Développement de la capitale économique : Repenser Cotonou par ses habitants et...

Développement de la capitale économique : Repenser Cotonou par ses habitants et pour ses habitants

0
PARTAGER

« Pour le Président Nicéphore D. SOGLO, Maire de la ville : En 2017, Cotonou sera une ville moderne, une ville phare économiquement solide avec un cadre de vie sain (sans inondation, propre et moins polluée). Il s’agit d’un cadre de référence économique, sociale, environnementale et spatiale de développement de la ville horizon 10 ans » . Voilà la vision définie par les élus municipaux de la ville de Cotonou dans le Plan de Développement Communal datant de janvier 2008. Des élus, faut-il le rappeler qui gèrent la ville depuis les premières élections municipales de 2002, soit exactement depuis 14 années.

Neuf années après la définition et la mise en œuvre de ce plan de développement, et à quelques mois de l’année 2017, échéance d’atteinte de la vision ci-dessus définie, les habitants de Cotonou, sont bien en droit de se demander ce qu’il en est de cette vision ?

Mieux, loin de cette vision définie pour la ville, les habitants doivent se demander de façon plus simple si la ville de Cotonou se développe réellement ?

A cette question aussi simple que banale, d’aucuns répondront par l’affirmative, d’autres auront des avis mitigés tandis que d’autres répondront par l’infirmative.

Les réponses à cette question seront diverses et divergentes dans la mesure où il n’y a pas eu d’enquête à proprement dite auprès des habitants de la ville Cotonou pour mesurer leur opinion sur l’état de leur ville de résidence. Cependant, les opinions, les ressentis et les vécus quotidiens permettent de s’en faire des idées.

Il serait bien osé de postuler que Cotonou ne se développe pas, tant d’une année à l’autre, des réalisations sont perceptibles. Ces réalisations sont visibles et nul besoin de les énumérer puisque les artères de la ville sont visibles, les caniveaux construits çà et là sont visibles, le dégagement de certains couloirs d’écoulement des eaux de pluies et les lits naturels des eaux de bas-fonds sont visibles, les efforts d’éclairage publics sont visibles, la création de quelques places publics sont visibles, etc. et la liste est certainement plus longue mais quand même très loin de l’infini. S’il faut se contenter de ces réalisations, il est alors loisible de postuler que la ville se développe.

Mais les habitants de Cotonou doivent-ils se contenter de ces réalisations qui d’ailleurs ont été possibles grâce à divers appuis dont celui de l’Etat et des programmes de développement (PGUD, PUGEMU, le PRGU, etc.). Evidemment non, il n’est pas question de se satisfaire de ces réalisations même s’il faut féliciter et encourager ce qui a été fait.

La ville aujourd’hui doit être appréciée au-delà de l’espace aménagé. La ville doit être perçue comme un tout social dans lequel chaque être, qu’il soit résident ou non se retrouve. La ville est un système complexe fait de divers éléments vivants et en interaction et il est indispensable de sortir du concert des réalisations physiques qui ont pu être faites et renouer avec le vécu des habitants de Cotonou. A cet égard, il n’est pas abusé de postuler que la ville de Cotonou ne se développe pas dans la mesure où Cotonou présente à plusieurs endroits des images désolantes. Il n’est pas faux de postuler que les habitants de la ville de Cotonou ne sont pas satisfaits de l’état de leur ville. D’ailleurs, sur le site internet de la mairie de Cotonou, un sondage en ligne depuis décembre 2011 en donne un aperçu même si le nombre de personnes qui se sont exprimés restent faible. De ce sondage, il est loisible de constater la satisfaction des habitants de Cotonou schématisée comme suit :

Sur un échantillon de 273 personnes ayant voté pour la question « Appréciez la gestion de Cotonou » entre le 02 décembre 2011 et le 03 août 2016 , seulement 37 (14%) se disent satisfaits en postulant que la ville est bien ou très bien gérée, 149 votants (55%) sont totalement insatisfaits tandis que 87 votants (32) ont des avis mitigés puisqu’ils pensent que la ville peut être mieux gérée. Ce détour n’est qu’un élément pour soutenir l’inconfort lié au développement de la ville de Cotonou.
Sinon, Cotonou se développe-t-il réellement est une question qui mérite d’être déconstruite pour que les réponses à y apporter soient adéquates. Entre autres, il est essentiel de savoir :

