Le Bénin réveille la notion de biens culturels mal acquis

Le Bénin réveille la notion de biens culturels mal acquis

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Le gouvernement béninois a officiellement demandé à la France qu’elle lui rende les trésors culturels qu’elle s’est appropriés durant la colonisation.
PAR MARIE ROYER
Grande première ce 27 juillet que la demande faite par le gouvernement béninois à la France quant à ses trésors culturels qui dorment dans les musées de l’Hexagone. Il s’agit pour lui d’obtenir réparation de ce qui est le résultat d’une appropriation, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas régulière. Le gouvernement béninois s’inscrit ainsi dans le sillon de nombreuses associations qui militent pour cela depuis des années.

Une requête en écho dans le milieu associatif…
Ainsi du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) dont le président Louis-Georges Tin signait en 2013 avec l’ancien président du Bénin, Nicéphore Soglo, un appel pour « la restitution des biens mal acquis du musée du quai Branly-Jacques Chirac.» « Il y a mille et une façons de réparer les crimes du passé colonial. L’une d’entre elles serait de restituer les biens mal acquis de la France. C’est pourquoi nous demandons que les autorités françaises réalisent un inventaire national des tous ces biens, et qu’elles engagent un dialogue constructif avec les pays concernés en vue de leur restitution », écrivaient-ils alors.

… mais aussi au niveau parlementaire
En 2005 déjà, Christiane Taubira, alors députée, avait saisi le Premier ministre Dominique de Villepin à ce sujet : « L’Unesco, au sein de laquelle la France occupe une place de choix, postule qu’il appartient à chaque État de gérer son propre patrimoine culturel et historique. Le peuple du Bénin très attaché à sa culture ne comprendrait pas un refus de la France à restituer les traces de son histoire glorieuse. Les liens qui unissent le Bénin à la France militent pour la restitution de ces œuvres d’art. » L’appel n’avait pas été entendu, et même lorsque plus tard l’ex-députée est devenue ministre de la Justice, aucune action n’a été entreprise dans ce sens-là. Il faut dire qu’aucune velléité publique n’avait jusqu’ici été suivie d’actes concrets de la part de l’État béninois. Louis-Georges Tin du Cran attribue ce manque de volonté politique à « une certaine indifférence à l’égard des choses de la culture, la crainte en agissant ainsi d’indisposer les dirigeants français et la peur d’éventuelles représailles ».

La France « pas opposée, mais… »
En tout cas, la France n’a eu de cesse de répéter qu’il fallait que le gouvernement béninois en fasse expressément la demande, mais qu’elle n’était pas, en principe, opposée à rendre ces biens culturels. Cependant, lorsque le prince Guézo, héritier des familles royales du Bénin, a eu à interpeller à ce sujet le président Hollande, Hélène Le Gal, conseillère Afrique de l’Élysée, a répondu en ces termes dans une lettre datant du 26 juin 2015 : « Je vous informe que les objets auxquels vous faites référence sont entrés dans les collections nationales de manière régulière. Désormais devenus inaliénables, la plupart d’entre eux ont été acquis il y a longtemps et en conformité avec le droit international en vigueur. »

Le paternalisme culturel creuse son sillon
Autant dire que la démarche de restitution ne sera pas simple. Et ce, d’autant qu’il y a cette vision paternaliste assumée qui se pare d’arguments techniques. « Les musées africains ne seraient pas aux normes de sécurité et de conservation », disent certains, qui n’hésitent pas à ajouter que « le climat dans les pays africains n’est pas adapté à la conservation des œuvres ». Un comble bien sûr vu que l’Afrique est précisément l’environnement où elles ont été conçues.

Le salut dans des initiatives privées ?
En tout cas, alors que plus de 90 % du patrimoine culturel matériel de l’Afrique se trouve aujourd’hui en dehors du continent, certains acteurs privés ont pris le taureau par les cornes et récupèrent tant bien que mal des œuvres disséminées ici et là. Une manière de constituer leurs propres collections privées. Ainsi, de Marie-Cécile Zinsou, qui a ouvert la fondation éponyme à Ouidah, au Bénin. Elle avoue chiner sur eBay à la recherche de pièces rares datant de l’époque précoloniale.

Si la question des trésors culturels avait été enfouie, elle vient d’être mise au jour. Et l’initiative du Bénin montre combien les Africains sont attachés à leurs droits culturels qu’ils considèrent, à juste titre, comme inaliénables.

aCotonou

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