En 1890 Béhanzin déclarait au colon « Le Roi du Dahomey ne...

En 1890 Béhanzin déclarait au colon « Le Roi du Dahomey ne donne son pays à personne »

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L’histoire du roi Béhanzin, qui s’opposa farouchement à l’occupation de son pays, le Dahomey.

 

Béhanzin annonça d’entrée la couleur en lançant une offensive en direction de la côte pour tester le dispositif de l’adversaire. Ensuite, le chef de guerre africain se replia pour concentrer ses troupes sur Abomey, Agody et les rives de l’Ouémé avec l’objectif de prendre Porto Novo, fief de son ennemi pro-colonialiste Toffa. Les troupes de Béhanzinétaient composées de 15 000 hommes vêtus de pagnes blancs, armés de couteaux, de machettes et de fusils. Le monarque dahoméen les avait soigneusement sélectionnés, musclés et robustes. Au combat, ces guerriers étaient secondés par des femmes surnommées les Amazones vierges du Dahomey.

Elles étaient 4 000 et constituaient la garde personnelle du souverain. L’existence de ces troupes de combat composées exclusivement de femmes, remonte à la fin du XVIIème siècle. Commandées par une générale, elles encadraient le souverain pendant ses expéditions. Toutes ces combattantes amazones vierges du Dahomey étaient soumises à une discipline de fer et devaient observer une chasteté indéfectible.
Tout manquement à cette règle était puni de mort. Ces femmes combattantes étaient loyales et réputées féroces au combat. N’obéissant qu’aux ordres directs du monarque, elles étaient réparties en quatre corps d’armée :
– Les Gulenentos ou «fusillères», elles sont armées de longs fusils à munitions de fabrication locale.
– Les Nyekplonentos appelées «faucheuses», sont équipées de grands coutelas en forme de rasoirs et qui tranchent l’ennemi en deux.
– Les Gohentos sont des « archères » armées de redoutables flèches à tête crochue qui pénètrent et s’accrochent à la chaire comme un hameçon.
– Les Gbetos quant à elles, surnommées les « chasseresses », sont spécialisées dans le harcèlement de l’ennemi.

Des renforts venus de l’Ariège permirent aux autorités coloniales d’occuper Cotonou et d’en expulser les Dahoméens. Béhanzin réagit en attaquant d’abord Zogba puis infligea quelques pertes aux troupes coloniales le 4 mars au cours de l’attaque de Cotonou. Par la suite, le monarque dahoméen réussira l’encerclement de Porto Novo le 19 avril 1890. Quant au combat de Atchoupa, d’une rare violence, il fut très éprouvant pour les deux armées. Pendant cette première crise franco-dahoméenne, un des administrateurs deBéhanzin avait pris en otage les Français de Ouidah. Béhanzin les fera libérer le 8 mai après leur avoir dicté une lettre au « roi de France ». Ce dénouement inattendu devait détendre quelque peu l’atmosphère surtout à la veille de l’ultimatum fixé par le commandant français Fournier. Ce dernier menaçait de bombarder Ouidah le 9 mai si les otages n’étaient pas libérés. Après ces incidents, Paris lança une grande offensive diplomatique pour conclure un traité de paix avec Béhanzin. Mais le monarque dahoméen devait prendre en otage la première délégation.