-    dans quelle mesure la ville de Cotonou dans son état actuel satisfait le vécu de ces habitants ?
-    Cotonou est-il mieux vécu par ses habitants aujourd’hui comparativement à dix années en arrière ?
-    est-on en mesure de faire des comparaisons entre la ville de Cotonou et les villes capitales des autres pays de sous-région ouest africaine ou africaine ?
-    existe-il un baromètre qui permet de mesurer le degré de développement de la ville de Cotonou ?

Ce sont là des questions clé que se posent certainement une grande frange de la population de Cotonou, du moins les habitants les plus avisés. Si dans les échanges, plusieurs personnes se disent consternés, c’est certainement que face à ces questions, les réponses les laissent désenchantés.

De toute façon, chacun doit pouvoir répondre aisément à chacune de ces questions.

Du point de vue de l’observateur averti, c’est la question de salubrité de la ville de Cotonou qui pose un véritable problème.
Cotonou est-elle propre ?

Après douze années de gestion de la ville de Cotonou, quel bilan fait-on en terme de propreté, l’assainissement étant plus ou moins assuré par l’Etat et divers programmes d’accompagnement au développement urbain ?

Cotonou est-elle propre ? A chaque habitant (occasionnel ou permanent de répondre selon son vécu de la ville. Néanmoins, il est loisible d’observer les dépotoirs sauvages d’ordures ménagers de tous ordre dans plusieurs coins de la ville. Les berges lagunaires de Gbogbanou, Tokpa, Kpankpan, Vossa, Gankpodo, etc. sont jonchées de tas d’immondices et utilisées comme des lieux de regroupement des ordures ménagères. C’est inadmissible et c’est un crime contre l’environnement. La propreté intégrale reste bien un leurre. C’est impensable et inadmissible qu’en 2016, des ordures soient brulées en plein cœur de la ville de Cotonou avec des fumées toxiques qui se mêlent aux fumées des engins à deux et trois roues pour rendre plus invivable l’environnement pollué de la ville. Presque tous les soirs, ce spectacle est visible sur les berges lagunaires longeant le marché Gbogbanou pour ne citer que cet exemple. La lagune continue d’ailleurs allègrement d’être « remblayer » pour reprendre mot pour mot le langage utilisé dans le plan de développement communal de Cotonou. C’est à croire que le remblai est prévu et que des acteurs y travaillent. Si des précautions ne sont pas prises, il n’est pas exclu de percevoir dans quelques années que des ponts artificiels sont érigés à plusieurs endroits de la lagune de Cotonou tant les actes d’incivisme notoires de déversement des ordures sur les berges évoluent de façon lente mais tristement assurément encouragé par le silence coupable et la myopie volontaire des autorités de la ville. Les habitants de Cotonou sont-ils dans le secret des décisions et actions engagées ? Non certainement pas. Et les habitants  ne s’en obligent pas, les constats et leur vécu quotidien de la ville leur permettent d’opiner.

Il est facile de culpabiliser l’absence ou la faiblesse des moyens financiers pour justifier l’absence d’actions publiques. Cependant si des moyens ne sont pas disponibles pour aménager les berges lagunaires de Cotonou, prendre des décisions radicales pour arrêter le convoyage des ordures ménagères vers ces berges lagunaires demeure la première des solutions et dispositions à prendre et assurez la veille aux endroits critiques de ces berges pour éviter le dépôt sauvage desdits ordures. Malheureusement, tous les jours sont convoyés ces ordures qui polluent la lagune.

Pour apprécier le vrai visage de la ville de Cotonou, il faut juste quitter une rue pavée ou bitumée et emprunter une ruelle non pavée ou non bitumée. Le spectacle est désolant et les habitants désabusés s’y habituent. Les rues de Cotonou sont insalubres. Les rues pavées sont ensablées en dépit les efforts consentis pour les désensabler. Mais, les autorités de la mairie semblent bien être dépassées par l’entretien des pavés. Il n’est pas faux d’admettre qu’elles ont montré leur limite quant à la prise en compte de certains aspects élémentaires de la gestion de la ville dont en l’occurrence la remise en place d’un pavé qui s’est détaché, le remplacement d’une dalle d’un caniveau affaissé, etc. Le parcours des nombreuses rues pavées permettent de se rendre à l’évidence de cette situation.

