Décision d’interdiction des téléphones dans les postes de vote:La société civile donne...

Décision d’interdiction des téléphones dans les postes de vote:La société civile donne carton rouge à Yayi

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Les acteurs de la société civile ont condamné la décision du gouvernement interdisant l’usage des téléphones portables dans les postes de vote. La plateforme et plusieurs acteurs engagés de la société civile sont sortis de leur réserve pour fustiger la mesure. (Lire leurs réactions respectives).

Gustave Assah, Vp de la plateforme électorale des Osc : « C’est pour prévenir, dans une large mesure, la corruption en période électorale »

Océan Fm : Comment percevez-vous cette décision du Conseil des ministres ?

Gustave Assah : C’est pour prévenir dans une large mesure la corruption en période électorale. Au-delà de la décision, il faut s’avancer sur le terrain d’assainissement des élections dans notre pays. Autour de cette décision, on comprend que certaines personnes souhaiteraient prendre des vues pour pouvoir accroître davantage les mesures qui, selon elles, peuvent aller contre la fraude électorale.

La décision restreint-elle la liberté ?

Si c’est dans l’isoloir, je comprends. Même à l’Assemblée nationale pour l’élection du président, il était question que les députés n’aillent pas dans l’isoloir avec des téléphones. Dans le cas d’espèce, le gouvernement doit préciser qu’il s’agit essentiellement de l’isoloir pour qu’on puisse comprendre. Pour le bureau de vote, les gens doivent en fin de journée faire la compilation des résultats, photographier les Pv pour les envoyer à leur base. C’est là qu’il y a le hic pour moi. Je voudrais attirer l’attention des uns et des autres pour qu’on ne dramatise pas cela, de façon à vouloir soulever les populations contre cette décision. Nous avons seulement à veiller pour que, du côté de ceux qui ont sorti la loi, il n’y ait pas des zélés le jour du scrutin qui veuillent contrôler tout le monde le jour du scrutin. Nous combattons la corruption en période électorale. Il faut veiller à ce que les populations n’entrent pas dans les isoloirs avec des appareils photos pour photographier le vote et montrer ce qu’ils ont fait à leur candidat pour prendre quelque chose en retour. Mais en fin de journée, il n’y a rien à faire. On ne peut pas empêcher les gens de prendre la photographie des Pv affichés.

Revient-il au gouvernement de prendre une telle décision ?

Le gouvernement a pris la décision. Je ne sais pas s’il lui revient ou pas de la prendre. Toujours est-il que son rôle est là. C’est le gouvernement qui accompagne l’organisation des élections au Bénin, établit le suivi des financements, travaille à ce qu’il y ait la transparence. Le Gouvernement doit aussi mettre en place le dispositif pour sécuriser les élections. Il appartient aux institutions en charge d’organiser l’élection (la Céna, la Cour constitutionnelle et autres) de mettre en place plus de dispositions corsées pour aider les uns et les autres à pouvoir veiller à cela.
En somme, cette décision du gouvernement ne pose pas problème. C’est dans l’application qu’il faudra faire très attention. Dans l’application (veille stratégique), il ne faudrait pas que les zélés du gouvernement cherchent à fouiller tout le monde sur toute la ligne pour perturber le vote ce jour là. C’est autour de l’isoloir qu’il faut empêcher les gens d’aller voter avec leurs téléphones. Chaque candidat n’a qu’à déployer les éléments de conviction nécessaire pour qu’au soir du 6 mars, il puisse avoir les résultats.

