Environnement : Le premier traité mondial de lutte contre la pêche illégale...

Environnement : Le premier traité mondial de lutte contre la pêche illégale enfin en vigueur.

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Ce dimanche 5 juin constitue une journée à marquer d’une pierre blanche pour les défenseurs de l’écologie : le premier accord international véritablement contraignant contre la pêche illégale vient d’être adopté par plus de trente pays. Retour sur un accord de la FAO qui pourrait sauver la planète.

L’accord entré en vigueur dimanche est en réalité un traité qui a été adopté en 2009. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Parce que sa mise en application nécessitait qu’au moins 25 pays soient signataires. Seuil atteint ce week-end.

Directement après l’adoption du traité, de nombreux pays avaient déjà ratifié l’accord : parmi les premiers bons élèves, on comptait l’Union Européenne, le Brésil, le Chili, les Etats-Unis, l’Indonésie, la Norvège, etc. Grâce à l’adhésion de Cuba, de l’Australie, de l’Afrique du Sud, de la Somalie ou encore de la Thaïlande, la barre des 25 états signataires a largement été dépassée dimanche. Mais contre quoi se bat exactement ce traité ?

La pêche INN, ce fléau des mers et des terres

L’accord de la FAO vise à contrer le problème insidieux de la pêche Illégale, Non déclarée et Non réglementée, ou pêche INN. Cette appellation recouvre une vaste réalité, puisque sont regroupés sous ce nom la pêche sans autorisations appropriées, la capture des espèces protégées, l’utilisation d’engins non règlementaires, le non-respect des quotas, etc.

Le premier problème que pose cette pêche sauvage est évidemment d’ordre environnemental : les techniques de la pêche industrielle, si elles ne sont pas règlementées, peuvent entraîner de graves conséquences sur notre écosystème, comme la disparition totale de certaines espèces ou la détérioration du fond des océans. Greenpeace nous révèle ainsi des chiffres inquiétants : 80% des espèces de poissons sont surexploités ou au bord de la surexploitation. Les espèces les plus en danger : le thon, le cabillaud, l’espadon ou encore le requin. Cette situation critique n’est pas la seule faute de la pêche illégale, mais l’ONG estime tout de même le chiffre d’affaires de cette pratique à près de 10 milliards d’euros par an.

Mais la pêche INN ne constitue pas seulement un problème pour notre faune marine, c’est aussi un problème humain. En entravant un développement responsable de la pêche, cette pratique illégale compromet la productivité des pêcheries et entraine, à la longue, leur effondrement : un problème majeur pour les populations dépendantes de la pêche pour se nourrir ou gagner de l’argent.

Jusqu’ici : lutter en haute mer 

Les autorités ne sont pas restées de marbre jusqu’ici face à la montée en puissance de la pêche INN. Néanmoins, les moyens dont elles disposaient étaient restreints, puisque la seule façon de procéder était alors de combattre la pêche INN en haute mer. Peu efficace et surtout très couteuse, la mise en œuvre difficile d’une lutte sur les flots s’avère complexe, surtout pour les pays en développement.

C’est ici qu’entre en jeu le nouvel accord du FAO, puisqu’il met en place tout un ensemble de mesures du ressort de l’Etat du port – c’est-à-dire que, désormais, l’Etat du port dans lequel les navires veulent accoster sera enfin autorisé à effectuer les contrôles nécessaires.

Comment fonctionne l’accord ?

En signant l’accord, les Etats membres se sont engagés à mettre en place un certain nombre de mesures dans leurs ports, afin de « détecter la pêche illégale, d’empêcher que le poisson pêché illégalement soit déchargé et vendu, et d’assurer le partage des informations concernant les navires peu scrupuleux à l’échelle mondiale ».

Concrètement, les navires de pêche devront toujours demander une autorisation préalable avant d’accoster, qui nécessitera la communication d’un certain nombre d’informations sur leurs activités et leurs prises. Peuvent s’ensuivre des fouilles poussées une fois à terre : l’examen des permis du navire, du matériel de pêche, des prises et des livres de bords permettent souvent assez facilement de révéler si un bateau s’est livré à de la pêche illicite.

Si le navire est déclaré suspect lors de l’une ou l’autre de ces deux procédures, l’Etat du port peut lui refuser catégoriquement l’accès à ses terres : cela évite que les cargaisons illicites ne s’écoulent sur le marché, où elles deviennent intraçables. Cette interdiction s’accompagnera d’autres sanctions, comme le refus de tout ravitaillement en carburant ou réapprovisionnement en nourriture : des interdictions véritablement contraignantes pour les équipages hors-la-loi.

Pour tous les navires suspects refusés, l’Etat du port s’engage à communiquer publiquement les informations récoltées : ainsi, une véritable base de données internationales sur les navires illicites pourra être créée. Il appartiendra ensuite à l’Etat du pavillon (c’est-à-dire le pays dans lequel le bateau est enregistré et à la loi duquel il est soumis) d’engager des  poursuites judiciaires sur l’affaire.

Une grande avancée, mais quelques ombres au tableau subsistent.

Pour le sous-directeur de la FAO, M. Ichiro Nomura, il s’agit du « traité international le plus significatif en matière de pêche et ce, depuis l’accord des Nations Unies sur les stocks de poisson de 1995 ». Néanmoins, quelques ombres subsistent au tableau : deux nations majeures sur le marché mondial de la pêche, la Chine et le Japon, n’ont pas ratifié le traité.

Les pays signataires se sont aussi engagés à effectuer des contrôles réguliers pour vérifier l’application de ces règles : un premier bilan est prévu dans quatre ans. Espérons que, d’ici là, la Chine ,le Japon et surtout le Benin auront rejoint l’accord.

Benin web TV

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