S’il faut apprécier à sa juste valeur les efforts de curage des caniveaux et autres infrastructures qui assurent l’évacuation des eaux de ruissellement dans la ville de Cotonou. Les grands collecteurs d’eau visibles dans plusieurs quartiers (Sainte Rita, Sikèkodji, Wologuèdè, Midombo, Saint Martin, Sènadé, etc.) réalisés avant l’avènement de l’ère de la décentralisation constituent d’importants acquis qui enrayent un tant soit peu le phénomène de l’inondation. Cependant à quoi sert-il d’applaudir la présence de ces infrastructures si elles ne sont pas bien entretenues pour jouer le rôle pour lequel elles ont été construites ? Remplis de déchets de tout genre, de hautes herbes (spécifiquement dans le secteur AKPAKPA), ces ouvrages publics offrent un spectacle sérieusement ridicule.

Le constat est synonyme clairement d’un aveu d’échec du point de vue gestion de la propreté de la ville de Cotonou.

S’il faut y ajouter d’autres points d’inconfort de la population dont la permanente panne de la plupart des feux tricolores causant des désagréments de circulation, la difficulté des piétons de se frayer un passage sur des trottoirs pourtant conçus pour eux du fait de la prise d’assaut desdits trottoirs par diverses installations marchandes de façon abusive, Cotonou offre vraiment un visage inquiétant et affligeant.

Dans ce concert d’inconfort, lors des dernières élections municipales de 2015, l’actuel maire, alors candidat vendait aux habitants de Cotonou ses rêves qui peuvent être taxés de surréalistes au regard de la situation actuelle de la ville de Cotonou. Les souvenirs sont encore vifs quant à ces promesses électorales (projet de société) dont les points saillants sont :
-    Assainissement et propreté intégrale ;
-    Déclaration de patrimoine des élus ;
-    Ville connectée au Wifi ;
-    Promotion des énergies renouvelables ;
-    Fonds municipal de solidarité ;
-    Instauration des conseils consultatifs d’arrondissement ;
-    Mise en ligne du budget et des appels d’offres.

Tous ces axes d’actions semblent bien intéressants. Même s’il faut attendre l’horizon de 2019 pour apprécier le niveau de mise en œuvre, il faut tout de même s’interroger sur la pertinence de certains axes. Il n’est pas utile de s’attarder sur ces promesses électorales qui n’engagent que ceux qui y croient. Sinon quelle est l’urgence d’investir pour connecter la ville de Cotonou au wifi ? C’est un tel projet a des avantages certains, mais est-ce une priorité ?

Ce qui fait d’un espace géographique une ville, ce sont les rues, les places publiques, les airs de stationnement, les airs de repos. Ce qui fait d’un espace géographique une ville, ce sont également les aménagements cultuels, culturels et économiques tels que les théâtres, les gymnases, les centres sportifs, les parcs d’attraction, les restaurants, bars, café, terrasses, etc.

Cotonou dispose de quelques rares aires de jeu. La preuve est que tous les weekends, les artères non pavées ou bitumées sont prises d’assaut par divers habitants pour la pratique de leurs activités sportives (football notamment et pétanque par ailleurs). De nombreuses compétitions footballistiques pendant la période des vacances scolaires sont organisées sur des rues secondaires non pavées ou bitumées. Qu’en adviendra-t-il lorsque toutes ces rues seront pavées ?

Penser Cotonou comme une telle ville relève peut-être du rêve mais c’est faisable. Cotonou a besoin de toutes ces commodités pour être une ville attractive et économiquement solide. Cotonou plus attractive, c’est lui permettre de jouer pleinement le rôle qui est le sien en tant que capital administratif et économique. Mais au-delà de ce rôle, la ville doit pouvoir être appréciée dans toute sa convivialité et pour ce, Cotonou a besoin d’être propre pour être sympathique et socialement vivable.

