100 premiers jours du ministère de l’économie et des finances: Romuald Wadagni...

100 premiers jours du ministère de l’économie et des finances: Romuald Wadagni » Discrétion, simplicité, efficacité »

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Le ministre des finances est au four et au moulin. Pendant les cent premiers jours du régime Talon, Romuald Wadagni reste la cheville ouvrière des réformes économiques entreprises par le Chef de l’Etat.

C’était le 14 juin 2016. Les travailleurs du ministère des finances, réunis au sein du Syntracef, avaient envahi le cabinet du ministre Romuald Wadagni. Repoussés jusque dans la cour, ils chantaient et dansaient en signe de protestation contre les nouvelles mesures d’austérité prises par le ministre pour réorganiser le fonctionnement du ministère. L’ambiance électrique annonçait des heures chaudes : c’est le premier mouvement de fronde sociale sous le régime de la Rupture. Le ministre venait de faire son baptême de feu dans les réformes qu’il a entreprises au sein du ministère. Les travailleurs entendaient protester entre autres contre les dernières nominations opérées par les autorités et le décret portant structures types des ministères ainsi que le nouveau décret portant AOF de leur ministère. Le Syntracef entendait exiger d’être consulté sur toutes les questions touchant les travailleurs avant toute prise de décision. Si ces revendications corporatistes peuvent paraître banales, la virulence de la réaction syndicale traduit l’ampleur des réformes entreprises et le courage du ministre des finances désireux de les poursuivre contre vents et marrées. « On est de concert avec les partenaires sociaux. On n’est pas contre les avantages des travailleurs. On ambitionne tendre vers une meilleure maitrise des charges », avait affirmé le ministre le 14 juin devant les députés à l’Assemblée nationale. Et d’ajouter : «Ayons le courage d’essayer de nouvelles choses. Je pense qu’avec le dialogue tout peut se calmer ».

Des actions au cœur de l’économie

C’est la situation financière du pays qui oblige l’argentier national à opérer des réaménagements substantiels dans son département ministériel qui reste le poumon de l’Etat. On peut rappeler qu’en 2015, le Bénin a enregistré un déficit de 10% du PIB. La dette publique a atteint 42% des recettes de l’Etat. Elle est estimée à 2 101, 17 milliards de FCFA dont 1 050,78 milliards de FCFA pour la dette extérieure et 1 050, 39 milliards de FCFA au titre de la dette intérieure. Au total, il manque entre 360 milliards et 450 milliards pour faire face aux charges du pays. Dans cette conjoncture morose, le point de la trésorerie au 07 avril 2016, était de quarante-sept (47) milliards de franc Cfa contre un besoin immédiat de cent soixante (160) milliards FCfa. La gabegie découverte sur place est à la base des déficits enregistrés. Par exemple, la multiplication des ventes de gré à gré sur le domaine privé de l’Etat dans la ville de Cotonou, au mépris des dispositions de la loi portant Code Foncier et Domanial en R6publique du Bénin. La situation est si préoccupante que l’Agent Judiciaire du Trésor a été requis pour engager les procédures en vue de l’annulation des titres fonciers délivrés à vil prix à une certaine époque. Au Conseil des ministres du 25 mai, le décret portant Attributions Organisation et Fonctionnement du ministère des finances a été adopté en vue de redimensionner les directions techniques, de renforcer certaines missions primordiales du ministère, notamment celle du suivi des participations de l’Etat dans les entreprises, la mise en conformité de l’organisation du ministère avec la loi organique relative aux lois des finances. Mais l’une des premières mesures opérées par Romuald Wadagni, avec l’appui du conseil des ministres aura été de suspendre l’arrêté n°1352/Mefpd/Dc/Sgm/Dgddi portant augmentation et fixation du mode de répartition du produit du fonds « escorte douanière » des véhicules en transit au Bénin. Une mission d’audit des redevances payées sur la filière a été annoncée pour vérifier. La mesure phare reste sans doute l’emprunt obligataire organisé en juin dernier par Romuald Wadagni avec son collègue du plan, en vue de mobiliser un montant initial de 150 milliards de FCFA. On sait ce qu’il en advint. Le titre fut sursouscrit à hauteur de 202 milliards. Le produit de l’opération doit servir à apurer la dette intérieure de l’Etat en vue de soutenir le secteur privé. L’Etat entend désormais enregistrer zéro franc de dette intérieure due au secteur privé d’ici la fin de l’année.

