100 jours du gouvernement Talon – Les ministres : performances et défis

100 jours du gouvernement Talon – Les ministres : performances et défis

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Baptême de feu pour certains, rebelote pour d’autres, très tôt les ministres du premier gouvernement de Patrice Talon se sont mis au travail. Chacun dans son département et à son rythme, nous voici 100 jours après. Qui a fait quoi ? Le point de la Rédaction.

Romuald Wadagni, ministre de l’Economie et des finances
… les théories du privé

Il est pratiquement le plus jeune des ministres. La quarantaine. A le voir à l’œuvre, on sent qu’il a plein d’avenir. Mais certains de ses actes le trahissent, ce qui fait dire à certains que Romuald Wadagni à défaut d’avoir  encore un pied à la Harvard, c’est qu’il l’a dans le privé et  le second au gouvernement. Autrefois Comptable du chef de l’Etat Patrice Talon, le ministre de l’Economie et des finances a tendance à se comporter comme s’il était toujours dans le privé. Ses décisions contestées par le syndicat et son « jusqu’auboutisme » affiché le prouvent. L’Argentier national doit descendre maintenant sur terre, jouer la carte de l’apaisement s’il veut un accompagnement de tous ses collaborateurs. Tant les défis sont grands. Les opérateurs privés prestataires s’impatientent quant au paiement de la dette intérieure.

Rafiatou Monrou, ministre de la Communication
Allergique à la presse privée
La ministre de la Communication et de l’Economie numérique peine encore à trouver ses marques, 100 jours après la formation du 1er gouvernement de la Rupture. Elle n’a à son compteur aucune action d’envergure à part une descente à Bénin Télécoms, sa structure de provenance et une timide visite des médias de service public, l’Ortb et le journal La Nation. Les organes de presse privés semblent ne pas préoccuper pour le moment la ministre de la communication. Pas même un clin d’œil aux médias privés qui, pourtant, jouent un rôle primordial dans la construction d’un Etat de droit. Nul n’est besoin ici de rappeler le rôle que la presse privée a joué dans l’avènement au pouvoir du chantre de la Rupture. En dehors de cela, des questions urgentes telles le basculement de l’analogique au numérique attendent et ne concernent pas que les médias de service public. Rafiatou Monrou doit maintenant quitter le plus souvent les quatre murs de son bureau et se mettre dans l’action.

Ange N’Koué, ministre de la Culture
Réformes oui, mais…
Le ministre de la Culture Ange N’Koué est venu trouver une situation conflictuelle au Fonds d’aide à la culture. Très tôt, il a pris les taureaux par les cornes. La prise de la décision courageuse de réduire la cagnotte allouée au Fonds d’aide, source de conflit entre les associations d’artistes est à mettre à son actif. Seulement, toute réforme implique la négociation et les artistes ont le sentiment que le ministre veut faire leur bonheur sans les associer. De même, la culture ne se résume pas à la situation au Fonds d’aide. On ne voit pas le ministre de la culture sur les festivals de danse, de théâtre, de musique, enfin un accompagnement permanent à l’image du Chef de l’Etat qui a sollicité et assisté du début jusqu’à la fin la scène « Kondo ! Le requin »

Oswald Homéky, ministre des Sports
C’est possible …
 
Le jeune ministre de la Jeunesse, loisirs et Sport Oswald Homéky a hérité d’une crise à rebondissement à la Fédération béninoise de football. Malgré sa détermination à trouver une issue favorable, le bout du tunnel est encore loin. A son actif, la signature d’un protocole d’accord entre les protagonistes même si l’organisation du congrès électif malgré l’interdiction du tribunal de première instance de Porto-Novo suivie de la délivrance de mandats d’arrêts contre les membres de la Fbf, du Conor et les représentants de la Fifa et de la Caf vient tout remettre en cause. Seulement, le ministre Homéky ne doit pas consacrer tout son énergie à la résolution de la crise à la Fbf qui reste la seule discipline qui engrange beaucoup de ressources sans aucun résultat. Comme il l’a promis à sa prise de fonction, Oswald Homéky doit ériger toutes les autres disciplines sportives au même rang que le football. Il a commencé par le faire par sa présence aux côtés des autres disciplines. Reste maintenant que les ressources accompagnent les gestes.

