Après les coups d’Etat militaires, l’Union africaine à l’épreuve des coups d’Etat...

Après les coups d’Etat militaires, l’Union africaine à l’épreuve des coups d’Etat civils

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L’ordre du jour du sommet de l’Union africaine (UA), qui doit se tenir les 16 et 17 juillet à Kigali, est très chargé. Mais il est un thème sur lequel il devrait se plonger en priorité : l la question de l’alternance politique et du transfert pacifique du pouvoir. Le sommet offre aux chefs d’Etat l’occasion d’actualiser leur position. Leurs opinions publiques l’espèrent.

Lors des sommets d’Alger et de Lomé, en 1999 et en 2000, ces dirigeants avaient pris des résolutions condamnant toute prise du pouvoir par des voies anti-constitutionnelles. En leur temps, ces résolutions furent saluées comme de grandes avancées démocratiques. En accord avec l’acte constitutif de l’UA, un coup d’Etat entraîne automatiquement la suspension du pays concerné des instances de l’organisation. Cela jusqu’à la restauration de l’ordre constitutionnel.

Mauvaise gouvernance enrobée d’arrogance

Aujourd’hui, plusieurs raisons poussent à enrichir ces résolutions adoptées il y a plus de quinze ans. La condamnation d’un coup d’Etat ne suffit pas, à elle seule, à résoudre les problèmes si l’UA ne met pas en place des actions préventives contre les verrouillages de l’espace politique.

Des verrouillages qui fossilisent les systèmes politiques, marginalisent les partis et déstabilisent le secteur privé national et étranger.

Il convient de se pencher sur les véritables causes d’un coup d’Etat militaire dont la plus fréquente est une mauvaise gouvernance enrobée d’arrogance.Une gouvernance qui ne laisse aucun espoir d’alternance pacifique au pouvoir et se manifeste par l’exclusion ethnique ou sociale et une corruption endémique. Enfin les trafics, en particulier de drogue et la masse d’argent véhiculée, pervertissent les systèmes politiques.

A ces maux s’ajoute, la suppression de la limitation du nombre des mandats présidentiels qui quand elle existe exacerbe davantage les tensions et lubrifie les canaux des recrutements djihadistes.

Dynasties politiques

Il est exceptionnel que l’UA ou ses partenaires extérieurs condamnent ces coups d’Etat constitutionnels menés par des leaders déterminés à s’ancrer au pouvoir. Cependant, dans un monde toujours plus connecté, les Africains ne se sentent plus intimidés. Comme d’autres peuples, naguère soumis aux systèmes des partis uniques, ils abhorrent autant les tripatouillages des élections que celui des Constitutions.

Respectabilité et influence

Comme l’ont prouvé des changements non constitutionnels récents – coup d’Etat de février 2010 au Niger et révolution populaire en octobre 2014 au Burkina Faso –, les sanctions de l’UA ne constituent pas une dissuasion suffisamment puissante pour décourager des populations et des oppositions déterminées à se libérer de régimes jugés imposteurs.

Les partenaires de développement ne peuvent continuer à laisser aux seuls Etats-Unis la promotion et la défense de la démocratie et des libertés. Cette défense mérite d’être au moins transatlantique et de faire l’objet d’une approche consensuelle des puissances démocratiques et de pays qui investissent largement en Afrique, Chine et Turquie par exemple. Lesquels y gagneront en respectabilité et donc en influence.

Equilibrer les condamnations

Il serait plus sage d’équilibrer la condamnation de ces coups d’Etat par une pareille condamnation des hold-up électoraux. Le statu quo actuel comporte le risque de figer les pays dans un cycle infernal de putschs militaires en réaction à des putschs civils.

A Kigali, les leaders africains devraient commencer par adopter des mesures préventives qui permettent d’alerter, de suspendre et enfin d’exclure les régimes qui ne respectent pas leurs propres règles électorales. Le sommet sera ainsi l’occasion de s’accorder sur une définition plus complète du coup d’Etat.

Celle-ci devra naturellement inclure toute prise du pouvoir par les forces armées au détriment d’un régime élu démocratiquement. Elle devra également inclure les parodies électorales ainsi que les amendements constitutionnels de convenance destinés à perpétuer au pouvoir un homme ou son clan.

Ave le Monde Afrique


Afrique360

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