Sans se décourager, les Français enverront d’autres émissaires dont le père Dorgère qui réussira à amener tout le monde autour d’une table de négociation le 15 septembre 1890 à Ouidah. Alternant séduction et menaces, les envoyés de Béhanzin finirent par accepter un accord le 3 octobre 1890 par lequel les deux parties s’engageaient à respecter tous les traités antérieurement signés. En prime, Béhanzin obtenait une indemnité annuelle de 20 000 francs pour l’occupation du territoire voisin de Cotonou. Les Français étaient satisfaits des termes de cet arrangement qui en plus leur permettaient de gagner du temps. Mais dans son royaume, ce traité renforçait le prestige de Béhanzincar, aux yeux de ses sujets il était perçu comme une capitulation. Pour les Dahoméens, si les Français avaient privilégié ce moyen, c’est bien parce qu’elles ne pouvaient battre Béhanzin sur le terrain. Grave erreur d’appréciation, car la mission Audeoud qui suivit, conduite par une délégation interarmées, n’avait que pour véritable but, d’espionner Béhanzin. Les missionnaires militaires avaient reçu l’ordre d’évaluer les forces du monarque dahoméen et d’étudier le terrain pour des opérations futures. Ils allaient néanmoins être ridiculisés par Béhanzin. Ces personnalités représentant la France ignoraient tout des coutumes locales. Ainsi, elles s’étaient munies de branches de palme, pensant par ce geste, affirmer la sincérité du traité signé et s’engageaient à respecter une paix durable. Or, dans les royaumes locaux, il s’agissait d’une demande de pardon, une attitude humiliante qui amusa beaucoup les Africains pliés de rire et de moqueries sous l’œil complice de Béhanzin. En fait, le monarque dahoméen était éprouvé par les durs combats de Porto Novo. Aussi, pour gagner du temps et réorganiser son armée, il avait tout simplement signé le traité du 3 octobre. Les Français ne tarderont pas à comprendre car dès le mois de juin 1891, Béhanzin acquit 5000 fusils pour ses hommes. Ensuite, au mépris du récent traité signé, il lança une série d’attaques meurtrières sur le territoire voisin sous protectorat français. Entre septembre 1891 et mars 1892 BéhanzinBéhanzin poursuivra ses attaques jusqu’à celle de l’Ouémé qui devait provoquer une réaction française. A la tête d’un détachement de tirailleurs, le gouverneur Ballot fera face à BéhanzinBéhanzin au cours d’un bref mais violent affrontement. L’officier français fera ensuite un rapport à Paris au sujet de ces incidents tout en protestant officiellement auBéhanzinprès de Béhanzin. Toujours ironique, provocateur et fidèle à lui-même, voici lBéhanzines réponses que Béhanzin lui fit parvenir :

 

Je vous adresse ces deux lignes pour avoir des nouvelles de votre santé et en même temps vous dire que je suis bien étonné du récade (message) que Bernardin a apporté au cabécère Zodohouncon pour être communiqué au sujet des six villages que j’avais détruits il y a trois ou quatre jours. Je vous garantis que vous vous êtes bien trompé. Est-ce que j’ai été quelques fois en France faire la guerre contre vous ? Moi je reste dans mon pays, et toutes les fois qu’une nation africaine me fait mal, je suis bien en droit de la punir. Cela ne vous regarde pas du tout. Vous avez eu bien tort de m’envoyer ce récade, c’est une moquerie ; mais je ne veux pas qu’on se moque de moi, je vous répète que cela ne me fait pas plaisir du tout. Le récade que vous m’avez envoyé est une plaisanterie et je le trouve extraordinaire. Je vous défends encore et ne veux pas avoir de ces histoires. Si vous n’êtes pas content de ce que je vous dis, vous n’avez qu’à faire tout ce que vous voudrez, quant à moi, je suis prêt. Vous pouvez venir avec vos troupes ou bien descendre à terre pour me faire une guerre acharnée. Rien d’autre

Agréez, Monsieur le gouverneur, mes salutations sincères.

Béhanzin, roi du Dahomey

Le 28 novembre 1891, le parlement français refusera de verser à Béhanzin les 20 000 francs promis au traité d’octobre 1890. Le souverain dahoméen adressa la lettre suivante au gouverneur Ballot :

Je viens d’être informé que le gouvernement français a déclaré la guerre au Dahomey et que la chose a été décidée par la chambre de France. Je vous préviens que vous pouvez commencer sur tous les points que vous voulez et que moi-même je ferai de même, mais je vous avise que si un de nos villages est touché par le feu de vos canons, tels que Cotonou, Godomey, Calavi, Avrékété, Ouidah et Agony, je marcherai directement pour briser Porto Novo et tous les villages appartenant au Porto Novo…

La première fois je ne savais pas faire la guerre, mais maintenant je sais. J’ai tant d’hommes qu’on dirait des vers qui sortent des trous. Je suis le roi des noirs et les blancs n’ont rien à voir à ce que je fais. Les villages dont vous parlez sont bien à moi, ils m’appartiennent et voulaient être indépendants, alors que j’ai envoyé les détruire et vous venez toujours vous plaindre. Je désirerais savoir combien de villages français indépendants ont été brisés par moi ? roi du Dahomey. Veuillez rester tranquille, faire votre commerce à Porto Novo, comme cela nous resterons toujours en paix comme auparavant. Si vous voulez la guerre je suis prêt. Je ne la finirai pas quand même elle durerait cent ans et me tuerait 20 000 hommes.

