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Après la victoire du candidat de la rupture: Les avertissements du couple Soglo à Talon

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La victoire du candidat de la coalition de la rupture, Patrice Athanase Guillaume Talon au scrutin présidentiel de mars 2016 a suscité un élan de joie dans la classe politique béninoise. Le couple présidentiel, Nicéphore et Rosine Soglo, est passé par les micros et caméras de Golfe Télévision pour témoigner sa vive gratitude au nouveau président élu et lui prodiguer quelques conseils en vue d’une gouvernance efficiente. Lire ci-dessous l’intervention de la doyenne d’âge à l’Assemblée nationale, Rosine Vieyra Soglo et de son époux, le président Nicéphore Dieudonné Soglo.

Journaliste Golfe Tv : Nous arrivons au terme d’un processus électoral annoncé tendu. Quels sont vos sentiments ?

Rosine Soglo : On s’attendait à une catastrophe mais nous avons toujours eu ce sentiment d’étonner le monde. Les Béninois et Béninoises nous ont démontré qu’ils étaient encore capables de faire correctement leur travail de citoyen. On peut remercier le perdant et le gagnant et leur dire qu’ils ont aussi fait leur travail. Maintenant nous attendons ce qui va suivre. Félicitations à Lionel Zinsou. J’ai apprécié sa hauteur d’esprit, sa capacité intellectuelle d’avoir reconnu bien avant tout le monde qu’il avait perdu. Il a encore eu le courage de féliciter son adversaire. On peut le féliciter. Il a monté d’un cran mon estime et je lui dis merci pour cela. Malgré toutes les injures et désinformations, on est content que tout ceci soit terminé. Il est temps de nous mettre au travail comme le disait le président Nicéphore Dieudonné Soglo. Mes chers compatriotes, la fête est terminée. Il faut maintenant retrousser vos manches et vous mettre au travail. C’est tout ce que je souhaite à ce pays car vous en avez besoin. Les jeunes surtout.

Comment comprenez-vous cet élan populaire ?

Rosine Soglo : C’est juste que les gens en avaient assez d’être misérables et miséreux de mourir de faim, de n’avoir qu’un repas par jour, de voir le pays dans le trou. Ils voulaient voir autre chose. Ils voudraient avoir une autre vie. En moins d’un an, le président Soglo avait déjà montré de quoi il était capable. Il a mis le pays au travail et j’espère que les Béninoises et Béninois n’ont pas oublié cela. J’ai tellement de ressentiment sur le magnifique travail fait par mon mari au péril de sa vie et comment il a été remercié. Il est bon de le rappeler à ce pays qui a peut-être oublié. Hercule n’a pas volé mais il a travaillé et ceux qui connaissent l’histoire savent comment il a terminé sa vie. Je souhaite que vous, mes enfants, vous vous mettiez résolument au travail car ce pays a des potentialités fantastiques. Si vous avez fait un travail fantastique, c’est-à-dire, que vous avez encore les ressources pour travailler pour le pays, je vous souhaite bonne chance.

Une certaine presse salue votre engagement. Après l’épisode de l’élection du président de l’Assemblée nationale, vous avez de nouveau sauvé le pays, dit-elle. Quel est le mobile de votre engagement ?

Rosine Soglo : Je n’ai pas travaillé seule. Je n’aime pas cette vanité-là. C’est trop tard pour moi d’être vaniteuse. C’est le peuple qui a parlé pour que la victoire aille dans le camp de l’opposition pour hisser Adrien Houngbédji au perchoir pour une 3ème fois. C’est le moment pour moi de mettre fin à cette désinformation, ce mensonge grossier. Je n’ai jamais dit de Lionel Zinsou qu’il est un Blanc. Si je l’avais dit, je le répéterais. Le pays me connaît. Si je l’avais dit, je le répèterais. J’ai dit pire à Mathieu Kérékou et à Yayi Boni. Il faut que les gens arrêtent ce mensonge qui se perpétue. C’est dommage que le Monsieur, lui-même, ne vienne pas dire que je ne l’ai jamais traité de Blanc. Je ne peux pas le traiter de Blanc, car je ne le connais pas. Je ne l’ai jamais vu de ma vie. J’ai simplement dit à M. Lionel Zinsou, quand on m’a dit que c’est le Premier ministre, que je n’aime pas qu’on nous impose quelqu’un venant de l’extérieur qu’il soit Béninois ou pas. C’est ce que j’ai dit à Lionel Zinsou. C’était ce que je pensais et j’ai le droit d’exprimer ce que je pensais.

Un conseil à donner au nouveau président Patrice Talon ?

Je voudrais qu’il ne m’oublie pas. J’ai subi l’ingratitude du président Boni Yayi. Il nous doit beaucoup, il nous doit tout. Il n’y a pas que l’argent. Le plus grand travail, c’est mon mari et moi qui l’avions fait. Je n’attends rien de lui mais qu’il n’oublie pas que s’il est aujourd’hui président de la République, qu’on n’arrive pas seul à ce niveau. Qu’on doit toujours quelque chose à quelqu’un, et que la famille Soglo a contribué à 50% de sa victoire. Je voudrais terminer en l’invitant à prendre garde. Qu’il ne soit pas le bras d’honneur de Boni Yayi et qu’il se souvienne qu’on a travaillé pour sa victoire. Je lui souhaite bonne chance, qu’il mette les pays sur les rails, qu’il nous sorte de la misère et qu’il a toute ma bénédiction. Nous attendons qu’il fasse un bon travail et nous lui souhaitons encore bonne chance.

