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Economie : L’Afrique est en plein essor ! Mais le sort des Africains s’est-il amélioré ?

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L’essor de l’Afrique, d’Accra à Addis-Abeba en passant par Luanda, est indiscutable. Centres commerciaux, gratte-ciels, et classe moyenne urbaine sont désormais monnaie courante dans les villes africaines, après deux décennies de croissance économique sans précédent. Ce sont des formules comme « Africa can » ou « le siècle africain » qui servent aujourd’hui à caractériser cette région du monde. Pourtant, une question reste sans réponse : dans quelle mesure la vie des Africains s’est-elle améliorée ?

Les prix élevés des matières premières ont en partie tiré la croissance africaine des vingt dernières années — depuis, ces prix ont considérablement chuté. Le continent a connu un accroissement rapide de sa population (de 2,7 % par an), ce qui relativise considérablement le chiffre de 4,5 % de croissance économique annuelle sur la période 1995-2013. L’extrême richesse a quant à elle augmenté. Mesurer la réduction du niveau de pauvreté monétaire est un défi d’autant plus difficile à relever que nous manquons de données comparables et de bonne qualité, même s’il y a aujourd’hui en réalité beaucoup plus d’enquêtes disponibles. Dans ce contexte, l’équipe du rapport Poverty in A Rising Africa s’est donné pour tâche d’analyser les données afin d’évaluer l’amélioration du bien-être des Africains.

Les résultats sont à la fois encourageants et préoccupants. Le taux de pauvreté a considérablement chuté et il pourrait même être inférieur à ce que laissaient penser les estimations disponibles. Cependant, le continent compte aujourd’hui plus de pauvres qu’en 1990 et les défis à relever sur le plan du développement humain restent immenses. Alors que les attentes sont de plus en plus importantes et que le monde se mobilise pour mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030, l’Afrique est vouée à être de plus en plus au centre de l’attention mondiale sur cette question.

Les taux de pauvreté sont en baisse, mais il y a beaucoup plus de pauvres aujourd’hui qu’en 1990

Selon les dernières estimations de la Banque mondiale, la proportion de personnes vivant avec moins de 1,90 dollar par jour est passée de 57 % en 1990 à 43 % en 2012. Mais, seuls 27 des 48 pays concernés par l’étude la Banque mondiale disposaient pour cette période d’au moins deux enquêtes comparables permettant de mettre en évidence cette évolution.

En tenant compte du manque de statistiques comparables et de la mauvaise qualité des données, l’analyse laisse penser que le taux de pauvreté a vraisemblablement baissé davantage que le montrent les estimations. En outre, le nombre de pays dans lesquels les inégalités ont augmenté est à peu près le même que celui où elles ont diminué. Cependant, les données issues des enquêtes ne rendent pas compte des situations d’extrême richesse, dont le nombre et la part dans l’économie sont en augmentation.

En dépit de ces nouvelles globalement bonnes, et étant donné l’accroissement de la population, il y a aujourd’hui beaucoup plus de pauvres qu’en 1990 (330 millions en 2012 dans le scénario le plus optimiste contre 280 millions en 1990). Les prévisions montrent que les pauvres vivant avec 1,90 dollar par jour se trouveront de plus en plus en Afrique, et ce même si les taux de croissance moyens de la période 1995-2014 sont maintenus.

Des progrès substantiels sont en outre enregistrés dans de nombreuses autres dimensions de la pauvreté. L’espérance de vie à la naissance a par exemple augmenté de 6,2 ans, le nombre d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition chronique a baissé de 6 % et le nombre de morts dues aux violences politiques a considérablement chuté. Les résultats obtenus sur les indicateurs liés au droit à la parole et à la responsabilisation montrent une légère amélioration. On note également une tendance vers davantage de participation des femmes dans la prise de décisions au sein des ménages.

Si ces avancées sont impressionnantes, les niveaux atteints restent cependant faibles, et, ce qui est surtout inquiétant, on assiste actuellement à une stagnation des taux de progression. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de l’éducation, où la situation exige une attention beaucoup plus soutenue. Plus de deux adultes sur cinq ne savent toujours pas lire ni écrire. Au Malawi et en Zambie, les trois quarts des élèves de sixième année ne comprennent pas le sens de ce qu’ils lisent. Et cet exemple n’est qu’une illustration du défi qui reste à relever en ce qui concerne la qualité de l’enseignement. Ces faits constituent un frein à toute ambition d’industrialisation et de transformation structurelle.

Les États fragiles ont généralement de moins bons résultats que les autres pays. Aussi la récente recrudescence des violences à l’encontre des civils (du terrorisme aux différents politiques) risque-t-elle d’avoir des séquelles durables dans les pays concernés. Autre fait alarmant, il est pénalisant de résider dans un pays riche en ressources naturelles : plus la part de la richesse issue des industries extractives augmente, pires sont les résultats en matière de développement.

Enfin, dernier élément, déjà connu mais toujours aussi frappant et omniprésent dans l’ensemble des dimensions du bien-être : lorsque les femmes sont plus instruits, elles, et ses enfants, s’en sortent globalement beaucoup mieux, qu’il s’agisse de la santé, des problèmes de violence ou de la liberté dans la prise de décision. Nous sommes par conséquent fermement convaincus que le développement de l’éducation reste prioritaire et qu’il occupe une place cruciale dans la progression de l’Afrique.

D’une certaine manière, une grande partie du rapport repose sur l’idée que ce qui n’est pas correctement évalué n’est pas pris en compte par les décideurs. Une théorie qui s’applique singulièrement aux progrès de l’Afrique en matière de réduction de la pauvreté. La quête de meilleures données passe avant tout selon nous par un soutien politique national en faveur des statistiques.

Les partenaires de développement et la communauté internationale ont également un rôle important à jouer. Ils peuvent encourager la coopération régionale, concevoir de nouveaux modèles de financement, promouvoir des politiques de libre accès et établir des normes internationales plus claires. À la suite du rapport, la Banque mondiale s’est engagée en octobre 2015 en faveur d’une nouvelle initiative d’envergure sur les données, qui vise notamment à aider les pays les plus pauvres à conduire une enquête de consommation tous les trois ans. Un pas en avant prometteur.

Cet article est un rapport d’étude réalisée par Kathleen Beegle et Luc Christiansen de la Banque Mondiale.

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