Hong Kong: arrivée de protestataires au Parlement

Hong Kong: arrivée de protestataires au Parlement

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Hong Kong (AFP)-Deux ans après le début de la “révolte des parapluies” en faveur de la démocratie, Hong Kong va explorer des terres politiques inconnues avec l’entrée au Parlement d’anciens protestataires qui n’excluent pas un divorce avec la Chine.

Les premières élections importantes depuis les immenses manifestations de 2014 début septembre vont permettre l’intronisation de députés “rebelles” alors que de plus en plus d’habitants ont le sentiment que la Chine resserre son emprise sur l’ancienne colonie britannique.

Hong Kong a été rétrocédé à Pékin en 1997 aux termes d’un accord qui lui octroyait des libertés inconnues sur le continent, selon le principe “Un pays, deux systèmes”, en théorie jusqu’en 2047.

Beaucoup ont cependant l’impression que ces libertés sont menacées.

La révolte prodémocratie, qui tient son nom des parapluies dont se sont servis les manifestants pour se protéger des tirs de gaz lacrymogène le 28 septembre 2014, a représenté un tournant.

Malgré une mobilisation très forte et pour l’essentiel pacifique, destinée à réclamer un véritable suffrage universel pour l’élection du chef du gouvernement hongkongais en 2017, Pékin a refusé de céder le moindre centimètre carré de terrain.

Des protestataires se sont interrogés sur la pertinence de ce mode d’action et le message s’est radicalisé. Au moins cinq députés nouvellement élus réclament l’autonomie, voire l’indépendance, une notion encore taboue en 2014 et en tout cas étrangère aux démocrates traditionnels.

A 23 ans, Nathan Law, un des leaders du mouvement des parapluies, est le plus connu des nouveaux entrants au Conseil législatif (LegCo), qui prendront officiellement leurs fonctions à la mi-octobre, et le plus jeune député de Hong Kong.

Demosisto, le nouveau parti qu’il a fondé avec Joshua Wong, autre visage des parapluies, irrité par l’intransigeance des autorités, demande l’autodétermination de Hong Kong, mais n’exclut pas la possibilité d’indépendance

“Nous ne demandons pas l’indépendance mais les Hongkongais doivent pouvoir choisir leur propre avenir. L’indépendance est une option”, a déclaré Nathan Law à l’AFP.

Eddie Chu, 38 ans, un écologiste connu pour son combat contre la destruction de l’héritage architectural de Hong Kong et les promoteurs immobiliers, est également un ancien de 2014.

Il dit qu’il est temps de “reprendre le droit” à l’autodétermination puisque tout le reste a échoué.

– Un avenir ‘chaotique’? –

“Du changement constitutionnel à la recherche de l’indépendance, tout est acceptable pour moi”, explique-t-il à l’AFP.

Eddie Chu paye un prix personnel élevé pour ses convictions. Victime de menaces de mort, il a dû quitter son logement avec sa famille et vit sous protection policière.

La Chine a averti qu’elle ne tolèrerait pas que l’indépendance soit discuté “dans et en dehors” du LegCo.

Le gouvernement local, accusé d’être la marionnette de Pékin, avait interdit aux indépendantistes les plus virulents de se présenter aux législatives. En raison d’un système électoral favorable à Pékin, l’establishment a toujours 40 sièges contre 30 au camp prodémocratie au sein du LegCo.

Si les nouveaux élus ont dit qu’ils allaient baisser le ton, les analystes prédisent des accrochages.

“Les indépendantistes vont se servir de toutes les questions pertinentes pour marteler leur position”, dit le politologue Joseph Cheng. Le LegCo va connaître une première année “chaotique et difficile”.

Les partisans du statu quo vont s’unir contre le discours indépendantiste tandis que les nouveaux élus risquent d’être contredits par leur propre camp, où les démocrates traditionnels ont toujours leur mot à dire, juge M. Cheng.

L’opinion espère elle que les nouveaux élus avanceront sur toute une série de questions sociales restées en plan les années précédentes, comme l’offre de logements abordables dans une ville où le mètre carré est exorbitant.

Mais les lignes de faille sont plus creusées que jamais et les progrès difficiles à obtenir.

Pour Willy Lam, analyste politique, il est fort possible que les nouveaux députés fassent de nouveau appel à la rue si les choses n’avancent pas au LegCo.

“Ils ont laissé entendre qu’ils utiliseraient des méthodes non violentes mais la possibilité d’affrontements terribles entre la nouvelle garde et la police ne peut être exclue”, poursuit-il.

Hong Kong: arrivée de protestataires au ParlementAlexandra Wong, retraitée pose devant des barricades érigées pour le deuxième anniversaire de la révolution des parapluies à Hong Kong le 27 septembre 2016
Hong Kong: arrivée de protestataires au ParlementDes manifestants pro-démocratie, le 4 octobre 2014, allongés dans les rues de Hong Kong lors de la “révolte des parapluies”


Afrique360

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