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Vincent Arisdo au sujet de la danse au Bénin : « L’investissement politique ne met pas encore en valeur ce potentiel »

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Vincent Arisdo est professeur chorégraphe franco- béninois. Il a pris part au festival ‘’Maida’’ qu’organise chaque année le danseur Richard Adossou. Promoteur d’un centre de formation à Bordeaux, Vincent Arisdo est également  Directeur artistique du festival des divinités noires au Togo. Concernant son expérience en tant que danseur, il continue sa carrière. Il parle de ce qui freine le developpement de la danse au Bénin.

Quel est l’état des lieux de la danse au Benin?

Ah ! Je pense que ça demandera beaucoup de temps pour faire cet état des lieux. Mais ceci étant, on peut faire un étatdes lieux rapides. Je pense que le Benin est un des pays de l’Afrique de l’Ouest qui a une immense richesse au niveau de sa danse, un vivier de danseurs potentiels et qui est extraordinaire avec des danses qui sont bellesà mon avis et très rares. Malheureusement, je pense que l’investissement institutionnel, politique ne met pas encore en valeur ce potentiel que nous avons. Je pense que la danse n’est pas très organisée au Benin même s’il y a encore des grands comme maîtres Alladé Coffi, Marcel Zounon, Stanislas des As, Richard Dossou, Marcel Gbeffa qui font de très belles choses mais ces choses restent encore un peudans l’ombre parce qu’il n’y a pas encore une structuration de la danse ici au Benin alors qu’on  devrait pouvoir rivaliser avec le talent de nos danseurs. Sur le plan international, nous avions encore notre mot à dire. Mais je pense qu’il faudrait quand même  une prise en compte institutionnelle et que le ministère de la culture prenne en compte la danse comme la vitrine culturelle du Benin.

C’est vrai que comparaison n’est pas raison. Et s’il vous était donné de faire une petite analyse de votre temps en matière de la danse par rapport à aujourd’hui?

Je pense que de mon temps,il n’y avait pas des écoles de danse.On ne peutquand même pasdire que ça n’a pasévolué. Il n’y avait pas autant de ballet, c’était plutôt des initiatives  folkloriques. Aujourd’hui, il y a un vrai élan dans la professionnalisation et justement, cet élan de professionnalisation doit être pris en comptepar le pouvoir public pour justement profiter et organiser quelque chose. De mon temps il n’y avait pas ça. On était obligé soit d’aller à l’école, soit faire autre chose. Mais aujourd’hui,les jeunes ont la possibilité d’aller à l’école et de faire autre chose. C’est une grande avancée, mais il faudra un peu plus d’effort.
S’il vous était donné de parler de

Richard Adossou que vous avez connu sur les planches ?

Richard Adossou est un très bon danseur avec une très grande motivation qui mérite d’être soutenue. Parce que comme son nom l’indique, il a organisé une marche internationale vers la danse et je crois qu’il faut entendre de ce part que c’est une initiative qui jette les bases pour le future et qui veut faire aussi l’analyse de ce qui se passe aujourd’hui.

Avec l’âge, vous continuez l’expérience de la danse ?

Je continue l’expérience de la danse parceque la danse, on la découvre tous les jours et on a jamais fini d’apprendre. Je continue d’en prendre des cours et c’est ça qu’il faudrait dire aux jeunes d’ici et du Togo. Il faut continuer à prendre des cours. On ne peut pas dire qu’on est danseur et qu’on a fini sa formation. On se forme en danse même si l’âge avance.  En Europe les danseurs à l’âge de 70 ans prennent des cours. Au Benin ce que je trouve dommage est que lorsqu’on demande le nom d’un ancien danseur, personne ne s’en souvient alors qu’en Europe si tu demandes le nom d’un danseur, qui a dansé au 17éme siècle, tout le monde s’en souvient. Nous avions des grands danseurs qui ont traversé le temps mais il y a rien qui a été fait pour les archiver pour qu’on se souvienne d’eux. Qu’il y ait un repérage une sorte de répertoire des travaux qu’ils ont faits et c’est très important aujourd’hui. Et moi, mon travail au niveau international, c’est de m’appuyersur les danses du Benin pour proposer une écriture contemporaine de la danse  parce que je refuse le terme danse contemporaine africaine qui est une forme de colonisation culturelle encore qu’on va nous imposer. Je pense qu’au Bénin, nous avons largement de quoi proposer une écriture et une lecture de nos danses sans êtreamener à singer une foisde plus l’occident et quand nous singeons l’occident, nous le singeons encore très mal. C’est une caricature de la danse contemporaine qu’on nous impose et je pense que les jeunes suivent cet exemple, et  qu’il y ait un vrai travail qui soit fait pour qu’on fasse une démarche de lecture et d’écriturecontemporaines de nos danses.

Est-ce qu’il vous est arrivé une fois de penser à faire quelque chose pour répertorier vos danseurs pour pouvoir les archiver ou les cataloguer ?

Pour l’instant, je n’ai pas encore commencé cette démarche. Je m’occupe pour l’instant de ma carrière et de mon travail de formation et d’installation d’un centre de formation des jeunes àpartir du mois d’avril ici au Bénin.Ce projet je le pense depuis plus de 15 ans. Et déjà, j’amène régulièrement des danseurs occidentaux se faire former ici et maintenant je veux qu’on profite de cette occasion aussi pour former nos danseurs ici sur place pour ne pas les encourager  à aller absolument en Europe pour se faire former.Nous avions tout ce qu’il faut ici pour se faire former.

Alors les jeunes qui sont entrain d’emprunter le chemin pour devenir peut être patriarche comme vous, qu’avez-vous à leur dire ?

Juste leur dire bon courage et qu’il ne désespère pas et l’aventure européenne de la danse n’est pas si facile que ça et il y a beaucoup de candidats et très peu d’élus.  C’est un chemin semé d’embuche et de galère mais il faut êtrepassionné,être amoureux de la danse.J’aimerais juste leur dire, s’ils espèrent devenir riches avec la danse, il faut qu’ilsarrêtent tout de suite car la danse c’est de la passion.

Propos recueillis : Teddy GANDIGBE


Matin Libre

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