Législatives en Russie: l’opposition craint de descendre dans la rue

Législatives en Russie: l’opposition craint de descendre dans la rue

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Moscou (AFP)-Ilia Gouchtchine a passé plus de 900 jours en prison pour avoir manifesté contre Vladimir Poutine. Et avant les législatives de dimanche qui devraient consacrer l’emprise du parti présidentiel Russie unie, il sait que son exemple en dissuadera plus d’un de descendre dans la rue.

Le jeune Russe, 28 ans aujourd’hui, avait notamment participé à une manifestation en mai 2012, à la veille de l’investiture de Vladimir Poutine, réélu pour un 3e mandat présidentiel quelques semaines plus tôt.

Cette manifestation était intervenue après le déclenchement quelques mois plus tôt d’un mouvement de contestation lors des législatives de 2011. Des centaines de milliers de Russes étaient descendus dans la rue pour protester contre les fraudes lors du scrutin. Le mouvement avait duré jusqu’à la présidentielle et s’était achevé avec l’arrestation de dizaines d’opposants.

Ilia Gouchtchine avait lui écopé de deux ans et demi de prison, une peine disproportionnée destinée à décourager toute velléité de manifester, analyse le militant, sorti de prison à l’été 2015.

“Cela a prouvé à la société que les autorités sont prêtes à tout pour rester au pouvoir”, résume-t-il.

Dimanche, la Russie doit renouveler la Douma, la chambre basse du Parlement, lors d’un scrutin où le parti Russie unie de Vladimir Poutine est donné gagnant à l’avance.

Ces élections, peu suivies par la population, ne devraient pas être précédées de manifestations, au contraire de 2011.

– ‘Réprimer’ les manifestants –

Le 6 mai 2012, Ilia Gouchtchine, alors jeune diplômé, participe à une manifestation émaillée d’échauffourées dans le centre de Moscou, sur la place Bolotnaïa. Il est brièvement arrêté puis relâché.

Puis la vie reprend et de son propre aveu, Ilia “oublie” son passé de militant politique.

Neuf mois plus tard, la police se rend à son domicile et l’arrête.

Il fait partie des 30 manifestants arrêtés: parmi eux, des retraités, des étudiants, des militants politiques connus, accusés de violences contre les forces de l’ordre.

Leur procès, surnommé “l’affaire Bolotnaïa”, a été dénoncé par des organisations de défense des droits de l’Homme comme un “simulacre” de procès.

Certains des accusés, pour la grande majorité des citoyens ordinaires n’appartenant à aucun mouvement politique, ont écopé jusqu’à trois ans et demi de prison pour participation à des “troubles massifs”.

Des peines lourdes rendues possibles par les nouvelles lois durcissant le droit de rassemblement et de manifestation adoptées dès le début du 3e mandat de Vladimir Poutine.

“Ces amendements ont considérablement entravé le droit de libre réunion et ont augmenté de manière colossale les amendes pour ceux qui violent ces lois”, explique Tania Lokchina, responsable de l’antenne russe de l’ONG Human Rights Watch.

Les manifestations sur la place du Maïdan à Kiev, menant à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch début 2014 ont fortement influencé le Kremlin qui craint une répétition du scénario en Russie.

Du coup, “les autorités russes étaient encore plus résolues à réprimer les activistes”, estime Mme Lokchina.

– Des élections transparentes –

Sur le papier, avec une économie en récession et un niveau de vie en baisse, le Kremlin n’est pas dans les meilleurs conditions avant le scrutin de dimanche.

Mais de fait, Vladimir Poutine et, dans une moindre mesure, son parti Russie Unie, bénéficient d’une popularité considérable depuis l’annexion en mars 2014 de la péninsule ukrainienne de Crimée.

Et contrairement aux élections législatives de septembre 2011, dénoncées comme frauduleuses par les manifestants, le Kremlin semble cette fois vouloir donner au processus électoral plus de transparence.

Le président russe a ainsi placé à la tête de la commission électorale centrale l’ex-déléguée aux droits de l’homme auprès du Kremlin, Ella Pamfilova, pour remplacer Vladimir Tchourov, accusé par l’opposition d’avoir manipulé les résultats de plusieurs élections.

Mais si la grande majorité des partis ont eu le droit de participer, l’opposant numéro un au Kremlin, Alexeï Navalny, qui avait pris la tête des manifestations en 2011-2012, en a été exclu.

Or, l’opposition russe, déjà fortement affaiblie après le meurtre en février 2015 d’une de ses figures de proue Boris Nemtsov, peine à susciter l’engouement de ses anciens militants, comme Ilia Gouchtchine.

“Je suis prêt à prendre part à quelque chose qui en vaille la peine”, confie-t-il à l’AFP. “Mais ces derniers jours… je ne vois rien d’intéressant en politique.”

Législatives en Russie: l’opposition craint de descendre dans la rueHeurts entre policiers et manifestants à Moscou, le 24 février 2014, lors d’une rassemblement organisé pour dénoncer les sentences du tribunal à l’encontre de ceux qui avaient protesté contre les fraudes en 2012
Législatives en Russie: l’opposition craint de descendre dans la rueLe président russe Vladimir Poutin près de Novgorod, le 10 septembre 2016


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