Venezuela: l’opposition peine à remplir les rues de manifestants

Venezuela: l’opposition peine à remplir les rues de manifestants

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Caracas (AFP)-Déterminée à provoquer par référendum le départ anticipé du président vénézuélien Nicolas Maduro, l’opposition mise sur la pression populaire dans la rue, mais elle peine souvent à mobiliser, sous l’effet notamment du découragement ou des craintes de violence.

Les manifestations de mercredi en ont été un bon exemple: même si la coalition de la Table pour l’unité démocratique (MUD, centre droit) a qualifié la journée de “succès”, la foule n’a pas été au rendez-vous. Dans de nombreuses villes, ils n’étaient que quelques centaines ou milliers.

On est bien loin de la marche “historique” à Caracas, une semaine plus tôt, qui avait rassemblé 1,1 million de personnes selon les organisateurs, 30.000 selon le gouvernement.

Le temps presse pour l’opposition, qui selon la Constitution doit organiser ce référendum avant le 10 janvier 2017 pour provoquer des élections anticipées. Pour maintenir la pression, elle appelle encore à manifester le 14 septembre.

“La pression populaire vers un référendum est dans un élan qui, très probablement, se prolongera jusqu’à la fin de l’année”, assure à l’AFP l’analyste Diego Moya-Ocampos, du cabinet britannique IHS.

Mais, à part le 1er septembre, la mobilisation est souvent restée modeste, sous l’effet de plusieurs facteurs : peur de violences, lassitude, frustration…

“Les gens sont un peu déçus car l’objectif n’a pas été atteint. Quand la manifestation est finie et que Maduro reste à Miraflores (le palais présidentiel, ndlr), les gens se démotivent. Ce n’était peut-être pas la stratégie adéquate”, commente à l’AFP José Miguel Villa, étudiant en odontologie de 21 ans, venu manifester mercredi près de Caracas.

Pourtant les motifs pour descendre dans les rues ne manquent pas: le mécontentement populaire est à son comble, nourri par l’inflation vertigineuse et la pénurie d’aliments et de médicaments. Huit Vénézuéliens sur dix veulent changer de gouvernement, selon l’institut de sondage Datanalisis.

“Il devrait y avoir plus de gens” dans les rues, observe l’étudiant. Mais “ils sont très occupés à faire la queue (devant les magasins), s’ils ne font pas ça ils meurent de faim”. Et “dans les entreprises publiques, les employés sont menacés” s’ils vont défiler.

La révolte couve : selon l’Observatoire vénézuélien de conflictualité sociale (OVCS), au premier semestre 4.000 petites manifestations ont été enregistrées, essentiellement pour réclamer de la nourriture.

– Surmonter les divisions –

“L’opposition a tout pour elle pour guider de manière démocratique le malaise s’exprimant chaque jour dans les rues”, explique à l’AFP Marco Ponce, coordinateur de l’OVCS.

“Donc elle a un défi : réussir à connecter avec les citoyens qui descendent tous les jours dans les rues pour protester contre les mauvaises politiques du gouvernement”.

Les urnes ont déjà apporté la première grande victoire à l’opposition en 17 ans de chavisme (du nom de l’ex-président Hugo Chavez, 1999-2013), en décembre dernier, quand elle a raflé la majorité aux élections législatives.

Le camp anti-Maduro se targue aussi d’avoir rassemblé en cinq jours, en mai, 1,8 million de signatures – neuf fois plus qu’exigé par la loi – favorables au référendum pour révoquer le président socialiste.

Il assure désormais pouvoir réunir quatre millions de signatures en trois jours, ultime étape avant le référendum.

Pour y arriver, l’opposition doit surmonter ses divisions historiques et rester concentrée sur le référendum, “malgré la diversité des forces et la composition hétérogène” de sa coalition, estime Diego Moya-Ocampos.

Elle doit aussi apprendre à doser ses efforts, note Benigno Alarcon, directeur du Centre d’études politiques de l’Université catholique Andrés Bello, redoutant l'”effet d’usure par abus de manifestations”.

“Il n’est pas facile de motiver les gens et de faire venir un million de personnes dans la rue”, soulignait récemment le président du Parlement Henry Ramos Allup, reconnaissant que la mobilisation “décroît” quand on appelle trop souvent à manifester.

D’autant que les Vénézuéliens ont encore en mémoire les rassemblements de 2014 exigeant le départ de Nicolas Maduro, qui s’étaient soldés par 43 morts selon le bilan officiel.

“Le gouvernement, dès qu’il le peut, montre les armes (…) et cela fait peur aux gens. Mais il faut prendre le risque sinon on n’obtient rien”, confie Alexander Guzman, commerçant de 64 ans.

Venezuela: l’opposition peine à remplir les rues de manifestantsDes Vénézuéliens manifestent contre le président Maduro, le 7 septembre 2016 à Los Teques
Venezuela: l’opposition peine à remplir les rues de manifestantsLe président vénézuélien Nicolas Maduro lors d’un rassemblement à Caracas, le 1er septembre 2016


Afrique360

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