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Musique béninoise : Les huit maux dont elle souffre, selon le Dr Latoundji

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Ce n’est plus un secret, surtout pour les mieux avertis. La musique d’origine béninoise peine à se faire une place de choix dans l’arène du showbiz à l’échelle internationale. Alors qu’elle dispose de nombreux atouts qui devraient faciliter son éclosion, elle demeure paradoxalement dans une agonie qui ne dit pas son nom, bien loin des pays limitrophes et ceux de la sous-région. Par l’entremise d’un entretien à nous accordé, Dr ChakirouLatoundji, le promoteur et producteur d’œuvres artistiques, nous a permis de diagnostiquer et de dénicher les goulots d’étranglement qui bloquent la percée de la musique made in Benin. Selon ses expériences, elles sont au nombre de huit (08), ces maladies auxquelles les différents acteurs et autorités en charge de la culture devront administrer les remèdes nécessaires.

Richesse nuisible

Qui a dit que trop de poissons ne gâtent pas parfois la sauce ? Et oui. « Aussi bizarre que cela puisse paraitre, Le Bénin possède un gigantesque tableau riche de rythmes, au regard de sa culture très diversifiée. De la région septentrionale jusqu’au sud, en passant par le centre du Bénin, les rythmes traditionnels que compte le Bénin, ce petit pays  de 10 millions d’âmes, sont en abondance. Conséquence directe, depuis lors, les vedettes accrocs des rythmes traditionnels, même les plus en vogue, ne réussissent pas à imposer un rythme unique à leurs fans, aux mélomanes béninois », explique le Dr Latoundji.

Un rythme local inexistant

Pour lui, si le Congo, Le Zaïre, La Côte d’Ivoire, Le Togo et récemment le Nigeria ont réussi à faire parler d’eux dans le monde dans le domaine de la musique, c’est parce qu’ils ont su trouver une formule adéquate : un rythme commun promu par tous. Au Bénin, ce rêve serait-il loin d’être réalisé ? C’est à croire qu’au nom d’une haine déguisée, une guerre froide et permanente se développe entre les artistes béninois.

Le Béninois aime-t-il réellement son prochain ?

« C’est peut-être trop osé. Mais la vérité fait mal. Depuis que je m’investis dans le monde artistique et culturel, j’ai noté plusieurs mésaventures qui relèvent de la haine entre nous-mêmes. Si ce n’est pas la jalousie, c’est le refus de voir l’autre progresser. Il y a très peu de Béninois qui font preuve de bonté envers leurs confrères. Sinon, le Béninois est prêt à nuire et détruire son confrère, au nom d’une rivalité qui arrière le monde artistique béninois. Où allons-nous avec ? », a-t-il dénoncé.

La consommation locale rejetée!

A en croire le chirurgien obstétricien de profession Docteur ChakirouLatoundji, les Béninois sont trois (3) fois plus attirés par les sonorités étrangères que celles de leur pays ? C’est un phénomène qui ronge allègrement la valeur de la musique de chez nous. Des chaînes de télévisions jusqu’aux boîtes de nuits, en passant par les radios, les bars, même dans les maisons, les Béninois préfèrent faire le lit à la musique étrangère. Naïveté ou rejet d’identité ? La question reste posée.

Le très faible taux de promotion de la musique locale

« Ne nous leurrons pas. Lorsque vous parlez une langue auprès d’un enfant depuis sa naissance, c’est cette langue qu’elle comprendra et parlera dès qu’il grandira. C’est sans commentaires ». selon le Docteur, il ressort que le faible taux de promotion de la musique locale amincit considérablement et malheureusement les chances pour qu’elle soit adoubée par les compatriotes. Ce qui n’est que pratiquement le contraire au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Congo, au Nigeria, etc.

La pauvreté

L’autre chose qui arrière la musique de chez nous, c’est la pauvreté. Sans doute, le contexte économique béninois n’est pas reluisant. Il est clair que sans le  pouvoir d’achat, la production et la promotion de nos rythmes poseront problème. Savez-vous que la promotion d’un album déjà enregistré coûte plus du triple de ce qu’a coûté sa production ? Du coup, la plupart des producteurs se voient démotivés car la plupart du temps, ils n’arrivent pas à recouvrir leurs dépenses. Au Bénin aujourd’hui, on en compte presque plus.

Un régionalisme passif

A tort ou à raison, les diffuseurs des clips vidéos et ceux des chansons sur des radios développent un régionalisme passif. Du fait qu’ils ne comprennent pas plusieurs langues locales, ils favorisent les artistes dont ils comprennent et cernent les messages véhiculées par leurs chansons. « Quel diffuseur d’origine Yoruba acceptera-t-il naturellement faire promouvoir le Zinli, au détriment du Bôlôdjô ?

Le manque de déterminisme des dirigeants

Malgré les grands efforts que fournit le gouvernement béninois pour appuyer financièrement le secteur artistique et culturel, il manque une politique d’accompagnement rigoureuse pour promouvoir nos rythmes à l’échelle l’internationale, selon le Docteur.

Ces révélations interpellent sans doute la conscience de tous les acteurs culturels, pour que le Bénin soit musicalement considéré et respecté.

Réalisation : Loth HOUSSOU


Matin Libre

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