Dilma Rousseff, l’éternelle guérillera

Dilma Rousseff, l’éternelle guérillera

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Brasilia (AFP)-Eternelle combattante plus qu’habile politicienne, Dilma Rousseff a survécu à la torture dans les geôles de la dictature militaire avant d’être élue première femme à la présidence du Brésil, dont elle a été destituée mercredi par le Sénat.

La première fois qu’elle avait affronté un procès a été immortalisée sur une photo noir et blanc de 1970 passée la postérité, où la jeune guérillera marxiste défie du regard ses juges militaires sous la dictature.

Peu auraient alors imaginé que cette jeune rebelle en jeans et tee-shirt, surnommée “papesse de la subversion” par la junte au pouvoir, deviendrait un jour la première femme à présider le plus grand pays d’Amérique latine.

Et encore moins que, quatre décennies plus tard dans un Brésil démocratisé, elle serait jugée une seconde fois, cette fois par le Sénat, lors d’un procès en destitution pour maquillages des comptes publics.

Fidèle à sa trajectoire, Mme Rousseff, 68 ans, a administré mardi une ultime mais vaine leçon de combativité en assurant elle-même sa défense face à ses accusateurs, pendant plus de 14 heures.

La voix calme mais déterminée, elle a affirmé avoir “la conscience tranquille de n’avoir commis aucun crimes de responsabilité” et fustigé “un coup d’Etat parlementaire visant à élire indirectement un gouvernement usurpateur” au mépris des 54 millions de Brésiliens qui l’ont réélue en 2014.

– ‘Peur de la mort’ –

Évoquant les années sombres de sa détention, la voix brisée à deux reprises par l’émotion, elle a confié : “J’avais peur de la mort, des séquelles de la torture dans mon corps et mon âme (…) mais je n’ai pas cédé. J’ai résisté. Aujourd’hui, je n’ai peur que de la mort de la démocratie”.

Dilma Rousseff a accédé au pouvoir en 2010, sous les couleurs du Parti des travailleurs (PT, gauche) fondé par son mentor, l’ouvrier syndicaliste Luiz Inacio da Lula, parvenu au terme de ses deux mandats présidentiels.

Jouissant d’une énorme popularité, Lula avait réussi à l’imposer au sein du PT et à la faire élire par les Brésiliens, qui connaissaient à peine cette économiste née à Belo Horizonte d’un immigrant bulgare et d’une mère professeure.

Lula avait été séduit par la force de travail et la rigueur de cette femme de caractère à la voix rauque, dont il avait fait sa ministre des Mines et de l’Energie puis sa chef de cabinet.

Les Brésiliens apprendraient vite à connaître et d’abord à apprécier “Dilma”, qui n’hésitait pas à réprimander ses ministres en public.

Au début de son premier mandat, Dilma Rousseff afficha une popularité de 77%, qui plongera cinq ans plus tard à un plancher historique de 13%.

Que s’est-il passé?

Dès le milieu de son premier mandat, l’économie brésilienne commence à montrer d’inquiétants signes d’essoufflement. Et Mme Rousseff persiste dans une politique de soutien à l’économie coûteuse et sans effet. Son interventionnisme suscite la défiance croissante des milieux d’affaires.

Combative, solide technicienne, elle s’est avérée dépourvue du talent politique naturel de son mentor Lula.

Affichant un souverain mépris envers le Parlement, où elle devait pourtant composer avec une coalition hétéroclite, elle s’est peu à peu isolée.

Retranchée à la présidence comme dans un bunker dont elle ne sortait que pour participer à des actes protocolaires ou effectuer ses 50 minutes quotidiennes de promenade matinale à vélo dans les rues de Brasilia, elle n’accordait pratiquement jamais d’interviews.

Elle a été réélue de justesse en 2014 au terme d’une campagne agressive qui a laissé un goût amer dans la bouche de ses adversaires.

Sitôt élue, la fronde des franges conservatrices des partis centristes de sa coalition, les révélations dévastatrices du scandale de corruption Petrobras, qui éclabousse le PT et ses alliés, et l’entrée du Brésil dans une profonde récession économique la fragilisent considérablement.

Elle s’aliène également du PT et son propre électorat, en reniant ses promesses électorales de ne pas engager le Brésil sur la voie de l’austérité.

– Isolée –

Sitôt réélue, elle nomme au contraire le banquier Joaquim Levy au ministère de l’Économie, et le charge de mettre en œuvre un sévère programme d’ajustement budgétaire.

De plus en plus isolée, incapable de faire voter ses lois au Parlement, elle a fini par se couper du pilier de sa coalition, le PMDB (centre droit) de son vice-président Michel Temer, qui lui a reproché de le traiter en “vice-président décoratif”.

Ce redoutable cocktail lui sera fatal.

Au point que de nombreux sénateurs ont reconnu ces derniers jours qu’ils la condamnaient “pour l’ensemble de son œuvre” plus que pour les accusations juridiquement fragiles de tours de passe-passe budgétaires pour lesquelles elle comparaissait officiellement.

Pour ses détracteurs, “Dilma passera à l’histoire comme une figure ambigüe, une mauvaise gestionnaire, une mauvaise gouvernante qui n’a pas su dialoguer avec le Parlement et qui porte la responsabilité de la situation économique”, commente pour l’AFP, Michael Mohallem, analyste et professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas.

Maintenant que le couperet est tombé, elle devrait quitter immédiatement Brasilia pour rejoindre son domicile de Porto Alegre (sud) où vivent sa fille et ses deux petits-fils.

Ses fidèles retiendront l’image de la courageuse “guerrière du peuple brésilien” qui meurt mais ne se rend pas.

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