M. le président, votre action qui se solde par la victoire de la coalition de la rupture a connu 3 étapes : la concertation au Chant d’oiseau, votre point de presse au Novotel et la conférence commune avec Maman au siège de la Rb puis votre activisme sur le plateau d’Abomey. Quel a été le sens de votre lutte ?

Nicéphore Soglo : En tant qu’ancien président et vice-président d’un organisme appelé le Forum des anciens chefs d’Etat et de gouvernement, j’avais le sentiment que la nation était en danger parce que c’est le peuple qui doit choisir. J’ai eu le sentiment que notre régime allait dans le mur à cause des scandales dont vous avez connaissance ; le Parti communiste du Dahomey en a fait une liste exhaustive récemment dans deux publications d’articles de bonne qualité. Non seulement il y a violation des droits de l’homme, mais l’économie est gangrenée par la corruption à un niveau incroyable avec le triste épisode de Icc-Services où il y a la bagatelle de 156 milliards de FCfa ; ce à quoi il faut ajouter le travail fait par Koupaki, à savoir, 211 milliards 500 millions de FCfa. Tout le monde s’en souvient. Je reviens de l’intérieur du pays, il n’y a pas d’eau potable à Bohicon, Abomey, Djidja, Agbangnizoun. Il n’y a pas d’énergie. Voilà la déconfiture d’une économie. Je ne peux pas être là en tant qu’ancien chef d’Etat et être spectateur. Cela ne s’expliquerait pas. Je suis intervenu parce que la nation était en danger. L’acte a le soutien de soulagement que tout le monde porte. En définitive, on l’a fait et nous sommes capables de le faire. Devant une affaire aussi grave, il fallait agir. Je dois un hommage particulier à mon fils. Les chefs d’Etat me téléphonaient et me disaient : « Vous les francophones on vous connaît. Vous êtes la honte de l’Afrique. Vous étiez incapables de gagner la guerre de libération que les gens ont gagnée partout ». Je leur ai répondu de ne pas nous juger trop rapidement. Il y a une nouvelle génération de nationalistes. A propos, je voudrais rendre un hommage à Galiou qui a fait un travail formidable.
Au Chant d’oiseau, je voulais montrer un peu comme on l’avait fait avant la conférence nationale qu’il y avait un débat pour entendre tous les candidats. J’ai envoyé des invitations à tout le monde sans exception, même au chef de l’Etat, parce que c’était une occasion pour mettre tout à plat. Malheureusement, à ma grande déception, ceux que j’attendais ne se sont pas présentés. Je remercie tous ceux qui sont venus au Chant d’Oiseau. A cette occasion, Galiou a joué un rôle capital et nous avons apporté des preuves indiscutables que la Françafrique était encore à l’œuvre et qu’on voulait mystifier le peuple béninois.

Le ministre Soglo était intervenu sur BBC et Africa N°1 pour expliquer votre légitimité à intervenir dans le débat public. Il a aussi fait cas des raisons de votre position commune sur la Françafrique. En quoi, la Françafrique est-elle un danger pour notre pays ?

Nicéphore Soglo : Je suis fier du peuple béninois. On ne nous a pas donné le prix Nobel mais tout le monde sait le travail à faire. Après l’écroulement du mur de Berlin, tout le monde sait ce qu’a été le grand mouvement de démocratisation du développement avec des règles précises. Le continent a subi quatre siècles de traite négrière. Et comme le dit Dubois, l’un des grands intellectuels et Aimé Césaire, « Au président Dieudonné Soglo qui, par son action et son exemple reste une source d’unité et du baliseur de la route de l’avenir, pour lui dire mes vœux, mon amitié et ma reconnaissance ». Il faut donc que je sois digne. C’est la raison pour laquelle je suis descendu dans l’arène. Je crois que là où il est, il doit être fier de moi. Je crois au peuple béninois surtout après cette élection et après les informations qu’il faut lui apporter en temps réel. Et c’est ce que nous avons fait. Les gens parlaient de K.O au 1er tour. J’ai dit non. Si nous sommes là, surtout que j’ai reçu pratiquement tous les acteurs notamment le jeune Zinsou à qui j’ai parlé comme on parle à un fils. Je lui ai demandé ce qu’il allait faire dans cette galère.

Avez-vous un mot à l’endroit des militants de la Renaissance du Bénin ?

Nicéphore Soglo : Je les remercie parce qu’ils ont suivi à la lettre ce que moi-même et Rosine qui est la présidente-fondatrice avons dit. Les militants ont pris conscience et c’est ce qui est extraordinaire. Que ce soit à Novotel comme au siège de la RB et à Goho, les militants buvaient du métier. On n’avait aucune crainte. Talon lui-même ne m’a pas dit on te remercie. Tu as fait déjà 50% du travail. Idem pour Ajavon. Evidemment, peut-être qu’avec le temps. Ils ont oublié, mais il faut rappeler ce qui s’est passé.

Un conseil à donner au nouveau président Patrice Talon

Nicéphore Soglo : Quand on devient président, on est très jaloux de ses prérogatives. C’est à lui de se mettre au-dessus de la mêlée. Il a fait une bonne campagne et je tiens à le féliciter pour sa ténacité. Il doit avoir une séparation totale entre ses affaires privées qu’il doit confier à quelqu’un d’autre. Il a parlé de la dette intérieure, c’est vrai. Je crois qu’il y a des organismes qualifiés pour ce job-là. C’est là où j’ai travaillé. Le Fonds monétaire international (Fmi) est capable de lui présenter quelque chose que personne au monde ne pourra mieux prendre en compte.

Propos recueillis par Golfe Tv et transcris par Rastel DAN (L’Evénement Précis)

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