36,92 milliards pour les microcrédits

Un accent particulier a été mis sur la micro-finance devenue la pierre angulaire de la politique de l’Etat en direction des couches défavorisées et des jeunes en quête de financement pour l’entreprenariat. Un second Programme intégré d’appui à la microfinance (PIAMF) a ainsi été défini le 1er juin. Elle s’inscrit dans le cadre du premier axe opérationnel de la Stratégie de Croissance pour la Réduction de la Pauvreté. Elle entend promouvoir l’accessibilité des pauvres aux services financiers ainsi que la création des Micro et Très Petites Entreprises (MTPE), renforcer en finance participative les capacités des acteurs du secteur de la micro-finance, sensibiliser, alphabétiser et former les bénéficiaires des services financiers à la gestion des activités génératrices de revenus. Le coût global de cette deuxième phase est estimé à 36,92 milliards de FCFA.

Un nouveau budget

Les réformes ainsi introduites ont nécessité la refonte totale du budget général de l’Etat exercice 2016. Le sommet de l’activité du ministre des finances aura été le 29 juin, lors de l’adoption du collectif budgétaire. C’est à l’unanimité que les députés ont adopté le texte proposé par le ministre des finances, malgré le laps de temps très court qu’il a fallu pour son élaboration. Tous les spécialistes des finances peuvent reconnaitre qu’il s’agit d’un coup de maitre pour le jeune ministre qui a montré là tout son professionnalisme. La nouvelle loi des finances est bâtie autour d’une rationalisation des dépenses publiques avec, à la clé des mesures d’annulation de crédit. Ainsi, des économies d’un montant de 149,313 milliards de FCFA ont été opérées avec la réduction des dépenses des ministères. Ainsi, les dépenses sont passées de 1231,935 milliards de FCFA à 1004,257, représentant un repli de 7,43%. En définitive, le nouveau budget s’établit à 1.423,487 milliards de FCFA contre 1552,977 milliards de FCFA pour la loi des finances initiale, ce qui correspond à une contraction de 8,34% du budget réalisé par l’ancien régime. « Sur les premiers mois de l’année, on a pu noter une baisse significative des recettes, notamment le naira au Nigéria », a souligné le ministre des finances devant les députés. Mais l’un des objectifs du gouvernement en faisant adopter cette loi des finances rectificative, était aussi de préserver les acquis sociaux, notamment la gratuité de la césarienne, et dans le secteur de l’éducation. De nouvelles mesures fiscales et parafiscales ont été mises en œuvre dans cette loi des finances en vue d’encourager la formalisation des actes de mutation de biens meubles et immeubles, de faciliter la transmission de patrimoine, de dynamiser le marché immobilier, faciliter l’accès au crédit bancaire, développer le marché hypothécaire béninois, mettre fin à la sous-déclaration des biens meubles et immeubles, et d’élargir, à terme, l’assiette fiscale des taxes foncières. On retiendra, entre autres, l’application d’un taux de 0% lors de l’accomplissement de la formalité d’enregistrement de contrat de marché de toute nature, ainsi que les bons de commande. Dans la foulée, tous les redressements fiscaux en cours ont été annulés. « Redresser la barre », tel est le leitmotiv du gouvernement qui entend relancer la machine de production, grâce à l’expertise avérée du ministre des finances.

Olivier ALLOCHEME

aCotonou

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