100 jours de gouvernance culturelle de Patrice Talon Les acteurs culturels font...

100 jours de gouvernance culturelle de Patrice Talon Les acteurs culturels font l’état des lieux

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Dès son accession à la magistrature suprême en avril 2016, le Président Patrice Talon s’est engagé à faire du secteur culturel un pôle de développement de la nation béninoise. Pour y arriver, il a élaboré une politique qui devrait permettre aux artistes de pouvoir vivre de leurs arts. Après cent jours de gouvernance, plusieurs acteurs du monde culturel béninois restent sur leur faim quant à cette politique. Néanmoins certaines mesures prises par le Chef de l’Etat ont permis d’enregistrer des acquis. Nous vous proposons ici l’état des lieux du secteur culturel après cent jours de gouvernance du Président Patrice Talon vu par certains acteurs culturels.

Dénis Avimadjessi, promoteur culturel
« …Talon a hérité d’une situation calamiteuse dans le secteur culturel… »

Le pouvoir du Président Talon a hérité d’une situation calamiteuse dans le secteur culturel. Cette situation n’est pas relative à la production artistique. Loin s’en faut. Les artistes et autres acteurs culturels jouent leur partition. Notre pays regorge aussi d’un patrimoine mosaïque et abondant. La calamité dont je parle concerne la scandaleuse répartition des moyens financiers alloués aux acteurs. Il y a là des germes de la contestation que gère actuellement le nouveau Ministre. Contrairement à la tendance erronée, ces scandales datent majoritairement d’avant le Ministre Hounkpè qui n’a passé que dix mois à la tête du département. Il y a donc de très mauvais textes et en plus très mal appliqués dans toutes les directions de ce Ministère, ce qui rend pertinente la volonté de réformes profondes manifestée par le Ministre Ange N’koue. On l’accompagne.

Marius Fagbédji, ancien administrateur du Fonds d’aide à la culture
« … on parle de réformes mais personne ne voit rien venir… »
100 jours de gouvernance et rien n’a bougé encore dans le secteur culturel. On nous a parlé de réformes, mais jusque-là rien. Après 100 jours nous ne connaissons pas le contenu de ces réformes. Il y a déjà un existant sur lequel nous devons nous baser pour mieux faire. Le gouvernement veut se baser sur le tourisme pour développer le Bénin, a-t-il dit, mais on ne peut arriver à rien de bon sans la culture. D’abord, il y a une agence qui est créée pour le tourisme et là, je crains que le ministère du tourisme ne soit vidé de sa substance car cette agence est rattachée à la présidence. Je ne sais pas encore concrètement la mission de l’agence mais je crains les conflits d’attributions. Cependant, on ne peut pas parler de tourisme sans la culture. La culture doit donner un contenu fort au tourisme. Depuis 100 jours, on parle de réformes mais personne ne voit rien venir. L’appel que je lance au président de la République est très simple : les professionnels de la culture aux commandes de la culture.

Constantin Amoussou, écrivain
« Ils ne peuvent pas faire des réformes sans les acteurs culturels »
On ne peut faire le bilan des 100 jours de ce gouvernement qu’en se référant à quelques éléments symboliques qui donnent le sens du nouveau départ. La première remarque qu’il faut faire est la volonté affichée des dirigeants de faire la lumière sur tout ce qui apparaissait comme étant les points de fixation des acteurs culturels eux-mêmes. On a par exemple vu beaucoup de bouillonnement autour du Fonds d’aide à la culture parce que cela symbolise le principal substrat autour duquel gravitent les acteurs culturels. Il y a et cela est normal des décadences sur la façon de voir et d’opérationnaliser les ressources qui sont mises à disposition par l’Etat. On a donc vu de la part des autorités en charge de la culture cette volonté en suspendant tout ce qui était en cours même si cela a créé quelques remue-ménages. Ensuite, parce qu’on a mis ce bémol, ça a permis de tout remettre à plat et de conduire ce qui pourraient être les réformes sur la base desquelles le Bénin culturel du nouveau départ pourrait être réalisé. Mais, les conditions dans lesquelles les réformes sont menées posent un problème dans la mesure où les principaux acteurs concernés ne sont pas impliqués. Ils ne peuvent pas faire des réformes sans les acteurs culturels. Les mouvements constatés ces dernières semaines sont légitimes. J’ai espoir que demain sera meilleur qu’aujourd’hui.

Pascal Wanou, ancien directeur du Fitheb, Président de la Fenac
« En cent jours, nous n’avons connu qu’une seule décision importante… »

Nous avons vécu cent jours d’immobilisme, de piétinement et de querelles inutiles. En cent jours, nous n’avons connu qu’une seule décision importante qui est susceptible de booster un peu ce secteur. C’est la décision concernant la création de l’Agence nationale chargée des patrimoines et du développement du tourisme dont les statuts ont déjà été adoptés en conseil des ministres. La seconde décision qui a été prise, mais qui a été décevante est celle relative au financement du développement culturel et qui touche en particulier la subvention de l’Etat au Fonds d’aide à la culture. Cette subvention de 5 milliards a été abattue cette année de 25%. Cette décision est un peu choquante et décevante en ce sens que le secteur souffre déjà d’une insuffisance criante de financement. Le projet de société du candidat Patrice Talon l’a bien diagnostiqué. Et dans le même temps, à peine arrivé au pouvoir, le président Talon et son gouvernement trouvent opportun d’abattre la seule subvention que l’Etat accorde au secteur culturel de 25%. C’est énorme.
En matière de financement de la culture, l’Unesco a recommandé à tous les Etats membres 1% du budget national. Nous, nous sommes encore très loin. En principe, l’Etat est dans l’obligation de respecter cette convention. Et même si la gestion ou la gouvernance de ce qui est mis en place pose problème, ce n’est pas la réduction du budget qui est la solution. La solution, c’est de trouver les mécanismes pour améliorer la gestion. On va nous dire que le gouvernement s’est inscrit dans une logique de réduction des charges de l’Etat. Mais non.
Il y a des domaines de souveraineté, et la culture est l’un de ces domaines de souveraineté de l’Etat. La charte culturelle est même là. Nous n’en sommes même pas à la moitié de ce qui est prévu par la charte culturelle. Je souhaite que le président Patrice Talon soit à l’écoute des acteurs culturels.
Réalisation : Gloria KOESSI-GOVOR & Cyrille LIGAN

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