Entretien avec Jean Aholou, juriste publiciste et analyste politique: « Les soulèvements...

Entretien avec Jean Aholou, juriste publiciste et analyste politique: « Les soulèvements de mai 2015 ont été déterminants dans le changement du régime »

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04 mai 2015 – 04 mai 2016. Il y a un an jour pour jour, que la tentative d’arrestation manquée de Candide Azannaï, actuel ministre de la défense, a suscité des soulèvements populaires et inédits à Cotonou et environs. Comme beaucoup de Béninois, le juriste-publiciste et analyste politique, Jean Aholou, s’en souvient, retrace le contexte de l’époque et relie ces évènements à la suite heureuse observée au terme de la présidentielle 2016 qui s’est soldée par un changement de régime à la tête du pays.

L’Evènement Précis : Cela fait, aujourd’hui 4 mai 2016, un an jour pour jour, qu’il y a eu une tentative d’arrestation du député Candide Azannaï, aujourd’hui ministre en charge de la Défense nationale, ce qui a suscité un vaste soulèvement à Cotonou et environs. Quelle appréciation faites-vous au sujet de ce qui s’est passé à l’époque ?

Jean Aholou : Rappelons-nous que la tentative d’arrestation manquée de l’honorable Candide Azannai n’était qu’un acte parmi tant d’autres, un fait illégal qui reflétait le durcissement du régime d’alors. Rappelons également qu’avant l’honorable Azannai, il y avait l’honorable Akotègnon dont l’intégrité physique a été violemment atteinte. Bref, face à un régime qui était totalement en déliquescence, qui perdait de plus en plus de sa légitimité, la colère populaire s’était également endurcie. Heureusement qu’en son temps, la population béninoise était fortement soutenue par des acteurs politiques. Un an après, nous sommes heureux de constater que cette balise anti-régime d’alors qui s’était constituée a fini par bénéficier de l’adhésion de la masse populaire ; ce qui nous a conduits au résultat que nous saluons tous aujourd’hui, à savoir, l’instauration d’un nouveau régime.

Lorsqu’on sait que le député Candide Azannaï a été un grand soutien de Patrice Talon, est-ce qu’on peut aujourd’hui dire que les soulèvements populaires qu’ils ont suscités les jours suivants ont contribué d’une manière ou d’une autre à l’élection de ce dernier ?
Je dois commencer par dire que la victoire que nous célébrons aujourd’hui n’est pas une victoire individuelle de Patrice Talon. C’est la victoire de toutes les organisations qui s’étaient mobilisées en son temps pour barrer la voie au dictateur d’alors. Revenant à votre question, quiconque se trouverait dans la position de Patrice Talon, avec la mobilisation autour de lui, est en passe de remporter les élections. Il est important de rendre hommage à un certain nombre de personnalités qui se sont jetées dans la lutte à l’époque dont, notamment, le président Bruno Amoussou. Rappelez-vous qu’à l’issue de ces évènements, il avait lancé un signal fort en demandant une campagne de salubrité nationale. Et dès lors, il expliquait cette campagne par le fait qu’il ne suffisait pas seulement de débarrasser la ville de ses débris, mais aussi de toutes les mauvaises mentalités, et je me réjouis aujourd’hui que cet appel a un échos favorable. Et moi j’inscris d’ailleurs, la victoire du président Patrice Talon dans l’écho favorable qu’a reçu cet appel.

Candide Azannaï est aujourd’hui ministre de la Défense nationale et Joseph Djogbénou, l’un de ses vaillants combattants, est à la tête de la justice. Ne pensez-vous pas que l’enquête judiciaire sur cette affaire aura enfin un dénouement ?
Au-delà des actes concernant Candide Azannaï, je dirais plutôt que pour tous ceux qui ont été victimes des actes et faits illégaux sous le régime défunt, le moment est venu pour que justice leur soit rendue. Je pense aujourd’hui que les conditions se réunissent progressivement. Mais, il faut tenir compte de ce que Candide Azannaï et Joseph Djogbénou sont aujourd’hui des hommes d’Etat qui doivent prendre la mesure de leurs responsabilités et faire une démarcation entre leur statut d’individu et de gestionnaire de l’Etat. Ainsi, avec aussi une justice indépendante appelée de tous nos vœux, tous ceux qui ont été victimes pourront aujourd’hui aspirer à une justice. Les faits incriminés connaitront dès lors un aboutissement heureux et nous connaitrons toute la vérité. Mais au-delà, il s’agira de voir le problème dans sa globalité et de mieux l’appréhender.

Certains n’ont cependant pas manqué de condamner ce soulèvement qui était organisé par des jeunes qualifiés de délinquants, qui avaient posé des actes de vandalisme et terrorisé les paisibles populations dans les rues de Cotonou ? Qu’en dites- vous ?
Je pense qu’il est un peu exagéré de parler des actes de vandalisme face aux faits. Et je dois vous dire que toute action appelle toujours une réaction, fut-il au Bénin ou ailleurs. Tous les peuples au monde sont souvent contre les actes et les faits illégaux. Je crois qu’il faudrait aujourd’hui en toute modestie inscrire ce qui s’était passé à Cotonou dans cette logique là où on a pu observer la farouche volonté d’une couche juvénile de dire non aux actes indélicats et illégaux du régime.

Que faire pour éviter ces genres d’actes à l’avenir ?
La première responsabilité incombe aux dirigeants qui doivent pouvoir gérer le pays par l’exemplarité. La suite des évènements de mai 2016 peut être interprétée comme une volonté de dire non à toute velléité de remise en cause de l’ordre établi à la conférence nationale de 1990. Ces jeunes ont été une couche maîtresse pour la défense des acquis de notre conférence. Et toutes les fois que des dirigeants se mettraient en travers des résolutions de cette conférence, ils auront en face ces jeunes-là pour leur dire non. Je rends hommage à tous ceux qui s’étaient levés comme une barrière contre les forfaitures du régime de l’époque.

Propos recueillis par Wandji A.

aCotonou

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