Birmanie: aux pourparlers de paix, des costumes traditionnels pour armes

Birmanie: aux pourparlers de paix, des costumes traditionnels pour armes

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Naypyidaw (Birmanie) (AFP)-Fruits, piquants de hérisson ou pièces en argent… En arborant leurs costumes traditionnels aux pourparlers de paix organisés cette semaine en Birmanie, les nombreuses rébellions ont affiché leurs particularismes au sein de la mosaïque ethnique birmane.

Loin du treillis de mise sur le terrain par des guérillas défiant l’armée dans le nord et l’est du pays, à Naypyidaw, la capitale administrative birmane, les centaines de membres des délégations rebelles ont constitué une marée humaine multicolore.

Avec une dimension politique derrière le folklore de ce défilé de costumes traditionnels, hérités d’ancêtres s’étant avant eux battus pour défendre leurs terres et leurs exceptions culturelles.

“Je porte ce costume parce que je veux montrer à quel point il y a une diversité d’ethnies dans ce pays”, explique à l’AFP Aye Aye Mu, députée représentant l’ethnie chin.

Sa coiffe traditionnelle est ornée de piquants de hérisson, de plumes et de fruits exotiques.

“Les hérissons utilisent leurs piquants comme une arme pour se défendre. De la même façon, notre peuple l’utilise comme un symbole de la protection de nos droits”, explique-t-telle, en marge des tables rondes organisées jusqu’à ce week-end sur les moyens de parvenir à un cessez-le-feu national.

La prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, aujourd’hui chef du gouvernement, affiche comme une priorité le règlement de ces conflits locaux.

Elle a promis devant les délégués réunis à Naypyidaw de transformer la Birmanie en Etat fédéral, une fois la paix signée avec tous.

Mais nul ne se fait d’illusion: aucun accord ne sera signé cette semaine, et ces pourparlers inédits sont les premiers d’une longue série, déjà planifiée par le gouvernement tous les six mois.

– Plus long conflit au monde –

Car les conflits ethniques ne datent pas d’hier, ils se poursuivent depuis 70 ans, en faisant le mouvement de rébellion le plus vieux au monde.

La Birmanie est en proie à ces guerres depuis son indépendance de l’Empire britannique en 1948, de nombreuses minorités ayant pris les armes pour tenter d’obtenir plus d’autonomie face à un gouvernement qui les a longtemps ignorées.

Si, avec leurs costumes, les représentants rebelles ont le sens de la référence historique, Aung San Suu Kyi, vêtue en toute occasion du longyi traditionnel, jupe longue portée aussi bien par les hommes que par les femmes, l’a aussi.

Les pourparlers de paix ont été baptisés “Panglong du XXIe siècle”, en référence à un accord historique auquel était parvenu en 1947 le général Aung San, père d’Aung San Suu Kyi et héros de l’indépendance birmane vis-à-vis de la puissance coloniale britannique.

Il avait réussi à faire signer par les principales rébellions cet accord jetant les bases d’un système fédéral mais son assassinat quelques mois plus tard a rendu l’accord caduque.

Lors des décennies de junte militaire ayant suivi, aucun accord de paix national n’a ensuite été trouvé.

Dans la foule des délégués réunis aujourd’hui par la fille du général Aung San, Natalina, de l’ethnie Akha, espère que le “Panglong du XXIe siècle” aboutira enfin.

Originaire de l’Etat Shan, dans l’est du pays, elle s’est déplacée avec sa précieuse coiffe traditionnelle, signe de l’importance qu’elle donne à ces pourparlers.

Sa coiffe est chargée de roupies indiennes, de perles de couleur et d’une lourde chaîne en argent qui lui tombe dans le cou. “C’est un costume difficile à entretenir et c’est très cher. Mais je le porte ici, car c’est très précieux pour mon peuple”, explique-t-elle, assurant que l’ensemble vaut plus de 9.000 euros.

Elle arbore ce costume, noir à motifs géométriques rouge et bleu, non pas en signe de défi à l’autorité centrale, dit-elle, mais “pour donner tout son sens à la paix” à laquelle elle espère parvenir.

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