Shimon Peres, homme de paix et père du programme nucléaire israélien

Shimon Peres, homme de paix et père du programme nucléaire israélien

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Jérusalem (AFP)-Shimon Peres, décédé mercredi à 93 ans, est connu pour ses efforts en faveur de la paix avec les Palestiniens, mais son rôle de “père” du programme nucléaire israélien pourrait constituer sa contribution la plus solide à son pays.

Dans les années 50, il a joué un rôle clé dans le développement des capacités nucléaires israéliennes, en concluant un accord secret avec la France qui a abouti à la construction du réacteur nucléaire de Dimona dans le désert du Néguev (sud), devenu opérationnel vers 1962.

Israël est considéré comme la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient mais l’Etat hébreu a toujours entretenu l’ambiguïté sur cette question en refusant de confirmer détenir un arsenal atomique.

Israël a produit, grâce au réacteur de Dimona, suffisamment de plutonium enrichi pour 100 à 200 têtes nucléaires selon Nuclear Threat Initiative, un groupe de réflexion américain.

Shimon Peres, qui a été président, deux fois Premier ministre, lauréat du prix Nobel de la paix en 1994 pour sa contribution aux accords d’Oslo, ne voyait aucune contradiction entre la main tendue aux Palestiniens et son action en faveur du programme nucléaire.

“Dimona nous a aidés à conclure à Oslo parce que les Arabes sont arrivés à la conclusion qu’il était très difficile de détruire Israël à cause de cela (le programme nucléaire)”, disait-il au Time Magazine en février.

– Programme prioritaire –

“De toute façon, nous n’avons menacé personne avec une bombe atomique et nous ne l’avons jamais testée”, a-t-il ajouté.

Shimon Peres avait été chargé de mener à bien le programme nucléaire par le chef du gouvernement d’alors David Ben Gourion alors qu’il était directeur général du ministère de la Défense.

Pour Ben Gourion, ce programme était prioritaire en raison de la hantise provoquée par l’Holocauste et de la guerre de 1948 avec les pays arabes voisins qui a accompagné la création d’Israël, estime l’historien Avner Cohen dans un livre intitulé “Israël et la bombe”.

L'”énergie illimitée” et les “qualités politiques” de Peres ont “constitué l’ingrédient nécessaire pour permettre à l’espoir mis dans le nucléaire de devenir réalité”, ajoute Avner Cohen.

Ben Gourion voyait en Peres “quelqu’un qui pouvait mener à bien la mission” qu’il lui avait confiée, estime pour sa part Ephraïm Asculai, un chercheur de l’Institut israélien pour les études sur la sécurité nationale.

Shimon Peres s’est tourné vers la France, principal allié d’Israël à l’époque, tout en gardant secrète cette coopération nucléaire aux yeux des Etats-Unis.

Dans un documentaire diffusé en 2001 par la télévision israélienne, Shimon Peres a admis que la France avait accepté de fournir une “capacité nucléaire” à Israël dans le cadre de négociations qui ont abouti à l’attaque menée par la France, la Grande-Bretagne et Israël contre l’Egypte lors de la crise de Suez en 1956.

– Arrangement secret –

En 1969, Israël aurait conclu un arrangement avec Washington aux termes duquel les dirigeants israéliens s’abstiendraient de faire des déclarations sur les capacités nucléaires de leur pays et ne procéderaient à aucun test, en échange de quoi les Etats-Unis s’engageaient à n’exercer aucune pression sur ce dossier.

Israël n’est pas signataire du Traité de non-prolifération nucléaire.

En lui rendant hommage, l’actuel Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait allusion à la contribution de Peres au programme nucléaire.

“En tant que champion de la défense d’Israël, il a renforcé nos capacités de bien des façons, dont certaines ne sont pas encore révélées”, a dit M. Netanyahu.

Cette politique nucléaire ne fait pas l’unanimité. Ceux qui la critiquent estiment qu’elle pousse les autres pays de la région à tenter de développer leur propre arsenal.

L’accord entre les grandes puissances et l’Iran sur le programme nucléaire de ce pays, ennemi numéro un d’Israël, visait à éviter ce scénario.

Israël continue malgré tout à maintenir le secret sur ce dossier.

Un ancien technicien de Dimona, Mordehaï Vanunu a été emprisonné en 1986 pour avoir révélé des informations sur les activités de ce site.

Enlevé à Rome par les services de renseignements israéliens, il a été transféré en Israël où il est resté plus de 10 ans en isolement total. Même après sa libération en 2004, il reste soumis à une série de restrictions dont une interdiction de s’entretenir avec des journalistes étrangers.

Shimon Peres, homme de paix et père du programme nucléaire israélienLe réacteur nucléaire de Dimona dans le désert du Néguev, le 8 mars 2014, dans le sud d’Israël
Shimon Peres, homme de paix et père du programme nucléaire israélienShimon Peres, leader du parti travailliste, dans son bureau le 21 juillet 1984 à Tel-Aviv où figure un grand portrait de David Ben Gourion
Shimon Peres, homme de paix et père du programme nucléaire israélienL’ancien technicien de Dimona, Mordehaï Vanunu, emprisonné en 1986 pour avoir révélé des informations sur les activités du site, le 9 décembre 2002 à Jérusalem


Afrique360

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