Bosnie: un Serbe aux portes de la mairie de Srebrenica

Bosnie: un Serbe aux portes de la mairie de Srebrenica

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Srebrenica (Bosnie-Herzégovine) (AFP)-Vingt-et-un ans après la mort de son frère dans le massacre de Srebrenica, Sehida Abdurahmanovic attend avec angoisse les municipales bosniennes dimanche: un Serbe pourrait prendre la mairie de la ville martyre.

Srebrenica est un résumé exacerbé d’un pays divisé entre communautés vivant les unes à côté des autres, toujours méfiantes plus de deux décennies après une guerre qui a fait 100.000 morts et deux millions de déplacés (1992-95).

Cette année, la tension est renforcée par la décision quasi unanime des Serbes de Bosnie le 25 septembre de continuer à fêter leur propre “fête nationale”, lors d’un référendum considéré comme illégal par Sarajevo.

Les Serbes de Srebrenica y ont participé. La ville, coincée entre les montagnes, est en Republika Srpska, l’entité serbe du pays, mais est dirigée depuis 1999 par un musulman.

Tout le monde se connaît dans cette commune de l’est de la Bosnie-Herzégovine, dont de nombreuses maisons conservent les stigmates de la guerre. Les deux communautés envoient leurs enfants dans les mêmes écoles, se croisent dans la rue, rarement dans des cafés, étiquetés “serbes” ou “bosniaques”.

Avant la guerre, Srebrenica et ses villages comptaient 37.000 habitants, dont 27.000 Bosniaques et 8.300 Serbes. Ils ne sont plus que 5.000 à 6.000, à peu près autant de Serbes que de musulmans, dans cette ville sinistrée économiquement, théâtre du pire massacre sur le sol européen depuis la Deuxième guerre mondiale.

Alors qu’ils fuyaient l’enclave, quelque 8.000 hommes et adolescents bosniaques y avaient été assassinés en quelques jours de juillet 1995 par les forces serbes de Bosnie de Ratko Mladic.

-‘Le temps n’est pas venu’-

Le corps de Meho Hasanovic n’a jamais été retrouvé: “Je pense que le temps n’est pas venu pour qu’un Serbe soit maire à Srebrenica, parce que c’est une ville dans laquelle un génocide a été commis”, explique sa soeur, Sehida Abdurahmanovic, dont la maison est proche du mémorial où 6.600 dépouilles sont inhumées.

Son mari, Jakub, a également été tué, en mai 1992, après avoir été enlevé dans leur appartement par des paramilitaires serbes. “Un maire serbe, ça ne serait pas bien moralement et ça ne serait pas juste”, insiste cette sexagénaire énergique aux yeux bleus vifs.

Le maire sortant Camil Durakovic, un rescapé de 37 ans, dirige la ville depuis six ans. Selon l’entourage des deux candidats, son adversaire Mladen Grujicic, 34 ans, est mieux placé. Lui a perdu son père, tué par les forces bosniaques “alors qu’il essayait de garder sa maison”, dit-il. Quelque 3.200 Serbes ont été tués dans la région de Srebrenica, selon leurs associations.

Depuis les affiches placardées, un troisième homme regarde les enfants sur le chemin de l’école: l’ultranationaliste serbe Vojislav Seselj.

Pour les Bosniaques, malgré son acquittement par la justice internationale, il est un des chantres de l’épuration ethnique. “Srebrenica entre des mains sûres”, lit-on sous le visage du Serbe, persona non grata en Bosnie-Herzégovine, qui a fait campagne à distance pour Grujicic.

– Génocide, mot tabou –

Celui-ci est membre du SNSD, parti du patron des Serbes de Bosnie Milorad Dodik, adepte de la rhétorique nationaliste. Mais tous les partis serbes le soutiennent. Tout comme Durakovic est appuyé par l’ensemble des formations bosniaques. Il s’agit d’un duel entre communautés même si les candidats promettent qu’ils agiront au bénéfice de tous.

Pour Camil Durakovic, la victoire du Serbe serait “fatale et désastreuse”, marquerait la “fin définitive” à la présence bosniaque. Il lui suffira de “nier publiquement les faits de génocide et ça fera fuir les Bosniaques”, dit-il à l’AFP. Mladen Grujicic, professeur de chimie, affirme vouloir “arrêter les départs constants des habitants des deux communautés”.

Il admet que “le crime contre les Bosniaques a eu lieu”, “ça se voit et on le sait”. “Mais je laisse aux institutions compétentes le soin de le qualifier”, poursuit-il.

Accepter qu’il se soit agi d’un acte de génocide, comme le considère la justice internationale, lui aliénerait les Serbes: “Les crimes ont été commis ici contre les deux communautés. Vivra-t-on mieux à Srebrenica si je dis que c’était un génocide?”

Bosnie: un Serbe aux portes de la mairie de SrebrenicaLe maire de Srebrenica, Camil Durakovic, le 20 septembre 2016, à New York, lors d’un débat organisé par une ONG de la Fondation Clinton
Bosnie: un Serbe aux portes de la mairie de SrebrenicaDes survivants du massacre de Srebrenica, prient devant les cercueils de leurs proches tués en 1995 par les forces serbes de Bosnie, le 11 juillet 2016


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