Entretien avec l’artiste peintre Laudamus Sègbo : « Ma pensée c’est d’aller...

Entretien avec l’artiste peintre Laudamus Sègbo : « Ma pensée c’est d’aller plus loin »

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Dans cette vision, l’artiste polyvalent Laudamus Sègbo s’est donné les moyens pour développer une expression atypique à son art.Il est revenu sur son actualité avant de préciser qu’il fait un énorme travail sur la parole. Il en parle.

Matin Libre : Laudamus Sègbo est un artiste peintre de talent. Mais aujourd’hui, il semble marquer une pause dans ses activités. Les béninois veulent savoir ce qui se passe.

Laudamus Sègbo: Actuellement, je suis en train de travailler sur une nouvelle collection. La collection dernière c’était ‘’Xogbé’’, ‘’la parole’’. La parole étant très large, j’entame son second volet. Et dans le même temps, je suis en train de préparer le prix de reconnaissance et d’encouragement pour les journalistes culturels.

Parlant de la parole, quelle dimension comptez-vous développer en tant qu’artiste peintre ne serait-ce que pour impacter le public qui vous suit ?

Chez nous la parole est tout. Et même dans la bible, il a été dit que c’est de la parole que tout est né. Même dans les mythologies grecque, égyptienne et autres il est dit que c’est d’une parole que les pensées ontémergé. Donc chez nous ici en Afrique, on peut aussi vendre la parole. Et ce sont les initiés qui connaissent la matérialisation de la parole. Aussi, chez nous tout parle, les feuilles, les plantes, etc. Dans une autre dimension, ce n’est qu’avec la parole qu’on peut provoquer l’émotion. Que ça soit des sensations de regret, de colère ou de joie, la parole est au centre de toute chose. Donc cette dimension est un peu large. Puisque ce n’est que par elle qu’on peut provoquer l’amour et la haine. Il faut dire que la parole, qu’elle soit bonne ou mauvaise, nous autres artistes, nous avons toujours notre mot à dire. C’est à moi de prendre le sens que je voudrais ou que je vois pour pouvoir faire mon travail.

Alors la parole étant une réalité qui se vit beaucoup plus à l’orale que sur des supports graphiques, comment est-ce que vous comptez transposer cette réalité sur une toile par exemple pour pouvoir la rendre vivante ?

Déjà, il faut dire que nous avons une banque de paroles. C’est-à-dire, notre patrimoine immatériel, oral : les panégyriques claniques, les louanges, les litanies, les proverbes et autres.Donc la banque elle est là et il faut vraiment la valoriser. Donc,là-dedans, nous pouvons puiser et trouver une valeur aux propos à travers des matériaux afin de provoquer des émotions. Alors, c’est ce travail qui se fait progressivement. Ma pensée c’est d’aller plus loin.

Si on vous comprend, la parole sera transposée au moyen des couleurs et d’autres motifs de la peinture pour susciter des émotions ?

Exactement.

On connait l’artiste pour son audace àpeindre les femmes à poil.Commenten êtes-vous arrivé là ?

Il faut dire que ce qui est tabou intéresse souvent. C’est donc ainsi que nous sommes partis dans une dimension de travail sur le corps de la femme. Déjà ce sont les quatre qui m’ont attiré : terre, air, eau, feu, que je retrouve dans un seul élément, la femme. Pourquoi, parce que c’est la femme qui procrée.Donc je vois un peu de mystère autour d’elle. C’est alors que je me suis concentré un peu plus sur elle afin d’y focaliser mon attention. Donc peindre le corps de la femme c’est vrai, cela a quelque chose de particulier. Mais la dimension en elle a beaucoup d’expression. D’abord il faut convaincre, il faut réussir à y traiter la personne et assumer les regards critiques. Quand nous sommes venus dans ce style, nous avons essuyé beaucoup d’insultes. Aujourd’hui,quinze ans après, on est encore là.

Vous allez continuer dans le même style ou vous allez changer, puisquevous avez essuyé beaucoup d’invectives ?

Non, vous savez, nous avons développé ce système donc il n’aura pas de soucis par rapport à ça. Nous avons bravé toutes ces critiques. Aujourd’hui c’est sur les mêmes personnes et le même style que nous travaillons. Mais au préalableil faut discuter avec elle du fond sur lequel elles seront traitées. Donc c’est cette exposition qui se prépare.

Teddy GANDIGBE

Matin Libre

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