Dévoilement du salaire entre conjoints : un couteau à double tranchants

Dévoilement du salaire entre conjoints : un couteau à double tranchants

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Parler de son salaire à son conjoint ou à sa conjointe est plus ou moins un tabou dans certains couples. Pour des raisons diverses, les époux se refusent de dévoiler le montant de leurs salaires à leurs conjoints. Alors que pour d’autres, c’est plutôt une nécessité.

Térence, un quadragénaire, furieux contre les agissements de son épouse fulmine : « Depuis que j’ai informé ma femme que je gagne 225.000 Fcfa, j’ai commencé par connaître tous les problèmes de ce monde. Elle exige que je dépose 30.000 Fcfa pour la popote et 30.000 Fcfa comme argent de poche. A cause d’elle, je n’arrive plus à faire d’économies. C’est pour la dernière fois que je prends ce risque… ». A l’image de Térence, nombreux sont ceux qui cachent leur salaire à leurs conjointes…

Silencieuses… mais curieuses !


Marthe, coiffeuse de profession, ne parvient pas à mener des discussions sur le salaire avec son époux, qui lui, travaille au ministère du développement. Mais pour connaître le salaire de son conjoint, elle a une manière assez simple : « A l’insu de mon époux, j’ouvre le tiroir où il dépose ses documents et je découvre quelques fiches de paie dont les dates de paiement ne sont pas forcément récentes. Ainsi, j’ai une idée approximative de combien il gagne… ». Cette pratique, beaucoup de femmes l’adoptent. Mais si le conjoint prend toutes les dispositions pour rendre vraiment secret son salaire, elles ont d’autres manies. Moulikathou Lawani, Professeur d’Allemand, pense qu’on peut procéder autrement : « Beaucoup de collègues à mon époux viennent souvent nous rendre visite. Et pour leur tirer les vers du nez, j’engage une discussion avec l’un d’eux qui se trouve au même grade que lui. C’est souvent des discussions liées au traitement des employés et la précarité de l’emploi au Bénin. Au fil des échanges, je parviens, par des questions subtiles à mes fins, même si les informations sont approximatives ». En effet, cette méthode n’est possible que lorsque l’époux est un fonctionnaire d’Etat. « On sait généralement qu’à un indice correspond son salaire », explique-t-elle. Dans le cas contraire, dit-elle, c’est difficile de le savoir.

Pile ou face !


Autant que les hommes, les femmes n’aiment pas dévoiler leur salaire à leurs conjoints. Quand bien même les hommes nourrissent la volonté d’aborder la question, c’est le refus catégorique du côté de la femme. « Je n’ai pas de problème à parler de mon salaire à ma femme. Mais c’est elle qui n’aime pas en parler avec moi. Et moi, ça me laisse de glace… », raconte Marius Magloire Hounsi, docteur en anthropologie culturelle à l’Université d’Abomey-Calavi. Dame Victoire va plus loin et trouve qu’en dévoilant son revenu journalier, hebdomadaire ou mensuel, l’époux pourrait diminuer sa contribution aux charges familiales. Dame Chancelle a, quant à elle, dévoilé son salaire à son époux, mais avec la peur au ventre. « Je n’ai rien caché à mon époux, mais on ne sait pas quand le fou viendra au marché. C’est le qui-vive constant ».