Candide Azannaï, ministre de la Défense
Ça commence à venir
 
Le bouillant homme politique Candide Azannaï est resté transparent tout le long des 100 premiers jours du gouvernement de la Rupture. Même l’insécurité grandissante et son corollaire de vindicte populaire n’ont pas réussi à sortir Candide Azannaï de sa torpeur. Qui pouvait croire que celui qui ne ratait aucune occasion pour rappeler aux dirigeants leur devoir envers le peuple pourrait choisir de se réfugier dans le silence, une fois nommé au gouvernement. Candide Azannaï attendait peut être satisfaire les besoins des forces de défense et de sécurité avant de leur demander des résultats. Chose qu’il a commencé par faire avec le don de matériels roulants hier, jeudi 14 juillet 2016 à la gendarmerie. Il faut maintenant que le ministre de la Défense se préoccupe de la sécurité des Béninois de concert avec son collègue de l’Intérieur. Il devra également chercher à voir les contours de l’envoi de soldats béninois sur les théâtres de maintien de paix qui est source de discorde entre les hommes de rang et leurs supérieurs hiérarchiques, renforcer la surveillance des frontières….

Ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique
Sacca Lafia, transparent
 
Si on note une certaine accalmie ces dernières heures, il est tout de même une évidence que c’est le ministère de Sacca Lafia qui a le plus fait parler de lui ces trois derniers mois. Un vétérinaire à l’Intérieur, beaucoup de Béninois l’avaient critiqué à sa nomination. Mais fort de ses expériences gouvernementales et parlementaires, d’aucuns le voyaient capable de vite s’adapter. Trois mois après, tout porte à croire que le patron des flics vit toujours son « premier jour à Paris ». Un tableau bien noir. En trois mois, il a battu le record des braquages et des pertes en vie humaines enregistrés. Que ça soit par balles ou par vindicte populaire. Pendant que ça continue de gronder dans l’administration policière quant à la suspension des avantages acquis sous le régime défunt, le ministre Lafia, au lieu de fouetter le dossier, doter les commissariats de moyens, régler la question des brimades, doper le moral à troupe et la remettre au travail, sa nouvelle trouvaille, c’est l’enregistrement en vue des cartes Sim qui font grincer déjà des dents au sein de la population. Sacca Lafia doit sortir de son somme et régler les urgences.

Jean-Claude Houssou, ministre de l’Energie
C’est le terrain qui commande
 
Après 100 jours d’acclimatation, les Béninois l’auraient remarqué. Le Jean-Claude Houssou d’aujourd’hui est bien différent de celui d’hier, venu tout droit de la France, et qui faisant le rapprochement entre la façon dont les choses fonctionnent là-bas et chez lui, a commencé à tempêter. Ici, c’est le Bénin, comme l’a écrit Albert Tévoèdjrè. Et il semble que le ministre de l’Energie est en train de le comprendre. Il s’est « assagi », et c’est avec froideur qu’il fait désormais l’état des lieux de la situation qu’il a hérité en matière d’eau et d’électricité. Décembre pour en finir avec le délestage. Les Béninois égrènent leur chapelet pour le décompte des jours. C’est une course contre la montre pour redonner confiance aux investisseurs et aux concitoyens. Au-delà, le ministre Houssou doit concrétiser la diversification des sources d’énergie, moderniser les services, et pourquoi ne pas aller sur le terrain de la libéralisation des deux secteurs.

