Vers une révocation du francs CFA

Vers une révocation du francs CFA

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« Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. À qui profite le franc Cfa ? ». C’est le titre d’un pavé que les économistes africanistes se préparent à sortir. Cette charge qui est un procès en règle contre la monnaie africaine, repose avec acuité le débat sur l’utilité du Cfa

Vendredi 30 septembre2016, lors de la conférence de presse organisée à l’issue d’une rencontre des ministres des finances de la zone franc à Bercy, ministres et gouverneurs de banques n’ont pas voulu trancher le débat sur l’opportunité du franc Cfa. Quelques jours auparavant, c’est le Secrétaire général adjoint de l’Onu et secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, qui avait mis le pied dans le plat.

Selon, Carlos Lopes, cette monnaie utilisée par 14 pays africains « n’est pas adaptée à la conjoncture internationale ». En termes, non-diplomatiques, le franc Cfa appauvrit les économies africaines et ne font pas émerger les pays qui l’utilisent. « Il faut vraiment une discussion sur la zone franc. Aucun pays au monde ne peut avoir une politique monétaire immuable depuis 30 ans. Cela existe dans la zone franc. Il y a donc quelque chose qui cloche », a-t-il déclaré.
Réunis à Paris autour du ministre français des Finan
ces, Michel Sapin, certains ministres africains ont défendu le maintien du franc Cfa . Leurs arguments résident dans la constance et la résistance aux chocs économiques de cette monnaie utilisée par quatorze pays de l’Afrique de l’Ouest et centrale, à laquelle s’ajoutent les Comores. Par contre, de nombreux économistes africains et européens ont plusieurs fois remis en cause le système monétaire du franc CFA et réclamé l’abandon de la monnaie. Parmi eux, l’ancien ministre togolais de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques, Kakpo Nubukpo , qui demande l’ouverture d’un débat sur un modèle qui, selon lui, « n’a pas tenu ses promesses et plombe le développement de nos pays ». « Je ne pense pas que nos pays puissent se développer en pratiquant la politique monétaire de l’Allemagne. Or la situation est bien celle-là. Notre arrimage à l’euro nous contraint à pratiquer la politique monétaire d’un pays fort dans des économies faibles. Cela revient à taxer les exportations et à subventionner les importations », confie Kakpo Nubukpo.

Selon l’économiste, le bilan de ces soixante-dix dernières années est dramatique : la productivité des économies africaines demeure très faible. Ainsi, à l’exception de la Côte d’Ivoire qui bénéficie des revenus du cacao, toutes les balances commerciales des pays d’Afrique de l’Ouest sont fortement déficitaires. L’arrimage du franc Cfa à l’Euro, soutient l’économiste togolais, a un effet anesthésiant, car même en gérant mal les économies, les gouvernants sont sûrs que Paris sera toujours là pour couvrir leurs errements.

« Un siphonage des ressources domestiques vers Paris et les autres capitales européennes »
« Cette stabilité monétaire aurait pu permettre de faire des réformes structurelles. Ce n’est pas ce qui s’est produit. Le développement n’est pas là et l’enfermement dans une parité fixe nous contraint à un rationnement du crédit, alors que nous avons besoin d’investir. Entre ce verrou monétaire et les contraintes budgétaires [il existe un objectif de déficit public de 3 % du PIB comme dans la zone euro], le financement de nos politiques publiques repose uniquement sur les flux d’aide au développement. Nous n’avons aucune marge de manœuvre », observe Nubukpo.

Selon, les économistes, le Cfa avantage les grands groupes français qui peuvent opérer dans la zone sans risque de change et en rapatriant sans limites leurs bénéfices. Pour un groupe comme Bolloré par exemple, qui opère dans de nombreux ports africains, on peut imaginer que cela représente des sommes importantes. Il existe une logique de pré carré. Le franc Cfa permet également à Paris d’exercer une forme de « soft control » sur la manière dont ces pays se développent dans un contexte de concurrence exacerbée avec notamment l’arrivée de la Chine sur le continent. Cette dimension est prépondérante, car la réalité économique montre que les principaux partenaires commerciaux de la France ne sont pas dans la zone franc. Ce système entraîne aussi un siphonage des ressources domestiques vers Paris et les autres capitales européennes. Puisque il n’y a pas de limites à la convertibilité, les élites locales ont tout loisir de placer leur argent sur un compte étranger ou d’acheter un appartement parisien.

Une survivance coloniale
Mais, pour le gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao), Thiémoko Meyhet Koné, « les difficultés que rencontrent les14 pays de la zone ne sont pas liées à la monnaie. Elles s’expliquent par le choc créé par la chute des matières premières. » Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, sur la base d’études régulières réalisées par son institution, a également assuré que le franc Cfa n’était « ni sous-évalué, ni surévalué » et qu’il offrait « une protection contra cyclique à ces pays ». « Le fruit est mûr, il faut le cueillir. Le franc Cfa , en tant que survivance coloniale, est, parmi d’autres éléments, l’un des instruments de maintien en place de régimes ‘hors-sol’, comme suspendus à l’ancienne métropole au-dessus de leurs propres peuples. Il permet aux élites fortunées de bénéficier d’un accès privilégié au marché mondial par une monnaie « aussi bonne » que l’euro. Sans le CFA, l’importation des marchandises dont les classes dirigeantes des PAZF [pays africains de la zone franc] ont besoin pour leur propre consommation et pour se maintenir en position dominante seraient hors de prix. Les élites de ces pays peuvent également valoriser leur fortune en euros très facilement et sans risque de change. Cette monnaie postcoloniale contribue ainsi à entretenir des écarts abyssaux de fortune et de puissance entre les gens ordinaires et les classes dirigeantes », analyse Bruno Tinel,l’un des auteurs de l’ouvrage.

aCotonou

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