Le déséquilibre du foyer


Cacher son salaire à sa conjointe ou à son conjoint est a priori un acte de méfiance. Ceci n’est pas sans conséquence sur la vie du foyer. Au plan psychologique, il convient de distinguer un foyer dans lequel l’homme et la femme travaillent, celui dans lequel la femme est au chômage, et celui dans lequel l’homme est inactif. Pour le Prof Rogatien Sègla, Professeur à l’Université d’Abomey-Calavi, le premier cas amène la femme à devenir superstitieuse et fantasmatique. « Ainsi, cela les amène à faire les dépenses séparément », ajoute-t-il. A en croire Joël Kpénonhoun, étudiant en 3ème année de psychologie clinique, les deux derniers cas peuvent donner lieu à l’égoïsme, la frustration, l’insomnie, la dépression, le stress chez la femme ou chez l’homme. « La femme commence par exposer aux voisins ce qu’elle endure avec son époux. Cela n’avantage également pas les enfants. Dans un climat où le couple est méfiant l’un de l’autre, les enfants sont pris dans un engrenage et cela ne favorise pas leur plein épanouissement », déclare-t-il. Boris Sagbo, un autre collègue d’amphi, trouve quant à lui que la femme se sent esclave de l’homme dès qu’elle est confrontée à une telle situation dans le couple. « Cela l’amène à avoir très peu d’autonomie, très peu de liberté en matière d’action », indique-t-il.

La franchise, la chose la mieux partagée


Pendant que certains s’évertuent à jouer au cache-cache, d’autres optent pour la transparence. « Je connais le salaire de ma femme, elle de même. Je lui montre ma fiche de paie et elle de même. Je suis inscrit sur son compte, elle de même », dit Prospère Ndizeye. Dans la même logique, Me Charles Badou, avocat au barreau du Bénin, ajoute : « il y a une obligation morale à communiquer son salaire. Vous ne pouvez pas vivre ensemble avec quelqu’un et lui cacher vos revenus, étant entendu que ces revenus doivent alimenter le couple ». Plus loin, le Professeur Dodji Amouzouvi trouve que dans une relation bien organisée, l’homme est obligé de dévoiler son salaire. « Dans une relation normale, le couple se fait confiance. L’homme se met ensemble avec la femme, simplement parce qu’il a confiance en elle. S’il a confiance en elle, il ne doit pas y avoir des zones cachées et donc, il lui dit tout ce qu’ils ont. Dans l’amour, dans l’intimité, dans la confiance, ils gèrent leurs revenus », explique-t-il. Joël Kpénonhoun pense pour sa part qu’il faut une communication dans le couple. « La communication dans le couple est obligatoire. Si vous êtes en couple, vous avez des objectifs à atteindre. Lorsque vous avez ces objectifs, vous savez à quel rythme aller et surtout quelle liberté de dépenses vous donnez à vos actions. Donc, communiquer son salaire à sa compagne qui est un acte de confiance ne devrait pas l’amener à créer des dépenses inutiles », affirme-t-il.

La communauté de biens en question !


Devant la loi, les conjoints ont la possibilité d’unifier leurs biens. Ceci exclut toutes sortes de barrières au sujet du salaire. Pour le Prof Dodji Amouzouvi, il n’y a aucun problème à cacher le salaire, si vous optez pour la communauté de biens. « Si c’était le cas, c’est que vous êtes en contradiction flagrante avec la loi », précise-t-il. 
Dans une situation institutionnelle normale, affirme le Prof Dodji Amouzouvi, l’Etat met en place les mécanismes qu’il faut, pour que, sur la base des impôts à lui retournés à la fin de l’année, chacun des conjoints puisse savoir ce qui rentre dans la maison soit par l’homme, soit par la femme. Dans un cas comme dans l’autre, je pense qu’il est normal que la femme rassure l’homme et qu’elle sache quel est le salaire et quels sont ses revenus. « Si elle le sait, c’est peut-être une bonne chose pour l’homme. Elle saura être exigeante, puisqu’on dit que quand on connaît le fond de la marmite, on sait prendre la sauce », affirme-t-il. A en croire Me Charles Badou, il n’y a pas une obligation légale de communication de salaire. La loi n’a pas prévu la communication du salaire à son époux ou à son épouse. Ce que la loi a prévu, poursuit-il, c’est que chacun contribue aux besoins du ménage au prorata de ses moyens. Les deux doivent se communiquer leur salaire, même si la loi ne l’a pas expressément dit.

 

Source : fraternitebj.info

 

 

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