Election présidentielle:Forces et faiblesses de la démocratie

Election présidentielle:Forces et faiblesses de la démocratie

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Après l’élection présidentielle, plus d’un Béninois se demandent encore si le Bénin va se porter économiquement mieux demain qu’hier. En un mot, si le Bénin sera mieux gouverner. Ils ruminent cette inquiétude parce qu’il n’existe pas vraiment au Bénin, un système excellent de production des élites politiques qui rime avec qualité requise pour être élu et qualité exigée pour gouverner. Celui qui a été plébiscité à l’issue d’un scrutin n’est pas toujours l’expert en gouvernance.

Le charisme d’acteur, et d’orateur, la capacité à séduire les foules, à se présenter comme le modèle édifiant, se révèlent nécessaires pour la conquête du pouvoir mais pas toujours suffisants pour l’exercice de celui-ci, constatent pour la plupart le commun de nos compatriotes. L’exercice du pouvoir demande plus la compétence, l’esprit de décision, la vision à court et long terme, le charisme à bien créer autour de soi un environnement productif, le sens du service et le courage de prendre parfois des décisions impopulaires et bien d’autres savantes qualités. De tout temps, l’absence de ces valeurs cardinales ont fait couler plus d’un régime, noyé par les vagues de la propension à saluer et à applaudir l’idée du leader. C’est cette image de gouvernance que peignait la Fontaine dans une de ses célèbres fables : « Les animaux malades de la perse » où il fait dire au renard qui s’adressait au lion malade en quête de remède : « Sir dit, le renard, vous êtes trop bon roi, vos qualités font voir trop de délicatesses, manger sottes moutons, sottes espèces, est-ce un péché ? Non ! Non ! Vous leur fit seigneur trop d’honneur ». Ainsi, sans ce désir de servir le plus grand nombre, mais servir son égo, il s’installe une ivresse d’euphorie au soir de l’élection présidentielle où l’on voit le gagnant agité dans tous les sens le « V » de la victoire. Chose curieuse, le probable candidat élu de l’élection présidentielle du 20 mars dernier et son entourage n’ont pas agité le « V » de la victoire. Après avoir annoncé contre toute attente que c’est maintenant que la mission commence pour le soldat qui va au front, il a dit qu’il n’a pas besoin d’euphorie, mais seulement d’encouragement. De même, aucun des membres de son entourage n’a fait un petit « V » de la victoire. C’est la preuve que le nouveau président du Bénin semble mesurer l’’ampleur de sa nouvelle mission.
Jamais on n’a vu un Pape nouvellement coopté ou élu savourer comme un meilleur buteur de cuir-rond sa victoire. L’histoire retient plutôt les larmes versées par la cardinal Karol Wojtyla, futur Jean-Paul II à la vue de la mission écrasante ou de la croix qu’il attendait à prendre et la simplicité et l’humilité de Bénoît XVI à l’occasion de son allocution au balcon de la place Saint Pierre une fois élu. L’attitude de ces deux célébrissimes prélats montre qu’ils n’ont pas cherché le pouvoir et que le pouvoir est venu à eux par coup de destin.

Pouvons-nous tenter de dire que le comportement modéré du futur président de la république lors de ces premières rencontres avec le public après la proclamation des résultats provisoires par la Commission électorale nationale autonome (Céna) montre que le roi de l’or blanc élu président de la république est vraiment indifférent au pouvoir ? Ou bien attend-il la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle pour laisser éclater exagérément sa joie ?
A en croire, les politologues [U1], il faut se méfier donc des hommes sûrs d’eux-mêmes et trop assurés de leur talent politique. Cela cache une recherche de gloire personnelle et un manque de sens des vraies responsabilités. Toujours, selon les mêmes sources, il faut encourager ceux qui apparaissent hésitants, faibles ou indignes.

On constate que la nature même du procédé démocratique stimule l’ego des candidats au point que l’onction démocratique précédée d’une campagne électorale éreintante gonfle souvent d’orgueil son bénéficiaire. Du coup, il attribue sa victoire à son talent d’orateur où à sa capacité de séduction. Selon la sagesse chinoise, il faut tout faire pour être soi-même à l’heure de la gloire ou de la pauvreté. Comme disait la mère du cardinal Bernardin Gantin à son fils à l’occasion de ces visites au prélat à Rome : « N’oublie jamais d’où tu viens ». Un appel à l’humilité sans fin. Une vraie humilité est une échelle, conseille aussi la sagesse africaine. Car, elle s’oublie. Elle est à l’écoute de tous et tient compte de tout pour agir.

Ange Joël Toffoun (Coll)

Actu Bénin

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