Démocratie béninoise : progrès, obstacles et engagements

Démocratie béninoise : progrès, obstacles et engagements

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Le désir inné pour tout africain et particulièrement pour tout béninois de s’éterniser au pouvoir s’émousse miraculeusement de plus en plus. Cinq chefs d’Etat se sont succédé sans heurt, mais plutôt au gré de la « souveraineté » du peuple. La première alternance plus difficile que la seconde et les autres de plus en plus sans grands accros. La démocratie transforme progressivement et profondément les mentalités, voire les mœurs à la grande stupéfaction des Béninois eux-mêmes.
Il y a quelques jours seulement, le président Boni Yayi, aussi déterminé à s’éterniser au pouvoir par l’intermédiaire de son dauphin (Lionel Zinsou) dans une démarche selon lui de continuité de ses actions de développement, a vite compris, à l’instar de ses prédécesseurs (Mathieu Kérékou, Nicéphore Dieudonné Soglo), qu’il faut remettre le pouvoir à l’élu du peuple, Patrice Talon, son ennemi politique.

La démocratie fait bouger sans bruit, les mentalités, les montagnes de pratiques sociales obsolètes qui nous habitent, nous défigurent et nous animalisent. Elle inculque ainsi, aujourd’hui mieux qu’hier aux leaders africains de nouvelles et nobles armes d’auto-violence qui, jadis étaient synonymes de faiblesses. Des armes qui, au lieu de pousser au fratricide attisent à tuer en soi « l’instinct animal » avide de s’éterniser au pouvoir pour laisser grandir en nous notre vraie humanité prête à tout abandonner au profit de l’intérêt général. Un héroïsme qui ne dit pas son nom et qui fabrique progressivement de nouveaux types de Béninois. Sans prendre le risque de tomber dans une apologie de la démocratie, on est tenté de dire que ce régime politique purifie progressivement les mentalités et les mœurs obsolètes du Bénin et d’Afrique. La preuve, après avoir donné l’édifiant exemple de laisser le pouvoir à son successeur élu, M. Patrice Talon, les ministres de l’ex président, Boni Yayi eux aussi, même les plus accrochés à leur portefeuille lui ont emboîté les pas sans récriminer. Ceci, en passant service aux membres du nouveau gouvernement du président Patrice Talon. Aussi, les médias produisent de mieux en mieux pour la culture de tolérance, l’acceptation des différences que pour la haine, la répartie.
Les élites en tête des institutions en charge des élections excellent aujourd’hui mieux que leurs prédécesseurs qui jadis proclamaient les résultats des semaines après les scrutins. La proclamation des résultats du scrutin se fait en moins de trois jours (72 heures) par la Commission électorale nationale autonome (Céna) et en moins d’une semaine par la Cour constitutionnelle grâce à l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans le processus électoral. Les mentalités sont en mue de même que les outils de travail. Ainsi, la démocratie, telle une machine, moule petit à petit les leaders politiques, l’élite Béninois (tous les corps confondus) et le peuple tout entier en leur vraie humanité, en homme épris de paix, de tolérance et de valeurs démocratiques. Certes, ce n’est pas encore l’idéal démocratique mais ce n’est pas non plus l’immobilisme démocratique. Dans le silence, les civilisations s’effondrent et meurent, faisant place à de nouvelles parfois sans bruits ou dans la résistance selon leur degré d’enracinement. Le choc des cultures. Quand les cultures se croisent et se cognent, les plus expertes phagocytent les obsolètes. Mais pas toujours facilement. Il reste beaucoup de pratiques à changer pour tendre vers le modèle démocratique de l’hexagone ou du pentagone. Notre culture de prendre des décisions rationnelles voire optimales tarde à prendre racine. Conséquence : on est habitué à la démocratie de famille, des frères et sœurs ou de répartition des ressources et opportunités entre proches ou les copains et copines. A l’origine de la démocratie de famille, le plus souvent, les monstres de clichés de trahisons, de suspicions récentes ou antédiluviennes qui sapent la confiance à l’autre. Pas de confiance entre l’opposition et la mouvance et même entre membres de la même alliance politique. L’autre pauvreté d’esprit est qu’on vient en politique pour sa manne et non pour la vertu. Personne ne veut faire un petit pas dans ce sens. Certes, il y a de petits progrès, mais insuffisants. On peut citer en exemple, le bureau de l’Assemblée nationale dans lequel, figurent aussi bien les membres de l’opposition que de la mouvance. Sur le terrain des progrès significatifs personne ne veut en premier se jeter à l’eau. Tout porte à croire que le tout nouveau président de la République du Bénin, Patrice Talon, semble être prêt pour l’exercice. Il veut se jeter en premier à l’eau non seulement sur la question du mandat unique mais aussi sur la question de la compétence et des réformes. Son discours lors de l’investiture, il y a peu, en dit long mais aussi sur celles de la compétence et des réformes sur le goût du risque dont ce commerçant de renommée internationale pétille pour sa seconde passion.

La démocratie ne sera pas rangée au tiroir après les élections

En reconnaissant et en saluant l’ancrage démocratique du Bénin, le nouveau président, Patrice Talon estime que l’état des lieux de la démocratie n’est guère reluisant au plan économique et social, de même qu’au plan de la jouissance des libertés individuelles. De quoi fait rêver désormais. Les béninois doivent dire adieux à la démocratie d’invectives (écrivaillons, malabares, le bandit de Joncquet), de paires de gifles et de saisie par la garde présidentielle de carnets et de plumes de journalistes ou de bastonnade toujours des baudets. A l’en croire, il faudra prendre le risque d’avancer au large en jetant des filets de réformes politiques, de la restructuration de l’économie nationale, de la reconstitution du tissu social afin de redonner plus confiance aux Béninois et restaurer la crédibilité du pays pour poursuivre l’œuvre d’enracinement du processus démocratique.

La démocratie par l’exemple

Patrice Talon veut mieux faire que ses prédécesseurs. Il promet se jeter le premier à l’eau en faisant un mandat unique et de faire de son mandat une exigence morale en exerçant le pouvoir avec dignité et simplicité, abnégation et sacrifice pour le bien-être de tous. Patrice Talon entend apporter à la démocratie béninoise les soins curatifs nécessaires pour lui donner une vitalité. Notamment : rétablir l’Etat de droit, travailler à l’unité nationale, promouvoir une justice indépendante non discriminative et moderniser l’administration publique. A l’en croire, la compétence, un levier de croissance économique, sera désormais le principal critère de promotion des cadres aux postes de responsabilité. Il promet instituer des corps de contrôle indépendants dont la mission principale sera de veiller à l’orthodoxie financière dans toutes les administrations, offices et sociétés d’Etat. Le nouveau président du Bénin, Patrice Talon, s’est engagé aussi à assurer et à préserver la liberté de la presse ainsi que l’accès équitable de tous aux organes publics de presse. De même, il tient pendant son quinquennat à assurer la protection de l’initiative privée et du secteur privé gage de la croissance économique et du développement. Il s’est en outre engagé à accélérer et renforcer le processus de décentralisation en l’inscrivant dans chacune de ses actions et donner de la vitalité et de l’éclat à la démocratie. A l’entendre, la fin des élections présidentielles ne marque pas le rangement au tiroir de la démocratie, mais le départ d’une série d’actions de nature à lever les obstacles à l’enracinement du système politique. Un discours qui certifie que la démocratie béninoise n’entend pas dormir sur ses lauriers.

Ange Joël Toffoun (Coll)

Actu Bénin

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