Il faut faire du citoyen un acteur actif de développement de sa ville.

Quelle est aujourd’hui la place des habitants de Cotonou dans la gestion de la ville ? Les habitants de Cotonou sont-ils concertés ou associés aux décisions et actions de développement de la ville qui est la leur ? Si oui de quelle façon sont-ils concertés ou associés ? A quel niveau sont-ils concertés ou associés ? Sur quelles questions sont-ils concertés ou associés ? Leur point de vue sont-ils réellement pris en compte ?

Ce sont là autant de questions non limitatives qui permettent de poser les bases sur la place faite aux habitants de Cotonou dans le processus de développement de leur ville.

Certes des efforts sont faits pour la gestion de la ville par les acteurs municipaux. Mais fussent-ils considérables, ils restent considérablement insuffisants. Les choix opérés doivent être optimisés. Il faut sortir des manœuvres politiques et politiciennes et remettre sur le tapis l’épineuse question de développement intégré et participatif de la ville de Cotonou.
Il faut aujourd’hui penser la ville de Cotonou avec ces habitants. Ces derniers sont en mesure de par leurs expériences, leurs vécus de leurs quartiers, de leur ville, fournir des avis et des opinions qui mis en commun avec d’autres habitants permettront de construire la ville de Cotonou.

La gestion des espaces publics est très complexe et au regard de cette complexité, une approche participative dans laquelle le citoyen est le principal acteur de mise sur agenda des politiques de développement de la ville se révèle le meilleur moyen d’atteindre l’objectif d’une ville socialement intégrée et prospère.

Les démarches participatives sont une alternative à la gestion centralisée qui propose depuis le sommet des solutions dont les résultats ne sont pas à hauteur des attentes. Les citoyens de la ville de Cotonou peuvent contribuer efficacement au processus de développement de leur ville s’ils sont plus ou moins étroitement associés. Une bonne politique de la ville devrait être issue de processus qui garantissent non pas le libre choix des citoyens mais plutôt leur influence. Cependant, il faut admettre que la démocratie représentative met en péril le potentiel d’influence des citoyens d’autant plus que le vote des citoyens leur permet de retenir ceux qui vont décider des politiques publiques mais ne leur donne nullement un pouvoir d’influence sur lesdites politiques publiques.

En dépit du fait que l’Etat central et les collectivités territoriales restent en fin de compte les garants des politiques publiques, ces autorités doivent intériorise le fait qu’il est plus facile pour un habitant d’adopter une disposition à laquelle il a contribué à instaurer qu’une disposition imposée. La salubrité de la ville peut être organisée par des démarches participatives instaurées au niveau de chaque quartier qui compose la ville de Cotonou.

L’instauration de dialogues entre élus locaux, techniciens municipaux et habitants de la ville favorisent une certaine dynamique dans la mise en œuvre des actions de développement de la ville. D’ailleurs c’est la base même du concept de décentralisation qui subsume une logique d’actions décidées par les populations et pour les populations.

L’absence de concertation et de participation implique une absence de responsabilité quant à l’état de la ville et de ce fait, seules les autorités municipales sont pointées du doigt comme étant les responsables du mauvais état de la ville.
Pour réussir la ville de Cotonou, il faut faire un ménage, un véritable ménage participatif. Il faut privilégier la qualité plutôt que la quantité. Il faut instaurer des concertations et des dialogues avec les habitants. Il faut responsabiliser chaque habitant.

D’ailleurs, la ville de Cotonou a-t-elle une identité réelle ? Si oui laquelle ?
Les habitants de Cotonou se sentent-ils fiers d’être appelés « cotonoise » ou « cotonois » ?
Les habitants se soucient-ils du visage que présentera Cotonou dans 10, 25 ou 50 ans ?

Toutes ces questions restent en suspens.
Autorités de la mairie de Cotonou, réveillez-vous, changez de fusil d’épaule, arrêtez de faire de la figuration et du populisme. Inutile d’attendre les prochaines inondations pour aller faire des selfies dans les eaux pluvieuses, les habitants eux, ils sont habitués.

Réveillez-vous, concertez-nous, écoutez-nous.

K.D


Matin Libre

Commentaires

commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE