la République a aussi supprimé les institutions budgétivores, telles que les Hauts commissaires, vous n’applaudissez pas cela ?

La fusion des ministères, la suppression d’un certain nombre de ministères, cela dépend du point de vue sur lequel on se met. Si vous le voulez, on peut supprimer et ne conserver que le Président de la République, cela fera beaucoup d’économies, mais il a fallu quand-même un gouvernement, il faut quand-même des institutions. Si vous prenez les institutions qui ont été supprimées, elles ne devraient pas être gommées tout simplement. Elles devraient être évaluées, parce ce que, quel problème ces institutions résolvent ? C’est la question  que l’on devrait se poser.  Est-ce des problèmes réels de société ? Est-ce que cela a trait à la cohésion sociale ? Mais si ce n’est pas une nécessité et qu’on supprime, moi j’attends de voir. Non je pense que ces institutions, plutôt que d’être tout simplement gommées, devraient être évaluées.Cela ne l’a pas été, je ne peux pas applaudir cela. J’applaudis du point de vue de l’économie et là-dessus, j’ai déjà dit ce que je pense. Des questions d’économie qui ne soient pas en rapport avec l’homme, en rapport avec la société, les dépenses qu’on fait pour la cohésion sociale, sont des dépenses inestimables, les dépenses que l’on fait lorsque l’on sépare deux attributions d’un ministère et qu’on en fait deux ministères, la façon dont on s’occupe des problèmes et ce que cela génère, on ne peut pas apprécier, c’est pourquoi ces décisions ne doivent pas être prises  seulement pout faire économie. Surtout qu’on fait des économies pour investir dans les affaires et non dans ce qui concerne l’ensemble de la pop

C’est vrai que vous avez demandé au gouvernement de placer l’homme au cœur de ses préoccupations, mais si on vous demandait de faire d’autres propositions ?

Je ne peux pas faire de proposition dans le cadre de l’orientation qui est faite là, avec laquelle je ne suis pas d’accord, seulement qu’ils fassent en sorte que le travailleur se sente à l’aise avec les économies qu’ils réalisent.

Et du point de vue communication gouvernementale?

C’est vrai qu’on a dit qu’il y a quelqu’un qui est hyper médiatique, c’est là le problème et cela se dégage de l’orientation que j’ai citée tout à l’heure. Vous voyez, on veut faire des économies et on a supprimé toutes les cellules de communication dans tous les ministères et on a tout regroupé à la Présidence de la République. Le résultat, c’est l’opacité. Plus rien ne se communique. On fait d’économie jusqu’à ce niveau-là, à tel point qu’aujourd’hui, c’est même la démocratie qui est en danger. On peut mettre la démocratie en danger en bâillonnant la presse, en l’assujettissant, en la mettant sous boisseau, en arrêtant les journalistes, on peut la mettre en danger plus facilement en ne donnant pas l’information à la presse. C’est une meilleure façon, une façon plus propre et sans bavure de bâillonner. Que ferez-vous si vous n’avez pas l’information ? C’est donc cette orientation au plan économique et au plan de la gestion en général, qui conduit à cela. Par exemple,  faire de l’économie au point de ne pas savoir que la population a besoin d’information, c’est cela qui est mauvais.


Matin Libre

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