Législatives en Russie: la Crimée annexée se prépare pour son premier vote

Législatives en Russie: la Crimée annexée se prépare pour son premier vote

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Simféropol (AFP)-A l’ombre des cyprès d’Alouchta, une station balnéaire de Crimée, des femmes en robes traditionnelles russes chantent “Je n’ai pas d’autre patrie”: la campagne électorale va bon train dans la péninsule annexée qui prend part pour la première fois à une élection russe.

“Un taux de participation élevé montrera le niveau de soutien à notre président Vladimir Poutine. Nous cherchons à dire à chaque citoyen qu’il faut venir voter et manifester ainsi notre unité”, explique à l’AFP Andreï Kozenko, vice-président du parlement local et candidat du parti pro-Kremlin Russie Unie.

Dimanche, ce seront les premières élections législatives russes pour les habitants de Crimée, péninsule ukrainienne annexée par les troupes russes puis rattachée en mars 2014 par la Russie à l’issue d’un référendum dénoncé comme illégal par Kiev et les Occidentaux.

En représailles à cette annexion, la Russie et la Crimée ont été durement frappées par des sanctions économiques américaines et européennes. La péninsule a aussi fait l’objet à plusieurs reprises de blocus de la part de l’Ukraine, dont elle était dépendante énergétiquement jusqu’à l’achèvement en mai d’un “pont électrique” avec le territoire russe.

Le gouverneur de Crimée, Sergueï Axionov, tête de liste de Russie Unie dans la région, se veut toutefois rassurant: “Nous pourrons percer tous les blocus”, est-il écrit sur ses affiches électorales, omniprésentes dans les rues.

Mais lors d’une réunion avec les riverains, M. Kozenko est bombardé par des questions sur le prix trop élevé de l’eau courante, le mauvais fonctionnement du réseau mobile ou encore le manque d’accès à des crédits immobiliers raisonnables.

– Peu de concurrence –

Les plaintes des électeurs sont nombreuses, mais le candidat Kozenko sait qu’au moment du vote, le choix pour les habitants sera limité et qu’il n’a pas trop à s’en faire.

Les seuls autres partis en lice, le Parti communiste (PC) russe et le Parti libéral démocrate (LDPR) ultranationaliste, sont tous deux loyaux au Kremlin.

“Dieu merci, aujourd’hui il n’y a pas de lutte politique”, souffle Andreï Kozenko, se souvenant des campagnes électorales acharnées de l’époque ukrainienne.

Les leaders des Tatars de Crimée, une importante minorité musulmane majoritairement opposée à l’annexion de la Crimée, ont pour leur part décidé de boycotter ces élections et appelé leurs partisans à suivre leur exemple.

Le Medjlis, l’assemblée des Tatars de Crimée qui représentent quelques 14% de population de la péninsule, a été interdit en avril par Moscou et plusieurs Tatars ont depuis été arrêtés pour “extrémisme”.

“Nous ne reconnaîtrons évidemment pas et ne participerons pas aux élections à la Douma d’Etat”, chambre basse du parlement russe, a assuré à l’AFP un militant tatar, Ilmi Oumerov.

Député et vice-président du Medjlis interdit, cet homme de 59 ans a récemment été libéré de l’hôpital psychiatrique où il avait été interné de force fin août, après avoir été accusé d’extrémisme par la justice russe.

Venir voter, “c’est d’un côté contribuer à la légitimation de la Russie en Crimée et de l’autre, soutenir les autorités qui répriment nos concitoyens”, dénonce Nariman Djelial, premier vice-président du Medjlis, pour expliquer l’appel au boycott des Tatars.

Ancien président du parlement de Crimée avant l’annexion, Léonid Gratch déchante, mais pour des raisons bien différentes.

“Nous l’avons voulu, nous en avons rêvé”, dit ce membre du parti communiste à propos du rattachement à la Russie.

“Mais en fin de compte, nous avons la pire des options, celle de la corruption”, estime-t-il en qualifiant de “bandits” les autorités de la péninsule.

Une amertume partagée par Vladimir, spécialiste en technologies internet. “On peut continuer de dire qu’ici c’est l’Ukraine, mais c’est la Russie qui contrôle tout maintenant”, dit-il à l’AFP avant d’ajouter: “Bien sûr, je n’irai pas voter”.

Législatives en Russie: la Crimée annexée se prépare pour son premier voteUne affiche électorale du gouverneur de Crimée, tête de liste du parti “Russie Unie”, le 10 septembre 2016 dans une rue de Simferopol
Législatives en Russie: la Crimée annexée se prépare pour son premier voteLe militant tatar Ilmi Oumerov lors d’une interview à l’AFP, le 11 septembre 2016 à Bakhtchissaraï, en Crimée
Législatives en Russie: la Crimée annexée se prépare pour son premier voteLéonid Gratch, ancien président du Parlement de Crimée avant l’annexion par la Russie, lors d’une interview à l’AFP, le 10 septembre 2016 à Simferopol


Afrique360

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