Italie: la folle semaine du Mouvement 5 Etoiles, inclassable rassemblement anti-partis

Italie: la folle semaine du Mouvement 5 Etoiles, inclassable rassemblement anti-partis

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Rome (AFP)-Le Mouvement 5 Etoiles (M5S), l’inclassable rassemblement anti-partis en Italie, vient de vivre sa plus folle semaine depuis sa percée en Italie en 2013 et pourrait pâtir du chaos régnant à Rome, où la maire Virginia Raggi peine à s’imposer.

Alors que le mouvement, qui recueillait près de 30% des intentions de vote dans les sondages cet été, ambitionne de diriger au plus vite le pays, sa nouvelle étoile, élue en juin première femme maire de la capitale italienne, n’arrive toujours pas à composer une équipe stable.

En fin de semaine dernière, Mme Raggi a perdu en 24 heures cinq membres importants de son équipe, dont son chef de cabinet, impliqué dans un scandale en raison de son salaire de près de 200.000 euros brut par an.

Le responsable financier de la mairie et les trois principaux patrons des deux sociétés municipales les plus critiquées par les Romains, chargées des transports publics (Atac) et du ramassage des ordures (AMA) ont pris le même wagon, victimes d’un règlement de comptes interne entre diverses factions du M5S.

Mais le pire s’est produit lundi, lors d’une audition parlementaire sur les problèmes liés aux déchets: Mme Raggi et Paola Muraro, responsable de la propreté de la ville, reconnaissent savoir depuis juillet que cette dernière faisait l’objet d’une enquête judiciaire pour violation des normes environnementales.

Aux yeux des militants et de la direction du M5S, ces près de deux mois de silence sur cette enquête représentent un “crime”: le mouvement a fait de l’honnêteté et de la transparence son arme principale dans la lutte contre les partis politiques traditionnels qu’il entend bien supplanter un jour au pouvoir.

Le comble est que Luigi Di Maio, pressenti pour diriger un futur gouvernement M5S, a reconnu avoir été mis au courant mais n’avoir rien dit parce qu’il n’avait “pas compris” le mail l’informant de l’enquête.

– Un coup pour le M5S –

“Le M5S s’est trompé quasiment sur toute la ligne et il paye le prix de l’illusion de penser que pratiquement n’importe qui peut gérer Rome, alors que les trois années d’expérience comme conseillère municipale de Mme Raggi sont largement insuffisantes”, a déclaré à l’AFP Gianfranco Pasquino, professeur de sciences politiques à la John Hopkins School de Bologne.

“Ce qui s’est produit joue un rôle dans l’opinion des Italiens et certains de ceux qui s’apprêtaient à voter pour le M5S pourraient renoncer”, a-t-il ajouté. Le Mouvement pourrait perdre la partie la plus mouvante de son électorat, formé surtout de tous ceux qui votent davantage par dépit que par conviction.

Outre le mouvement, Mme Raggi sort elle aussi affaiblie: pour apaiser ses détracteurs internes, elle a dû abandonner deux de ses proches collaborateurs. Et elle reste étroitement surveillée par le directoire du M5S et son fondateur, le comédien Beppe Grillo.

Ce dernier n’a d’ailleurs pas voulu la rencontrer jeudi, alors qu’il était de passage dans la capitale, signe de la dégradation des rapports entre les deux.

“Pour la première fois depuis que le mouvement existe, une moitié de ses sympathisants est très critique sur la manière dont l’affaire romaine a été gérée. Cela représente une nouveauté absolue car jusqu’à présent l’électorat du mouvement a toujours défendu ses choix”, déclare Antonio Noto, directeur de l’Institut de sondage IPR Marketing au quotidien Il Messaggero.

Malgré l’armistice entre les différentes factions du M5S pour ne pas faire sombrer la municipalité vitrine du mouvement, le problème de fond reste entier: l’incapacité de Mme Raggi comme de ses prédécesseurs des partis classiques de résoudre les principales préoccupations des Romains, à commencer par le transport, une nouvelle fois paralysé depuis le début de la semaine par manque de bus.

Et le calvaire de Mme Raggi n’est pas fini: elle a dû renoncer jeudi à son candidat au poste de responsable des finances, celui-ci étant impliqué dans une enquête pour abus de pouvoir.

Dans la presse vendredi, un dessin humoristique intitulé “Mais où trouver à Rome quelqu’un qui ne fasse pas l’objet d’une enquête ?”… montrait un pape François refusant de répondre au téléphone.


Afrique360

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