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Supposée gestion hasardeuse du microcrédit sous Yayi : De quoi parle Denise Atioukpè

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Au détour d’une rencontre dont elle était la marraine, le week-end écoulé à Dassa-Zoumè, la directrice générale du Fonds national de la microfinance (Fnm), s’est permise des insinuations abracadabrantes au sujet du programme microcrédit sous l’ancien chef de l’Etat, Yayi Boni.  En effet, Denise Atioukpè, a déclaré que "les fonds annoncés comme impayés par le régime précédent, ne sont pas tous allés aux bénéficiaires" et que " les enquêtes sur le terrain lors des tournées de prise de contact avec les bénéficiaires des micros crédits, révèlent effectivement que les milliards de francs Cfa annoncés au titre des impayés ne sont pas allés aux populations cibles". " Les femmes de Savè par exemple, ont un taux de remboursement de 99% mais sont encore créditées d'un fort taux d'impayés", a-t-elle dénoncé. A écouter la Dg/Fnm, on peut se demander si elle sait de quoi elle parle. A-t-elle tous les éléments d’analyse à sa possession ?

En tenant de tels propos urbi et orbi, on peut supposer que la Dg/fm est dans le secret des dieux. Sinon comment comprendre que le gouvernement de Patrice Talon se fait toujours désirer sur l’état des lieux qu’il s’est pourtant engagé à faire dans le secteur. D’aucuns diront qu’il y a eu une mission d'audit par Canal Audit mais en réalité c’était de  l'amalgame. Jamais, les constats et opinions n’ont été partagés avec les audités avant que le rapport ne soit déposé. Et vlan ! On a amplifié la thèse de détournement de denier sans  en apporter jusque-là des preuves. Dans la logique des nouvelles autorités du pays, si une institution n'affiche pas de bonnes performances, le Fnm ne devrait pas lui allouer de nouvelles ressources. Or, partir sur cette base, c'est sans savoir que le Fnm ne décide pas comme ça de la suspension ou non d'un Système financier décentralisé (Sfd). Ce sont des décisions qui ont des retombées énormes sur les populations. La preuve le département de l'Ouémé en souffre depuis plus de 4 voire 5ans car Asmab qui était le Sfd partenaire stratégique du Fnm dans ce département était contre-performant. Mais à la surprise de tous, à l'annonce de l'introduction du projet de révision de la Constitution à l'Assemblée nationale, le Fnm a reçu l'autorisation de reprendre les interventions dans les mêmes conditions que par le passé, sans qu'aucune réforme ne soit faite. Alors, pourquoi d’avril 2016 à mars 2017, le régime de la Rupture a-t-elle décidé de bloquer lesdites interventions ? Qu'est-ce qui justifie cette précipitation ?

Tenez ! Quand le 25 janvier dernier, le gouvernement, en conseil des ministres dénoncé des « impayés » de 16,3 milliards FCfa au Fnm, soit 38 % de taux de créances en souffrance à la date du 30 septembre 2016, c’est le pas maîtriser comment le secteur fonctionne. Face à la situation, le Pouvoir a même pris des mesures en vue de procéder au recouvrement forcé de ces créances.

Certes, la digitalisation est une bonne décision. Mais les conditions pour sa mise en œuvre laissent à réfléchir, car ce sont des milliards qui seront engloutis. Le recouvrement forcé ne donnera que dal ! Cela risque même de rattraper le gouvernement, car parmi les grosses institutions débitrices du Fnm se trouve celle d’un ministre pas des moindres au gouvernement. Qu’a-t-il fait en son temps en sa qualité de Président du conseil d’administration pour que l’institution en question ne détienne pas 1 milliard 500 millions de créances du Fnm ?

Bon à savoir…

1. Le Microcrédit aux plus pauvres ( Mcpp) est un crédit social de masse, en un mot, un crédit populaire qui n'est soutenu par aucune garantie. La seule exigence est la caution solidaire donc il ne peut être octroyé qu’à des groupes solidaires de 3 à 10 personnes.

2. Le Fonds national de  microfinance (Fnm) a, dans son document de politique, adopté l'approche du "Faire-faire" ce qui veut dire passer par les professionnels du secteur pour atteindre les populations à la base. Ainsi, le Fnm utilise les Sfd pour octroyer ces microcrédits aux populations les plus pauvres. D'où les lignes de crédit mises à disposition de ces Sfd partenaires sont considérées comme des ressources affectées. La preuve est qu'avant la nouvelle génération du Programme, l'Etat donnait des frais de gestion de 8% de la ligne de crédit aux Sfd, pour leur permettre de supporter les charges induites par cette intervention;

3. Toute une procédure précède les décaissements de ces fonds aux SFD; mieux le Fnm a au moins 3 niveaux de suivi sans compter les contrôles inopinés des institutions compétentes;

4. Au début du Programme (2007-2009) il y'a eu beaucoup de déviances vu que c'est un nouveau Programme et la cible étant très vulnérable, les outils de gestion étaient difficiles à concevoir et à mettre en œuvre;

Et il faut préciser que dès 2009, avec les changements intervenus au niveau du top management, la gestion du Programme a connu beaucoup d'amélioration avec des outils plus pointus. Ce qui a rassuré les bailleurs et le 1er à avoir accompagné le Fnm, selon les informations, c’ était la Boad avec un prêt de 1.250 millions FCfa sur 4 ans, suivi successivement de la Badea et de la Bid. Tous ces projets achevés ont été reconduits pour des montants plus consistants. Et comme preuve que, la Bid qui est parti d'un financement initial de 10.450 millions de dollars en 2010, est passé à 50 millions de dollars actuellement, selon nos sources. Cela témoigne sans doute de la satisfaction de ce partenaire sur les 1ères phases financées.  

Quand la Dg/Fnm parle de tournées de prise de contact auprès des bénéficiaires, quelles enquêtes sérieuses peuvent se faire sur le terrain au cours d’un périple où l'équipe sillonne plusieurs localités en une journée? Quels sont les documents qui fondent ses allégations sur le terrain? S'il s'avère que les bénéficiaires devant l'autorité affirment avoir remboursé tous leur crédits, alors que des missions soient donc dépêchées près des Sfd pour savoir où sont passés les ressources. La réglementation en vigueur pour le secteur de la microfinance, n’autorise-t-elle pas 5% à la limite d'impayés ? Ce sont les bonnes performances. Mais pour ce type de crédit avec ses caractéristiques, ces performances ne peuvent être réalisées, à en croire des experts du secteur.

Aussi, pour éviter de telle déclaration à la Atioukpè, ces experts préconisent d’éviter de faire l'amalgame entre l'ancien Programme Mcpp et la Nouvelle génération. Les 16,3 milliards décriés sont pour toutes les interventions confondues du Fnm, selon les informations obtenues. Il y aurait plusieurs autres produits que le Mcpp, mais c'est ce dernier portefeuille qui est le souillé. Et, à cet égard, depuis 2014, après une étude commanditée en 2012, le Fnm a commencé par provisionner ces créances pour assainir son portefeuille. Un peu donc de retenue.

Mike MAHOUNA


Source : Matin Libre

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