Entretien avec l’acteur de théâtre Giovanni Houansou : « … c’est toute...

Entretien avec l’acteur de théâtre Giovanni Houansou : « … c’est toute la gestion du Fonds d’Aide que nous comptons rendre transparente»

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Le vote des représentants d’acteurs culturels au Fonds d’Aide à la Culture (Fac) fait, depuis peu, l’objet de polémiques et met à couteau tiré les différents acteurs du secteur. La raison est toute simple.  Le processus est décrié. L’acteur de théâtre Giovanni Houansou fait l’état des lieux de la situation et expose les désirs de la plateforme ‘’Wanilo’’ dont il est le représentant.              

Matin Libre : Au Fonds d’Aide aujourd’hui, il y a un torchon qui brûle. Il s’agit de l’élection des représentants des acteurs culturels au sein de l’administration du Fonds. Aux dernières nouvelles, on apprend que les dates ont été avancées ou suspendues, cela dépend de celui qui parle, jusque-là, quel état des lieux faites-vous en tant qu’acteur culturel ?

Giovanni Houansou : En réalité le corps électoral avait été convoqué pour le 18 avril passé sur la base du décret qui donne autorisation exclusive aux fédérations d’associations d’artistes de choisir les représentants des artistes au Fonds d’Aide à la Culture. L’arrêté d’application a été pris par l’ancien ministre Paul Hounkpè le 1er avril passé. Mais nous-nous sommes levés contre cet arrêté. Parce que nous avons estimé que cet arrêté désorganise complètement le secteur, favorise la fraude et renforce l’opacité dans la gestion du Fonds d’Aide à la Culture et ôte à l’acteur culturel tout droit de vote. Mais pour l’instant le nouveau Ministre a eu la clairvoyance d’arrêter le processus comme on le demandait. Puisqu’on demandait d’arrêter le processus pour voir clair. Et voir clair, c’est faire des audits au niveau du Fonds d’Aide à la Culture, réorganiser les acteurs pour atteindre ce que nous voulons : la transparence et la crédibilité. Parce qu’à l’heure où nous parlons, il y a une véritable crise entre les représentants des acteurs au fonds d’aide et les acteurs eux-mêmes. Donc l’état des lieux, c’est que le processus a été stoppé, l’élection n’a pas eu lieu le 18 avril comme prévu, et nous souhaitons que cette décision qui créé l’urgence des reformes soit maintenue afin que nous passions aux réformes profondes pour le secteur. Pour cela nous proposons au Ministre un délai jusqu’au 31 Décembre.

Puisqu’il faut déjà retenir que dans cette situation, beaucoup de regroupements d’artistes sont déjà montés  au créneau pour dénoncer un certain nombre de choses. Et vous en faites partie, parce que  vous êtes  le  représentant d’une plateforme qui regroupe un certain nombre d’artistes, toute catégorie confondue, et vous avez également dénoncé en son temps un certain nombre de faits. Parlez-nous-en ?

 Les faits que nous avons dénoncé c’est que les conséquences du décret 2015-486 du 07 septembre 2015 portant attribution, organisation et fonctionnement du Fonds d’Aide à la Culture sont suicidaires pour le secteur culturel.  Ce décret a occasionné  la création d’une bonne base de fédérations depuis le mois de septembre. Donc nos investigations nous ont permis de constater qu’entre septembre et février 2016, il y a eu plus de soixante fédérations créées dans le secteur culturel et que certaines disciplines en ont même compté jusqu’à quinze. Cela veut dire que si ça continue, nous finirons par avoir un jour dans ce pays autant de fédérations que d’acteurs culturels. Nos investigations nous ont également permis de voir que nombre de fédérations ont été créées par une même personne, avec à leur tête des enfants, des femmes, les cas sont divers. Nous avons trouvé que cela désorganise et désagrège le secteur, mais aussi que cela renforce la fraude. Aujourd’hui ce que nous avons souhaité est que chaque acteur culturel ait son droit de vote individuellement. Parce que si les associations sont falsifiables, si les fédérations sont falsifiables, l’acteur culturel, pris isolément, est moins falsifiable à notre avis. Donc si nous définissons le critérium qu’il faut pour donner le droit de vote à acteur culturel, nous allons rendre le vote plus transparent. Mais au-delà du vote, c’est toute la gestion du Fonds d’Aide que nous comptons rendre transparente. Parce que pour nous, on ne saurait délier la gestion de celui qui gère. La qualité de l’homme qui gère est très importante dans la qualité de la gestion.

En résumé, ce qui est urgent pour vous est que l’autorité ministérielle arrête tout et passe aux reformes avant le vote ?

Oui, je pense que c’est très important. Mais au-delà de ça nous allons plus loin. Nous allons demander l’abrogation de ce décret pour permettre au secteur culturel de respirer. Il y a trop de congestion. Il faut que le secteur respire et que nous mettions en place le critérium qu’il faut pour définir qui est éligible ou non, qui est électeur, qui peut postuler, qui peut voter. Nous allons définir ces aspects basiques puis nous rabattre aussi sur le statut de l’artiste. Puisque avant ce décret, il y avait un qui existait et qui portait statut de l’artiste et qui catégorisait de façon claire  les artistes. Ils étaient catégorisés en trois lots : les professionnels, les semi-professionnels et les amateurs. Ce même décret parlait de la délivrance d’un numéro unique pour les acteurs culturels.

Pensez-vous que suspendre ce processus tel que vous l’expliquiez-là ne serait pas une manière indirecte de suspendre le fonctionnement du fonds lui-même ?

Vous savez, même si vous avez votre propre affaire et qu’à un moment donné vous vous rendez compte que cela ne rapporte plus suffisamment d’argent, vous faites un break. Mais cela ne veut pas dire que vous fermez votre boutique. Cela signifie que vous faites vos états ou votre inventaire. Ceci pour voir exactement à quel niveau les fuites sont arrivées. Donc ce break est important tant dans le système public que privé. Alors nous demandons juste qu’il y ait ce break pour auditer le fonds depuis 2006, pour reformer le processus décisionnel et d’attribution du fonds. Après ça vous allez voir que le fonds va repartir de plus belle et les résultats seront palpables et l’impact visible.

Connaissant la lourdeur administrative, est-ce que vous ne pensez pas que cela prendra assez de temps pour qu’on parvienne à cet idéal ?

 Quand vous parlez de lourdeur administrative, c’est un fait. Mais la lourdeur administrative est à lier à la volonté politique. Vous savez, quand la volonté politique veut rendre les choses célèbres, la lourdeur administrative n’aura plus droit de cité. Et je pense qu’à l’heure où nous parlons, la volonté politique existe. Du moins pour les trois prochains mois. Attendons de voir. Je crois que ça va vite et nous avons confiance. Je pense que nous apportons notre soutien à la machine exécutive pour leur demander de ne pas céder à quelque pression que ce soit. Mais d’aller au bout du processus pour qu’on obtienne la transparence,  la crédibilité et qu’on sache que la compétence prime sur les couloirs.    

Réalisation Teddy GANDIGBE                    

Matin Libre

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