Dès lors, la rupture était on ne peut plus consommée et la deuxième campagne du Dahomey inévitable. La France allait encore se lancer dans la guerre. Cette fois, Paris décida d’employer les grands moyens pour venir à bout de ce guerrier insolent qui ne cessait de narguer son pouvoir. C’est le Président de la république en personne, M. Sadi Carnot, qui nommera à la tête du corps expéditionnaire, un soldat d’élite en la personne du colonel Dodds (Métis sénégalais), et l’investira des pouvoirs militaires et civils. Pour mener à bien sa mission, Dodds disposera du quatrième régiment d’infanterie de marine et plus tard, de 800 légionnaires, de deux escadrons de spahis sénégalais, de six compagnies de tirailleurs sénégalais et d’un armement lourd des plus modernes. Au total, le corps expéditionnaire commandé par Dodds sera composé de plus de 3 000 hommes. C’est également lors de cette campagne que les premières balles explosives furent expérimentées par les troupes françaises contre les hommes de Béhanzin.
Pour gêner le ravitaillement des forces dahoméennes en armes et en munitions, Dodds commencera sa campagne en décrétant un blocus économique. Le 26 juin 1892 après un temps d’observation, Béhanzin passait à l’attaque sur le lac Denham. Dodds réagira en attaquant Zobbo. L’officier français donnera également l’ordre de bombarder Godomey, Abomey, Calavi et Ouidah. Le 19 septembre de violents combats se déroulèrent à Dogba où Béhanzinavait encore décidé d’attaquer. Le 4 octobre les troupes coloniales subiront l’assaut des femmes guerrières de Béhanzin, les Amazones vierges du Dahomey. Dodds contiendra cette attaque et occupera le pont stratégique de la rivière Pokissa. Entre le 13 et le 17 octobre 1892, les troupes françaises – légionnaires et tirailleurs sénégalais -, feront face à de nouvelles offensives de Béhanzin toutes plus violentes les unes que les autres et particulièrement à Oumbouémé et Akpa. A la suite de quoi, Dodds décida de se replier. L’officier français avouera 21 tués et 136 blessés. Il reprendra le combat quelques jours plus tard pour occuper le palais sacré de Djéhoué. Il l’abandonnera suite à un combat meurtrier contre les forces dahoméennes. Il faudra à l’officier français, faire charger les Sénégalais à la baïonnette dans un mémorable corps à corps pour en déloger Béhanzin. Enfin, le moment de livrer la dernière bataille arriva en ce matin du 4 octobre 1892.Béhanzin mobilisa tous ses combattants encore valides, appuyés par les courageuses Amazones vierges du Dahomey et mena l’assaut final à la tête d’une armée d’un autre âge. Son élan allait être brisé par une technologie et des moyens modernes. Le résistant africain laissera 4 000 morts et 800 blessés sur le terrain. Les troupes coloniales malgré leur supériorité en armement moderne, n’auront pas effectué qu’une simple promenade militaire pour terrasser Béhanzin. Le bilan de leur campagne s’élève à 93 morts au combat dont 15 officiers et 440 blessés. 205 hommes de leur corps expéditionnaire mourront également de maladie ou des suites de leurs blessures. BéhanzinBéhanzinBéhanzinBéhanzin se retirera pour méditer pendant plusieurs mois à Atchérigbé. Après avoir fait des adieux poignants au dernier carré de ses fidèles, le monarque dahoméen ira se rendre en janvier 1894. Son adversaire Dodds, sera nommé général après cette campagne. L’officier français notera dans son rapport de fin de mission : «Il n’appartient qu’au gouvernement français de fixer les conditions de la reddition, telles qu’elles soient acceptées pour un adversaire dont il faut reconnaître le courage et l’énergie.» Ainsi, ce fut le premier hommage rendu au grand résistant dahoméen qu’était Ahydjéré Béhanzin. Et venant de l’homme qui l’a combattu aussi durement, cela n’en est que plus appréciable. Le roiBéhanzin sera d’abord déporté au fort Tartenson à la Martinique où il vécut une belle histoire d’amour avec la jeune créole Régina. Béhanzin dira de cette femme qu’elle était adorable et étrange car, si pleine de l’Afrique mais si différente de l’Afrique. Ensuite, les Français, sous la pression de l’opinion publique et de la presse, transféreront Béhanzin – qui souhaitait mourir en terre africaine – à Blida en Algérie où il décédera en 1906.

panafricain.tv

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6 COMMENTAIRES

  1. je vis a blida depuis de très longues années, je suis béninois.
    il faut vraiment que les renseignements erronés soient retirés de l’histoire de behanzin surtout son séjour en Algerie.
    je voudrai vous préciser juste que le roi Behanzin est mort à Alger le 10 décembre 1906 et non pas a blida.
    j’ai fais une enquête sur tout cela déjà au profit ( et gracieusement) de l’ambassade du bénin.
    Dr Adehan

  2. Vendre ces compatriotes, frères pour esclaves. Hum!
    Se venter de bâtir avec le sang des humains. Il besoin d’une repentance ici.

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