RDC: une juge dénonce des pressions lors d’un jugement contre Katumbi

RDC: une juge dénonce des pressions lors d’un jugement contre Katumbi

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L’affaire fait grand bruit en RDC. La juge Chantal Ramazani Wazuri dénonce des pressions qu’elle a subies pendant le procès pour spoliation immobilière qui visait Moïse Katumbi. La présidente du tribunal de paix de Kamalondo, à Lubumbashi, demande de ne pas considérer sa signature et met en cause l’Agence nationale des renseignements (ANR). Les réactions sont diverses. Madame Chantal est recherchée et les réseaux sociaux la situent déjà aux Etats-Unis.

Dans sa lettre au ministre de la Justice, et dont RFI s’est procuré une copie, Chantal Ramazani Wazuri, présidente du tribunal de paix de Kamalondo, à Lubumbashi, dénonce ce qu’elle appelle « des contraintes physiques et morales » exercées sur sa personne dans le procès de spoliation immobilière intenté contre Moïse Katumbi Chapwe.

Cette juge affirme qu’elle a été obligée de condamner l’opposant à trois ans de prison, entrainant ainsi l’inéligibilité de l’ex-gouverneur du Katanga au cas où il serait candidat à la présidence de la République. « J’ai été menacée de révocation et d’emprisonnement », écrit la juge Ramazani.

Des pressions exercées, selon la lettre, par l’ANR, le procureur général près la cour d’appel de Lubumbashi, et la présidence de la République. Elle fait ensuite état de toute une série d’irrégularités dans la procédure. Un dossier jamais examiné juridiquement, un prononcé rendu en moins de 24 heures, ou encore des faits prescrits depuis plus de 10 ans. En conclusion, la juge sollicite l’annulation dudit jugement.

L’ANR dénonce une machination politicienne

Réplique vigoureuse du collectif des avocats d’Emmanuel Stoupis, le Grec qui avait porté plainte contre Moïse Katumbi. C’est un montage pour discréditer la justice congolaise, déclare Me Clément Tshitembo. Pour sa part, la cour d’appel de Lubumbashi parle dans un communiqué de manipulation après de nombreuses tentatives de corruption des magistrats.

De son côté, l’ANR assure dans un communiqué que l’administrateur général, Kalev Mutond, directement mis en cause, n’a jamais eu de contacts avec la juge. L’Agence met en doute l’authenticité du document. Elle dénonce une véritable hérésie juridique, une machination politicienne pour dédouaner le candidat Moise Katumbi et demande à la justice qu’une enquête soit ouverte.

Pour le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, l’auteur de la missive ignore tout du droit congolais. « Je ne sais pas si un membre du gouvernement l’a reçu, mais le fait qu’elle est adressée au ministre de la Justice nous fait douter de son authenticité ou des qualités de juriste de son auteur, parce que le droit congolais n’établit aucune relation de dépendance structurelle entre le gouvernement et les juges du siège, explique-t-il à RFI.

Le supérieur hiérarchique des magistrats du siège comme Mme Ramazani, c’est le conseil supérieur de la magistrature, c’est-à-dire le président de la Cour suprême de justice. Rien que pour ça, on comprend qu’on a à faire à une manipulation, mais qui a raté son effet puisqu’on a adressé cette lettre à la mauvaise cible. »

La défense de Katumbi demande une enquête

Mardi 26 juillet, les avocats de Moïse Katumbi, eux, ont dénoncé devant la presse à Kinshasa les irrégularités dans ce procès et l’acharnement contre leur client. Maître Jacques Shesha, qui a assisté Moise Katumbi dans cette affaire, demande au gouvernement d’ouvrir une enquête pour établir, ou non, la culpabilité des personnes citées dans la lettre :

« Il ne suffit pas seulement de pouvoir contester l’authenticité du courrier, réagit-il au micro de RFI. Ce que le gouvernement devra faire, c’est au contraire ouvrir une enquête pour constater la véracité de ceux qui ont été dénoncés par Mme le juge président. […] Je pense que le gouvernement devra tirer toutes les conséquences de cette dénonciation. En tant qu’avocats de M. Katumbi, au départ, nous avions dénoncé toutes les pressions qui tournaient autour de cette affaire dans les salles d’audience et personne ne voulait nous croire, mais aujourd’hui, madame le juge président l’a elle même dénoncé. »

Pour l’instant, personne ne sait où se trouve la juge Ramazani, qui ne s’est pas exprimée depuis que la polémique a éclaté.

RFI


Afrique360

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