Ministre d’Etat, secrétaire généarl de la présidence de la République
Koupaki, une starification de mauvais goût
 
Beaucoup de grognes sur son one man show hebdomadaire. Pascal Irénée Koupaki du piédestal de premier ministre au rang de « rapporteur » ou « présentateur » des décisions du conseil des ministres, cela est mal apprécié du public puisque pour la plupart de Béninois, ce n’est qu’un point laconique qui ne prend pas compte certains détails. 100 jours après, à défaut de laisser ce rôle à qui de droit pour un point beaucoup plus exhaustif, le chantre de la Nouvelle conscience ferait mieux de changer de fusil d’épaule.  

Garde des Sceaux, ministre de la Justice
Djogbénou toujours dans la toge Talon
 
Même au gouvernement, ça se constate. Le rapport entre l’Avocat Joseph Djogbénou et le client Patrice Talon. La tendance du premier à défendre et soutenir le second est une lapalissade. Rien n’a pratiquement bougé dans le milieu judiciaire à part des foyers de tension qui y sont allumés. Comme bilan en 100 jours, Joseph Djogbénou a plus essuyé des dénonciations dans ses nominations, et l’actualité c’est le rebondissement dans la crise à la Fédération béninoise de football avec des mandats d’arrêt émis contre des acteurs du football. Des mandats  d’arrêt qui en rajoutent d’ailleurs au bras de fer entre le gouvernement et les magistrats. Mais malgré tout, Me Djogbénou lui, est toujours aux côtés du président Talon. C’est lui qui a piloté la commission qui a fait des propositions en vue de la révision de la Constitution. Il fallait le voir en train de transmettre le rapport au demandeur. Mieux, on l’a vu récemment dans  un show télévisuel en train de soutenir l’idée de mandat unique qu’entend instituer le chef de l’Etat. Pendant ce temps, les prisonniers continuent de vivre l’enfer dans les prisons. Il est temps que le professeur agrégé de Droit mette sa toge au service de tout l’appareil Justice.

Ministre de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche
Delphin Koudandé, … que du coton
La dénomination de son département est pourtant claire. Mais depuis avril dernier, la seule information qu’ont les populations en matière agricole, c’est le coton. Si ce n’est pas le décaissement de tel montant, c’est alors le rétablissement de telle ou telle structure mais toujours au profit de l’or blanc. Quand bien même on a parlé récemment d’affrontements entre éleveurs et populations avec plusieurs morts et des dégâts à Malanville, on n’a pas trop senti cette spontanéité d’actions médiatisées entre le ce département ministériel et celui en charge de la sécurité comme c’est souvent le cas pour le coton. La diversification agricole, c’est des actions concrètes. Au-delà, il y a les maraîchers, les mareyeuses, les éleveurs. Que sont devenues les usines d’exploitation « pourvoyeuses d’emplois et de richesses » que le gouvernement défunt a construites à grands frais ? Dr Koudandé, le chantier est vaste…

Ministre du Développement
Bio Tchané, en renfort
Confortablement assis, c’est l’un des plus capés du gouvernement. Du ministère des Finances à la Boad en passant par le Fmi, il a capitalisé beaucoup d’expériences. Il sait de quoi il parle et aux yeux des partenaires, il est une caution. Coordonnateur de l’équipe gouvernementale, il est souvent sollicité pour réparer des gaffes même si lui-même a entretenu la polémique sur la suppression ou non de la gratuité de la césarienne. Lorsqu’il s’est agi d’expliquer le bilan de l’appel à mobilisation de fonds sur le marché, c’est lui qui a été désigné pour s’entretenir avec la presse. Et faisant d’une pierre deux coups, il a habilement passé un coup de chiffon sur une déclaration à polémique de son jeune collègue Argentier national, qui envisageait une taxation de l’essence de la contrebande. Aussitôt, la polémique a cessé. Les statistiques en matière de chômage, de sous-emploi, de pauvreté ne sont pas des plus reluisantes. En tant que ministre du Développement, Abdoulaye Bio Tchané est très attendu sur la définition de stratégie et d’orientation pour résorber tout cela.

A SUIVRE…

J. BOCO et B. HOUANHO


Matin Libre

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