"Smart Valleys", les rizières "intelligentes" des paysans béninois

"Smart Valleys", les rizières "intelligentes" des paysans béninois

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Ouinhi (Bénin) - Après avoir garé sa moto sur le bord de la route, Daniel Aboko montre fièrement les 11 hectares de rizière qu'il partage avec d'autres agriculteurs béninois: grâce à "Smart Valleys", un système d'irrigation innovant, leur production a doublé en quatre ans.

Ouinhi, commune de 40.000 habitants dans le département rural et vallonné du Zou (sud-est du Bénin), fait partie d'une vingtaine de sites pilotes où quelque 500 producteurs de riz ont accepté de changer leur manière de faire.

L'objectif ? Obtenir un meilleur rendement, mais aussi lutter contre les sècheresses, en utilisant mieux l'eau de pluie là où bien souvent, il n'existe aucune autre source d'irrigation.

Le Bénin, comme de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest, est un grand consommateur de riz mais les techniques de production locales à faible rendement le rendent peu compétitif au regard des importations asiatiques qui inondent les marchés africains.

En 2009, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) avait vu dans cette céréale un "nouvel espoir" pour le Bénin et le petit pays d'Afrique de l'Ouest devait être auto-suffisant d'ici 2011.

Mais "plus de 50.000 tonnes de riz sont toujours importées du marché international chaque année", malgré les "potentialités importantes" de la riziculture, selon une note du ministère de l'Agriculture français de 2015.

L'initiative Smart Valleys, également testée au Togo voisin, tente de renverser la tendance. Ces techniques de riziculture, jamais encore développées dans le pays, ont été mises en place par AfricaRice, un centre de recherche panafricain, qui a notamment mis au point le Nerica (New Rice for Africa), riz hybride entre variétés asiatique et africaine.

Au milieu des innombrables pousses vertes, difficile de distinguer les "diguettes", petites digues en terre construites sur les parcelles de chaque propriétaire pour former des casiers, des canaux qui les séparent.

Depuis les sécheresses des années 70, les agriculteurs béninois ont aménagé leurs champs au creux des vallées, sur des terrains inondables.

"Le riz a besoin d'eau, mais pas à tout moment, explique M. Aboko, qui préside la coopérative de Ouinhi. Avec ce système, le temps où il faut donner l'eau, on donne, s'il n'en faut pas, on draine et ça sort. Ce que tu donnes à la plante, elle va te redonner ça!"

"Avant on prenait un endroit et on cultivait sans réfléchir. Et quand il n'y avait pas d'eau, on ne pouvait rien", précise le cultivateur.

- Comment vendre ? -

En quatre ans, le rendement sur ce site est passé de 3 à 6 tonnes à l'hectare. Un succès qui donne des idées. "Les gens viennent nous questionner et ils m'invitent dans leurs champs pour que je les forme. Ça s'est répandu dans Ouinhi", s'amuse M. Aboko.

Quelle que soit la pluviométrie, ces Smart Valleys permettent d'assurer un minimum de récolte. "En 2013, il y a eu une sécheresse, les producteurs des sites pilotes ont eu du riz. Pas les autres", constate Sander Zwart, chercheur néerlandais à AfricaRice.

Sur chaque site, les producteurs sont impliqués depuis le départ. "On enlève la végétation avec eux et ce sont eux qui dessinent l'aménagement selon les voies d'écoulement de l'eau, la pente du terrain et la taille des parcelles", détaille le chercheur.

Cet aménagement ne coûte rien. "On a tout fait avec nos daba (outil traditionnel) et nos coupe-coupe", confirme Daniel Aboko.

"Souvent quand on parle d'aménagement de bas-fond, on veut un système d'irrigation avec des canaux en béton, souligne Sander Zwart. Mais ça coûte cher et les gens ne peuvent pas continuer."

Si la première année, AfricaRice a donné les semences et les intrants, désormais les paysans les payent eux-mêmes avec leurs bénéfices.

Daniel Aboko aimerait faire 3 récoltes par an, au lieu d'une seule actuellement.

Mais encore faudra-t-il qu'il puisse le vendre. "Les producteurs n'arrivent pas toujours à écouler le produit parce qu'ils ont multiplié leur rendement en peu de temps", regrette Félix Gbaguidi, directeur des aménagements hydroagricoles au Ministère de l'Agriculture.

"Ils n'avaient pas toujours anticipé cet aspect. Mais des organisations se mettent en place pour la transformation et la commercialisation".

Maintenant il ne reste plus qu'à développer le marketing, pour convaincre le consommateur d'acheter les produits locaux plutôt que les grains parfumés importés d'Asie.

str-cl/spb/jlb/jhd

aCotonou

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