Propos recueillis par Rachida Houssou

Fatoumatou Batoko Zossou, présidente de la plateforme électorale des Osc
« Cette décision est une immixtion du gouvernement »

Le Conseil des ministres en sa séance extraordinaire du 25 février 2016 a entre autres décidé que : « les forces de défense et de sécurité déployées autour des centres de vote veilleront à la mise en œuvre de l’interdiction d’introduire dans les bureaux de vote des moyens de communication à savoir des téléphones portables et autres gadgets du genre ». A travers cette décision, la plateforme électorale des Organisations de la société civile (Osc) par sa présidente Fatoumatou Batoko Zossou constate avec regret que : malgré la loi numéro 2013-06 du 25 novembre 2013 portant code électoral, il est indiqué en son article 13 que « les élections sont gérées par une structure administrative dénommée Commission électorale nationale autonome (Céna). La Cena dispose d’une réelle autonomie par rapport aux institutions de la République à savoir Assemblée nationale, Cour constitutionnelle, Cour suprême, Haute cour de justice, Conseil économique et social, Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication. Le gouvernement fait immixtion donc dans les prérogatives dévolues à la Céna qui, conformément à l’article 15 du code électoral est la seule et unique structure en charge de la préparation, de l’organisation, du déroulement et de la supervision des opérations de vote et de la centralisation des résultats. Batoko Zossou désapprouve le fait et invite le gouvernement à respecter les compétences dévolues à la Cena afin de garantir une unicité dans les décisions et informations à l’endroit de la population en ce moment sensible et délicat. La plateforme électorale des Organisation de la santé civile du Bénin rappelle les dispositions de l’article 68 du code électoral qui indique que : « le président du poste de vote est responsable de la police du poste de vote. Nulle force armée ne peut sans son autorisation être déplacée dans la salle de vote, ni à ses abords immédiats, ni intervenir de quelque manière que ce soit. Pour finir, la plateforme invite toutes les organisations de la société civile, tous les cybers et centres dotés de connexion internet à offrir leur aide au citoyen n’ayant pas encore reçu leur carte d’électeur afin qu’ils consultent en ligne, leur centre de retrait de leur carte électorale ».

Joël Atayi Guèdègbé :« Une carte d’identité non adossée à l’état civil est source d’insécurité »

« En donnant aux nouvelles cartes d’électeur, la valeur d’une carte d’identité nationale, le gouvernement vient encore de pécher par amateurisme ou cynisme populiste. Il n’en est pas à son premier coup d’essai. A la veille des élections de 2011, il y avait eu les mêmes effets d’annonce sans effet tangible. Une carte d’identité non adossée à l’état civil avec des empreintes en guise de signature du titulaire dont la nationalité béninoise est loin d’être ainsi avérée crée les germes de l’insécurité financière, juridique, etc. ».

La Céna saisit la balle au bond

On se demandait si la Commission électorale nationale autonome (Cena) allait rajouter à cette instauration de non droit en cours depuis un certain temps, mais non. La Céna a saisi la balle au bond, pour montrer au gouvernement qu’il était dans le décor. Sans trop égratigner l’Exécutif, le président de la Céna Emmanuel Tiando, a rappelé à Yayi Boni et ses conseillers juristes, les dispositions de l’Article 13 de la loi 2013-06 du 25 novembre 2013 portant code électoral. Cet article prévoit que : « Les élections sont gérées par une structure administrative dénommée Commission électorale nationale autonome (Cena). La Cena dispose d’une réelle autonomie par rapport aux institutions de la République à savoir Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle, la Cour suprême, la Haute cour de justice, le Conseil économique et social, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication ». Le geste est sans doute élégant. Tiando n’a fait que rappeler à Yayi Boni la nécessité de respecter les institutions de la République. Il l’a d’ailleurs précisé au cours de sa sortie hier. « Je ne voudrais pas que quelqu’un pense qu’une institution peut empiéter sur les prérogatives d’une autre ». Mais le communiqué d’Emmanuel Tiando pose un autre problème. Il est vrai que la mesure d’interdiction de téléphones portables dans l’isoloir est inspirée par un souci d’empêcher les vendeurs de suffrages, mais elle pose des difficultés dans la pratique. Comment empêcher un électeur d’entrer dans l’isoloir sans son téléphone portable ? De façon pratique, comment cela peut se faire ? La mesure est dissuasive, la pratique pose toujours problème.

AT

Actu Bénin

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